Editorial: Oser fracasser les interdits. Aller même, s’il le faut, chercher la vérité là ou elle est; même quand elle est en dessous de la ceinture.

Les catégories politiques qui sont proposées à notre époque sont insuffisantes à rendre compte de ce qui nous arrive.

Les théories, les concepts, les schémas d’antan sont dépassés et surtout inopérants. On tourne en rond, on mouline à vide.

Regardez les moulinets don Quichottesque d’un Mélenchon! C’est l’un des plus pertinents, voire l’un des plus avancés dans la compréhension du système, et pourtant il ne sert rigoureusement à rien; il n’a aucune influence. Strictement aucune.

Je soutiens que nous sommes devant un exemple terrible de développement inégal.

Je vous rappelle ce qu’est le développement inégal.

Notre monde se caractérise par la folie du mouvement érigé en valeur. Disons qu’on peut appeler cela le progressisme qui n’est rien d’autre que l’illusion que le passé, c’est de la merde et qu’à l’inverse, tout ce qui est nouveau est bien, est supérieur, est donc synonyme de progrès.

On attache de l’importance à cet aspect « progrès » mais on n’attache pas assez d’importance à son symétrique qui est l’aspect « dévalorisation du passé ».

Déjà, c’est une faiblesse de la pensée. La méconnaissance du mouvement de dévalorisation du passé est un élément central, non étudié, car cette méconnaissance permet de détruire tout ce qui est conservateur et en particulier les classes politiques et sociales qui s’en réclament.

Mais il y a plus grave dans le progressisme: le plus grave c’est le développement inégal.

Car en fait, il y a trois choses dans le progressisme.

-D’abord il y a la destruction du passé,

-ensuite il y a la survalorisation du futur, et

-enfin et surtout, il y a le mouvement, c’est à dire la vitesse à laquelle les mutations s’accomplissent.

Dans une société complexe, tout ne change pas en même temps.

Les vitesses de mutation ne sont pas uniformes: certains sont en pointe, d’autres sont en retard. Certains conduisent, d’autres sont à la remorque. Je pense que vous m’avez compris. Dans l’idéologie du progrès on fait semblant d’ignorer l’essentiel profondément inégalitaire , à savoir le fait que les vitesses sont différentielles, relatives.

Certains y ont accès plus vite que d’autres et se servent de ce qu’ils acquièrent plus vite pour dominer les autres et les exploiter. C’est net par exemple dans ce domaine complexe qu’est la monnaie. Les idiots s’intéressent à la quantité de monnaie et aux indices de prix, alors que le scandale ne situe non pas au niveau de la quantité de de monnaie mais au niveau de qui l’imprime et qui la reçoit cette monnaie tombée du ciel. Ceux qui la reçoivent avant s’enrichissent sur le dos de ceux qui la reçoivent après.

Le développement inégal ne touche pas que les personnes et les citoyens, il touche tout ce qui est humain. Il touche donc les personnes, bien entendu, les institutions, les savoirs, les théories, etc. Ainsi, dans un pays, le développement inégal touche les structures, les super-structures et l’ensemble des savoirs sur ces structures et super-structures.

J’en viens au fait.

Dans le monde du progressisme idéologique, il y a des gens qui ont des savoirs très avancés et des gens qui au contraire ont des savoirs très rétrogrades, voire dépassés. Il y a les Gilets Jaunes et il y a les ingénieurs sociaux qui entourent Macron.

Dans le monde du progressisme idéologique, le pouvoir passe de ceux qui ont titre à ceux qui ont droit et le droit au pouvoir repose sur le droit au savoir, au Gai Savoir celui qui permet de dominer. Celui qui , donnant les clefs de la gouvernance, donne le droit d’imposer et de supplanter l’ancienne légitimité fondée sur la souveraineté .

Macron par exemple, a autour de lui des gens qui possèdent les savoirs les plus évolués en matière de société, de comportement de groupe, en matière de psychologie sociale, etc. Il les utilise à la fois pour gouverner, pour communiquer, pour construire des consensus ou des divisions, selon le cas. selon ses besoins.

Bref, il utilise tous ces savoirs pour continuer d’exercer le pouvoir alors que sa légitimité politique disparu ou pire alors qu’elle n’a jamais existé.

La plupart de ces savoirs dépassent le stade de l’évidence.

Il faut aller très loin, fouiller dans la conscience des peuples, fouiller dans les coeurs et dans les esprits pour gouverner et surtout pour imposer aux citoyens ce dont ils ne veulent pas. Il faut, en quelque sorte, une sorte de science des profondeurs politiques. Il ne s’agit pas comme el disent les imbéciles de faire de la politique autrement, non il s’agit de faire de la politique Ailleurs! En amont, en deça et au delà.

Il faut presque admettre l’hypothèse -pour la commodité du raisonnement- qu’il y a un inconscient politique. Bien sur il ne s’agit pas de le réifier.

Pour le peuple, on agite les médias, les sondages, les enquêtes , alors que dans l’ailleurs politique, on creuse, on fouille, on ausculte, on expérimente, on modélise, on tire des régressions .

Pour vous donner un exemple pensez à ce qui se passe en matière de soi disant lutte contre la pandémie, Macron et ses conseils travaillent dans un univers dont ignorez jusqu’à l’existence, il décide sur des données, des schémas et des modèles contre intuitifs qui vous sont radicalement étrangers mais vous, vous n’ entendez parler que d’émergences plus ou moins absurdes. Vous n’arrivez pas à comprendre que la logique est ailleurs.

Je ne suis pass loin d’admettre cette possibilité: le monde politique , le vrai, celui de l’exercice du pouvoir est ailleurs. Et au dessus de cet ailleurs, il y a le manifeste, le spectacle.

Il y aurait un inconscient politique qui serait structuré plus ou moins comme l’inconscient individuel, c’est à dire comme un discours avec son histoire, sa logique et sa grammaire. C’est en jouant sur et dans cet inconscient politique et en le « maîtrisant » que l’on peut faire faire et faire admettre aux citoyens des choses qu’ils n’admettraient pas autrement. Le mot implorant est « maîtrisant », pris au sens fort, c’est à dire en lui imposant la loi du Maitre.

C’est une hypothèse de travail bien évidemment qui mérite d’être creusée.

Elle déplace totalement le champ de l’analyse politique. Et encore plus le champ de l’action politique et de la participation citoyenne..

Elle permet de comprendre pourquoi les catégories traditionnelles sont inopérantes, pourquoi les structures politiques actuelles sont impuissantes et pourquoi les peuples, tout en refusant la situation qui leur est faite, l’acceptent quand même. « Ils ne sont pas contents, oui, et après? »

On retrouve une sorte de validation de cette hypothèse de travail quand on essaie de tourner autour du concept de complotisme.

Je ne crains pas de dire et je l’ai dit souvent d’ailleurs que le concept de complotisme devrait être placé au centre de la réflexion politique.

En effet, vu sous l’angle de ce que j’explique ci-dessus, le complotisme est une forme du savoir qui dépasse les évidences. C’est une forme de savoir qui refuse ce qui apparaît et qui, au contraire, va fouiller ailleurs dans les profondeurs pour inventer ou pour imaginer un autre ordre du monde que celui qui lui est présenté.

Le mouvement de la recherche complotiste consiste d’abord à refuser ce qui est montré par les pouvoirs, et ensuite à aller creuser pour aller trouver autre chose et exhumer une logique enfouie que l’on ne veut surtout pas qu’ils découvrent.

Bien évidemment, cette recherche est maladroite, elle est souvent assez primaire et elle part de pré-supposés assez simplistes. Etant ainsi peu élaborée, la recherche complotiste aboutit a des affirmations imparfaites, partielles voire délirantes. Ce faisant la démarche peut être dévalorisée par les tenants du pouvoir et ainsi être rendue nulle et non-avenue.

Si les pouvoirs n’avaient pas la possibilité d’écarter les tentatives d’interprétations complotistes du monde, ils seraient en grande difficulté. La démarche complotiste cible leur talon d’Achille.

Pourquoi? Et bien, tout simplement parce que c’est vrai, les complotistes ont raison: la logique des situations est Ailleurs. La compréhension des situations ne se situe pas au niveau des discours manifestes tenus par les pouvoirs, elle se situe au niveau des non-dits, au niveau de ce qui est caché, au niveau de ce qui est enfoui très profondément.

Vu sous cet angle, le complotiste a raison dans son affirmation centrale qui est: « ils », le grand « ils », ne nous disent pas la vérité. Mais là où le complotiste se perd et perd pour ainsi dire le terrain qu’il a gagné dans son combat contre les puissants, c’est quand, après avoir dit « la vérité est ailleurs » , il avance lui-même une autre vérité.

Le deuxième membre de la proposition, c’est à dire le fait d’avancer une vérité, c’est ce qui invalide la démarche complotiste. Car ce qui est avancé est faux, quelquefois débile, et dans tous les cas incomplet ou non prouvable. Ce qui est avancé est donc très facile à tourner en ridicule. Utilisant cette arme du ridicule contre les complotistes, les puissants peuvent nullifier toute la démarche, ils peuvent oblitérer la première partie, celle qui affirme que la vérité est ailleurs.

La découverte centrale de l’esprit complotiste est copernicienne; la vérité est ailleurs.

Je développe très souvent l’idée que nous vivons dans un imaginaire social et que nous habitons une névrose. Les quelques réflexions ci-dessus permettent de creuser un peu plus dans cette direction.

L’impuissance des peuples face au scandale que constitue la situation politique présente est ce qui me fascine.

Ces hypothèses d’imaginaire social, d’une névrose sociale ou d’une caverne de Platon permettent d’expliquer l’impuissance des oppositions et des peuples face à ceux qui sont en avance dans la modernité.

Ceux qui sont en avance disposent de schémas et de modes de compréhension du monde et de leurs sujets/serfs qui sont en quelque sorte à cheval entre le réel et l’imaginaire. Ils savent un peu mieux que les autres, ils ont accédé à des demi secrets, à des vérités cachées à demi révélées, et ils utilisent ce savoir pour les maintenir dans une sorte d’état d’hébétude qui dépasse même l’état d’ignorance, dans une sorte d’état de non-conscience de ce qui se passe vraiment.

Il faut oser.

Oser fracasser les interdits aller même si il le faut, chercher la vérité là ou elle est , même si quelque fois elle est en dessous de la ceinture.

Un lecteur vient de m’envoyer cette video réalisée par un psychiatre italien. Je l’en remercie , elle va dans la direction que j’ai tracée hier dans mon article scandaleux qui place la logique d’interprétation de Macron en dessous de sa ceinture d’adolescent victime d’une séduction.

On ne peut plus comprendre à la fois ce qui se passe et encore moins ce qui ne se passe pas.

L’impuissance des peuples face au pouvoir politique et aux pouvoirs économiques est un immense mystère. C’est le mystère de notre époque. Et comme dans les Mystères anciens de la religion il y a dans tout cela du Sacré. Du Sacré, de l’Autorité qu’il faut briser, comme furent brisés le sacré et l’autorité qui ont fait la domination par la religion.

De l’Oedipe au parricide, à la haine et à la déconstruction de la France

Qu’y a-t-il derrière le choix par la fédération française de football de la chanson du rappeur Youssouffa « écrit mon nom en bleu » comme hymne de l’équipe de France de football à l’Euro 2021? 

Réponse de la ministre des sports face au scandale: « C’est un rappeur populaire qui parle à la jeunesse ».

La jeunesse, pour le gouvernement, se réduit à une minorité; une minorité qui se constitue en modèle anti-modèle soutenu et promu par le gouvernement.

Ce gouvernement valide, appose son sceau, engage son autorité sur la haine de la France qui est propagée par ces gens. Sur cette haine de la France qu’il partage.

Les tribunaux, eux aussi d’ailleurs, normalisent la haine qui, quand ils ont à en juger, considèrent que le style de ces contempteurs du pays qui les accueille justifie toutes les horreurs et toutes les incitations à la bassesse véhiculées par leur art.

La haine du père.

Le phénomène de destruction, provocation, auquel nous assistons est surdéterminé, ce qui veut dire qu’il a de multiples causes, on peut le prendre par de multiples bouts. Il ne manque pas d’auteurs qui disent des choses intéressantes et pertinentes sur cette volonté de Macron de faire mal à la France, au Français de souche, au Français moyen. Je n’en vois aucun qui ose aller assez loin et mettre en cause directement le président et sa famille.

Je soutiens que Macron épouse toutes ces idées de déconstruction, de haine à notre égard, pour se venger.

Personne n’imagine ce qu’il a souffert dans sa jeunesse, dans son adolescence, dans ses premières années d’adulte de sa situation de séduction transgressive par une personne qui incarnait une image de mère idéale. Macron n’ a pu se construire que sur l’Anti-Oedipe des Deleuze et autres déconstructeurs pédophiles comme Foucault. Macron n’a pas eu d’autre possibilité que de se structurer autour de l’Interdit, la dénegation, l’anti-morale, l’anti-modèle paternel. Macron n’a pas eu d’issue autre que le parricide symbolique, parricide déplacé, métonymique, ce parricide symbolique qu’il reproduit sans cesse en voulant nous tuer, nous faire mal. Nous annéantir? Macron s’identifie aux non-nous, aux noirs, aux déboulonneurs de statues pour accomplir et accomplir et accomplir encore ce crime qu’il n’a pas commis dans la réalité. Il répète et il répète…On répète toujours ce qui est non résolu.

Personne n’ose s’intéresser à cette blessure que lui ont infligé les bien pensants; personne n’ose aller fouiller dans son inconscient pour y faire jaillir la haine qu’il a accumulée pendant cette période. Et cette haine, il la projette maintenant sur tout ce peuple qui symbolise, pour lui, ceux qui l’ont blessé au point de le forcer à se construire une personnalité fausse, boiteuse, mal équilibrée.

Macron ne peut avoir de gratitude pour la France, il ne peut accepter d’ou il vient, ou qui il est , il est obligé pour vivre d’être rival du Pere, rival des Dieux. Il ne peut vivre et se vivre, qu’imaginé, quitte à faire des pactes avec le Diable. Sa fascination pour la noirceur est éclairante.

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ENTRETIEN – L’écrivain et philosophe, qui a publié Un coupable presque parfait. La construction du bouc émissaire blanc (Grasset, octobre 2020), analyse le danger de trois idéologies – l’antiracisme, le néoféminisme et le décolonialisme – qui entraînent la civilisation française vers l’abîme. L’actualité cruelle et sanglante conforte, hélas, ses propos.

Rendez-vous ce jeudi avec Pascal Bruckner, membre de l’Académie Goncourt. Il nous reçoit dans son triplex au cœur du Marais où nous empruntons un escalier pentu pour rejoindre son bureau. L’idée de son essai est née alors qu’il écoutait la matinale de France Culture. En entendant le chroniqueur le qualifier de « vieux mâle occidental blanc », le fringant philosophe aux cheveux longs et à l’éternelle silhouette juvénile, a manqué de s’étouffer avec son café. Plutôt que d’être envoyé à l’Ehpad par les médias du service public, l’écrivain de 72 ans a préféré porter sa plume acérée dans la plaie. Son pamphlet argumenté, percutant, truffé de références, dénonce la concurrence des races et des genres. Il estime que la focalisation sur la couleur de peau est l’invention de la gauche classique, en perte de vitesse, qui cherche de nouveaux électeurs. Très influentes dans les médias, les minorités identitaires visent à déboulonner les « faces de craie ». Un cauchemar qui conduit notre société à la guerre de tous contre tous au lieu de nourrir une humanité commune, apaisée.

Hier on se battait pour le prolétariat, le tiers-monde. Aujourd’hui, on condamne l’homme blanc, occidental, de plus de 50 ans, hétérosexuel que l’on juge coupable de l’esclavage, du colonialisme et de la domination des femmes. Comment est-il devenu le bouc émissaire de communautés identitaires ?

Cette autocritique est née en France, elle a été exportée outre-Atlantique dans les années 70 par des intellectuels tels que Foucault, Deleuze, Derrida. Transformée et manufacturée par les Américains, elle revient sur le Vieux Continent. C’est une opération d’import-export parfaitement réussie. La gauche française affaiblie récupère l’idéologie de la race et du genre, aujourd’hui majoritaire sur les campus américains. Les trois discours – néoféministe, antiraciste et décolonial – désignent désormais l’homme blanc comme l’ennemi, objet d’une nouvelle forme de ségrégation. La classe ouvrière n’est plus mise en avant, mais les minorités identitaires sont portées au pinacle par le discours politique de gauche. Ce revirement coïncide avec le rapport du think tank Terra Nova, en 2010, quand Olivier Ferrand en était le président. Il concluait que la classe ouvrière et la paysannerie étaient désormais des classes réactionnaires attachées au sol et qu’il fallait que la gauche s’appuie sur les bobos urbains cosmopolites et les minorités des banlieues. Les ouvriers, les petits employés sont partis massivement au Front national.

Déjà en 1983, dans votre livre « Le Sanglot de l’homme blanc », vous étiez l’un des premiers à dire que l’on faisait fausse route.

Oui, c’était une critique du tiers-mondisme. Je dénonçais déjà le racisme blanc et l’idée que l’Europe était à la source de tous les maux du monde entier. En 2006, j’ai publié « La tyrannie de la pénitence » qui soulignait le malaise occidental et anticipait « Un coupable presque parfait ». Trois livres sur cette idéologie, mais traitée différemment en fonction de l’époque. C’est un sujet que je connais bien et qui me passionne. Deux jours après la sortie de mon livre, il y a eu la décapitation de Samuel Paty puis, au printemps, d’autres atrocités dont ont été victimes des policières et policiers. Mon livre a fait des petits ! Depuis janvier, il est sorti une demi-douzaine d’ouvrages sur cette nouvelle triade directement importée des Etats Unis : la race, l’identité, le genre. Gérard Noiriel, Stéphane Beaud, Rachel Khan, Mathieu Bock-Côté, Sonia Mabrouk ont donné leur propre éclairage des thèses que je défends.

Sonia Mabrouk, journaliste à CNews et Europe 1, a été portraiturée par Libération en « égérie de la droitosphère, directrice de la réaction ». Dans son livre Insoumission française, elle refuse d’être « racisée » parce qu’elle s’estime heureuse et se révolte contre l’idéologie victimaire. Qu’en pensez-vous ?

Pour une certaine gauche, il ne peut y avoir d’Arabe, d’Africain ou d’Asiatique heureux en France. Ils doivent forcément être contre le projet français. Dès qu’une Tunisienne, Marocaine ou Algérienne dit qu’elle est heureuse d’être en France, car elle se sent libre et qu’elle échappe à l’assignation identitaire, les gens de gauche sont furieux. L’extrême gauche (LFI, EELV, NPA…) affiche le nouveau surmoi de la gauche. Le journal Le Monde chérit les minorités, #MeToo, LGBTQIA+, femmes noires, musulmanes… Mon livre a été boycotté, ils ont préféré ne pas en parler.

Évoquer un « privilège blanc », c’est rendre des millions d’hommes coupables d’être nés. Comme si on évoquait un « privilège noir » en Afrique.

L’actrice Rosanna Arquette a déclaré dans un tweet en 2019, qui depuis a disparu : « Je suis désolée d’être née blanche et privilégiée. Cela me dégoûte. J’ai tellement honte. »

La haine du blanc est d’abord une haine de soi de la part du Blanc fortuné. Evoquer un « privilège blanc », c’est rendre des millions d’hommes coupables d’être nés. Comme si on évoquait un « privilège noir » en Afrique. Il y a quelque chose de pourri dans le parti dit « progressiste ». L’Amérique voudrait étendre sa situation particulière au monde entier. Le contexte américain est très différent du nôtre, car la France n’a jamais connu l’esclavage sur le sol de la métropole (aux Antilles oui) et nous n’avons pas pratiqué la ségrégation. C’est une marque au fer rouge qui reste sur le territoire américain. Une partie des Américains voudraient que l’on ait la même histoire que celle de leur pays. Des médias comme le New York Times et le Washington Post sont devenus des entreprises de rééducation du vieux peuple européen.

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Vous considérez que l’on est en train de remplacer la lutte des classes par la lutte des races ?

On est complètement absorbé par un modèle anglo-saxon qui ne s’occupe que de la couleur de peau ou des croyances. On ne veut pas comprendre la leçon des Gilets jaunes. En France, il y a des discriminations qui ne sont pas liées à la couleur de peau, mais à l’âge, à l’apparence physique, au manque de qualification, à l’origine géographique… Pour la gauche, si l’on n’habite pas dans une banlieue sensible, on n’appartient pas au peuple. Quand on parle des pauvres dans les journaux de gauche, ce ne sont que des Maghrébins ou des Africains. Les communistes au moins soutenaient la classe ouvrière dans son ensemble. Aujourd’hui, le peuple, ce sont les minorités, ils sont notre nouvelle mauvaise conscience. C’est ainsi que Trump a récupéré les petits Blancs méprisés et piétinés par l’establishment d’Obama. La France est blanche à 90 %. Emmanuel Macron doit en tenir compte s’il ne veut pas avoir de mauvaises surprises aux prochaines élections.

Quel est l’impact du mouvement « woke » et de la « cancel culture » ?

Nous sommes comme des lapins pris dans les phares d’une voiture, absorbés par tout ce qui vient d’Amérique. Ce mouvement « woke » et la « cancel culture », nés aux Etats-Unis, ont redessiné l’humanité. Il y a les minorités identitaires. Et au sommet, il y a les minorités intersectionnnelles. Plus une personne coche de cases, plus le statut de victime est incontestable. Par exemple, une femme noire, musulmane, lesbienne obtient un excellent score victimaire. Rokhaya Diallo avait dit dans un article dans le Monde que j’incarnais le vieux mâle blanc occidental. Pour elle, c’est l’infamie absolue ! L’homme blanc doit accepter une identité de contrition. Sa compagne blanche, également. Les donneurs de leçons, néoféministes, indigénistes, décoloniaux pullulent et invitent les visages pâles à se repentir.

L’affaire Assa Traoré a-t-elle été l’illustration de ce parti pris ?

L’affaire Assa Traoré a été le symptôme terrible du caractère influençable des journaux. Il y a eu des portraits apologiques d’Assa Traoré, la nouvelle sainte, lancée comme un produit de mode. La mort de son frère, Adama en 2016, a eu lieu dans des circonstances bien différentes de celle de George Floyd aux USA. Les rapports d’experts ont établi qu’Adama Traoré est probablement mort d’une maladie. Ce n’était pas un enfant de cœur, mais un voyou, un violeur, un maître chanteur. Toute la presse s’est aveuglée volontairement, à part un article du Point et des articles dans Le Figaro. L’Affaire Assa Traoré restera dans l’histoire du journalisme un exemple de désinformation volontaire. Avec le mouvement « Black Lives Matter », l’homme blanc est désigné comme le coupable. En règle générale, la haine des Blancs débouche toujours sur la haine des Juifs. Les Black Lives Matter flirtent avec l’antisémitisme. Mais ce n’est pas affiché.

Le péché mignon de Macron est de serrer la main à tous les camps, de mal s’entourer.

Emmanuel Macron parle de « déconstruire l’histoire ». On débaptise les rues, on change le titre des classiques de la littérature. Tout cela procède de la « cancel culture ». Qu’en pensez-vous ?

Emmanuel Macron a décidé de ne pas déboulonner les statues. Aussitôt, tout s’est arrêté, tout le monde s’est calmé. La parole des intellectuels a peu de portée au regard de celle d’un Président ! Le péché mignon de Macron est de serrer la main à tous les camps, de mal s’entourer. Il devrait choisir une ligne d’action et s’y tenir. Yassine Belattar au début du quinquennat, Pascal Blanchard, Benjamin Stora ne sont pas les meilleurs conseillers. Le Président a renoncé à ce que Gisèle Halimi entre au Panthéon. Joséphine Baker y aurait toute sa place !

Vous estimez que nous seuls battons notre coulpe au contraire de la Russie, de la Chine, du monde Arabe. Que faire pour que l’Europe, la France ne disparaissent pas ?

Les Européens ont été éduqués dans l’autocritique. Nous avons dominé le monde pendant quatre siècles. Un certain nombre d’empires voudraient s’absoudre de leurs propres crimes en nous rejetant la faute. La Turquie estime que la loi sur le séparatisme est une loi quasi génocidaire. Les Russes n’ont jamais renoncé à leur empire, ils désirent dominer l’Europe. La Chine, évidemment, veut dominer le monde. Alors comment se défendre, résister ? On peut revendiquer que l’on préfère la justice sociale à la justice raciale. Il y a l’idée dans la gauche de la répartition des richesses et de l’assistance aux plus faibles. C’est plus noble que de faire de l’homme blanc le responsable de tous les malheurs du monde, d’en faire un raciste ou un horrible machiste alors que le machisme est la chose au monde la mieux partagée de tous les peuples. La France gronde, se révolte. Il est urgent de demander à l’Europe de mettre des barrières aux frontières face à l’immigration.

Vous distinguez le surmâle, caïd, barbu, porteur d’une saine et puissante virilité du bobo romantique, qui roule à vélo, mange bio et s’excuse d’exister. Sont-ils l’incarnation de deux mondes qui s’opposent ?

La cérémonie des César 2020 en est l’illustration, voulant désigner le Satan masculin. Roman Polanski, a obtenu le prix du meilleur réalisateur pour J’accuse. C’est un petit homme blanc d’1m65 considéré par certains comme le Landru, le tueur de Londres, le mal absolu. Fanny Ardant a soutenu chaleureusement Polanski. Ladj Ly, avec son film Les Misérables, a raflé le prix du meilleur film. Ce sont de grosses brutes viriles, protégées par leur statut d’opprimé professionnel qui l’emportent. Ladj Ly a été condamné à trois ans d’emprisonnement en 2011 pour tentative d’enlèvement et de séquestration. Il a été, à nouveau, dans le viseur de la justice en 2021. Le cinéma français se complait dans la défense des minorités raciales.

Parmi les représentantes du néoféminisme, lesquelles sont les plus virulentes et influentes en France ?

Toutes les profs féministes qui enseignent aux États-Unis sont particulièrement grotesques. Elles viennent en France ressasser comme des perroquets les concepts qu’elles ont appris là-bas.

Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions, a épousé ce mouvement anti-homme blanc. Au lieu de garantir la qualité et le talent du service public, elle a déclaré « On a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans, et ça, il va falloir que ça change ». Devant tant de sottise, je ne comprends pas qu’elle n’ait pas été virée ! Iris Brey s’érige en censeur sur le genre et la sexualité au cinéma. Laure Murat fait la police dans la littérature française, elle voudrait tailler dans les œuvres classiques où elle estime qu’il n’y a que des agresseurs, des violeurs. Sans parler de Virginie Despentes, sorte de notable, qui adore les tueurs islamistes ! Si pour la militante Caroline De Haas « un homme sur trois est un agresseur », les agresseurs sont toujours blancs. Cette ex-dirigeante de l’UNEF devrait être au tribunal pour répondre des viols qui ont été perpétrés pendant qu’elle en était la secrétaire générale. Alice Coffin a créé la polémique en écrivant dans « Le Génie Lesbien » : « Il faut éliminer les hommes de nos esprits, ne plus lire leurs livres, ne plus regarder leurs films, ne plus écouter leurs musiques. » Heureusement il y a des femmes comme Caroline Fourest et d’autres, courageuses et lucides.

Que pensez-vous de la parité dans les conseils d’administration, les associations ?

Je pense que c’est une bonne chose, mais toutes les femmes ne recherchent pas la parité. Je prends l’exemple du prix Goncourt que j’ai rejoint en 2020. Pour le moment, il y a trois femmes et sept hommes au Goncourt. Je milite pour qu’il y ait la parité. Nous n’avons pas la même sensibilité, les femmes apportent un autre éclairage, une autre richesse. Il a été proposé à de nombreuses femmes écrivains d’être membre de l’Académie. Elles ont refusé pour deux raisons. D’une part, parce que cela représente beaucoup de travail et, d’autre part, parce qu’elles n’ont plus aucune chance de décrocher le Goncourt si elles font partie du jury.

Des romans sont publiés en écriture inclusive. Votre avis sur cette nouvelle façon d’écrire ?

Une énorme connerie ! C’est un charabia illisible. Sous couvert d’égalité, l’écriture inclusive est un moyen d’exclure de l’écriture et de la lecture les gens qui ont déjà des difficultés à embrasser l’orthographe et la grammaire. C’est une machine d’exclusion pour réserver la lecture à une petite élite de gens qui se croient au-dessus de la masse. Le fait que l’on mette des points médians et des e entre parenthèses ne changera pas grand-chose à la condition des femmes. C’est une contrainte de plus qui s’ajoute à l’ensemble des contraintes pour bien écrire.

Vous concluez votre livre sur le suicide ou le sursaut de l’Occident. Comment en est-on arrivé là ?

Pendant des décennies, les intellectuels les plus influents d’Europe et des Etats-Unis ont décrit la société occidentale comme le summum de la barbarie, tout en louant les barbaries étrangères comme le summum de la civilisation. Le partage des dépouilles de l’Europe a déjà commencé entre La Chine, La Russie et la Turquie. Combien de villes chez nous sont déjà, en partie soumises à la charia, aux règles des gangs, et soustraites à la loi démocratique ? Une partie de nos élites veut la mort de l’Occident au nom de la justice raciale, climatique, de la revanche des peuples opprimés. Mais nous ne souhaitons pas tous disparaître ! Nous sommes encore nombreux à préférer les Lumières de la Raison aux ténèbres de la Race.

Comme d’autres intellectuels, vous vous êtes rapproché de Nicolas Sarkozy en 2007. Pour qui voterez-vous à l’élection présidentielle, en 2022 ?

Je soutiendrai Emmanuel Macron, par défaut. Il nous a épargné Marine Le Pen, très largement incompétente, et Mélenchon, le dingo. Mon ambition est d’influencer le parti présidentiel plutôt que de chercher un hypothétique homme ou femme miracle à moins d’un an du scrutin. Un autre président pourrait être pire. Emmanuel Macron est un peu vaniteux, il n’aime pas trop qu’on le contredise. Mais il a changé à 180 degrés depuis le début de son quinquennat. Il est arrivé Américain libéral. Maintenant, il est républicain chevènementiste. En tout cas, c’est ce qu’il dit.

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Auteur(s): Corine Moriou, grand reporter, pour France Soir

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