Vu de sirius: changer de cap avant de sombrer

La lecture de ce texte d’André Boyer évoque l’hypothèse de la Reine Rouge avec laquelle je vous invite a vous familiariser car elle explique beaucoup de choses sur l’évolution de nos sociétés. on appelle quelquefois cette hypothèse de la Reine Rouge le paradoxe de l’évolution.

Cette hypothèse rejoint les enseignements de la thermodynamique sur les grands système et leur équilibre.

Pour ceux qui sont intéressés par ces réflexions je conseille la lecture de François Roddier:

couv_thermodynamique

Cette hypothèse postule que l’environnement d’un groupe concurrentiel d’organismes (principalement les autres organismes vivants, prédateurscompétiteurs, ou parasites) se modifierait en permanence, si bien que l’adaptation serait toujours à recommencer, et l’extinction toujours aussi probable2.

Elle tire son nom d’un épisode fameux du livre de Lewis Carroll : De l’autre côté du miroir (deuxième volet d’Alice au pays des merveilles) au cours duquel le personnage principal et la Reine Rouge se lancent dans une course effrénée. Alice demande alors : « On arriverait généralement à un autre endroit si on courait très vite pendant longtemps, comme nous venons de le faire. » Et la reine répondit : « Ici, vois-tu, on est obligé de courir tant qu’on peut pour rester au même endroit. Si on veut aller ailleurs, il faut courir au moins deux fois plus vite que ça4 ! »

Alice et la Reine Rouge : « Ici il faut courir pour rester à la même place »

Sur une durée un peu plus longue que l’année et demi de crise du coronavirus, l’émergence progressive à compter de la Renaissance de l’esprit scientifique en Europe a modifié radicalement la condition humaine.

Le nombre des êtres humains  a suivi l’accroissement des moyens matériels : de 1500 à 1750 on passe de quatre cent soixante à sept cent soixante-dix millions d’hommes sur Terre. Auparavant, il avait fallu quinze siècles pour que la population double, entre l’époque du Christ et la découverte de l’Amérique, de 250 à 460 millions d’habitants. L’accroissement de population s’accélère encore par la suite, puisqu’elle s’est accrue de sept cent soixante-dix millions à plus de sept milliards cinq cent millions entre 1750 à 2020, soit une multiplication par dix en 270 ans.

Qui croit que cette croissance va pouvoir se poursuivre sans d’immenses désordres ?

Cette croissance est, bien entendu, directement liée à la révolution industrielle qui s’est traduite par une succession ininterrompue d’innovations techniques qui substituent les machines à l’habileté humaine et qui permettent de remplacer la force humaine et animale par l’énergie mécanique. Le muscle est remplacé par le moteur, la main par la machine, la mémoire humaine par la mémoire informatique.

Cette révolution est étroitement  liée à la croissance de l’information.

Toute la dynamique de la révolution industrielle est  fondée sur les innovations générées par un petit nombre d’hommes et aussitôt mises en pratique au profit du plus grand nombre. Cette dynamique a naturellement un coût en termes de déracinement, de bouleversement des modes de vie et désormais de crise sanitaire, un coût qui s’étend au monde entier dés lors que la vague de mutation est sortie de son giron occidental pour toucher toutes les sociétés du monde.

Le monde entier se trouve désormais intégré dans un système condamné à la surenchère : toujours plus de produits, de croissance, de nouveautés, sans que la direction religieuse, philosophique ou politique de cette course ne soit clairement définie par quiconque, d’autant plus que l’objectif individuel prend le pas sur l’objectif collectif de manière spectaculaire, au moins dans le monde occidental.

La situation évolue rapidement. Avant que la mondialisation ne produise d’importants effets pervers, comme la montré la crise de la Covid 19, il existait un vague consensus autour de quatre orientations :

  • l’incapacité à imaginer une autre direction que celle de l’économie de marché,
  • la nécessité d’intégrer tous les peuples dans un processus de mondialisation,
  • la validité du système politique démocratique,
  • l’universalité de la notion de droits de l’homme.

Désormais, tous ces principes vacillent presque en même temps:

  • L’économie de marché, du point de vue de la justice, de l’écologie et même de l’efficacité, provoque une profonde perte de confiance dans la validité universelle de ses principes.
  • L’intégration des populations dans le processus de mondialisation perturbe profondément les équilibres internes de sociétés fondées sur des principes séculaires. Vers les zones les plus riches, elle entraîne une migration massive des populations  menacées de disparition, ce qui altère les fondements des cultures qui ont engendré la révolution scientifique et industrielle. A contrario, si la Chine continue à croitre rapidement, c’est qu’elle maintient son homogénéité culturelle.
  • Le système politique démocratique fondé sur les opinions de populations stables et peu nombreuses, résiste mal aux changements de styles de vie. Appliqué à des populations urbanisées et hétérogènes, il doit désormais être piloté par des professionnels de la politique et des medias dont la légitimité est visiblement inconsistante. 
  • Les droits de l’homme appliqués de manière élastique par des sociétés qui en contestent les fondements culturels sont dénoncés comme une arme stratégique de domination, tandis que les inégalités matérielles et éthiques rendent vaine la revendication toute théorique de leur application.

En outre, la mécanique du développement s’enraye d’elle-même. L’implosion démographique s’installe comme une menace qui aboutira à la disparition de l’humanité si elle se prolonge, tandis que son impact sur la  surexploitation des  ressources de la biosphère, engendre à la fois une pollution de moins en moins supportable par l’espèce humaine et l’épuisement des matériaux nécessaires au système de vie de la société post industrielle.

Il semble donc manifeste qu’en ce XXIe siècle, l’humanité se rapproche de ses limites de survie. Il lui faut donc  inventer une nouvelle métamorphose, comme celle de l’agriculture qui suivit la fin de la période de chasse et de cueillette.  Il s’agissait alors de trouver les moyens de croitre démographiquement, alors qu’il faut aujourd’hui trouver ceux qui permettront à l’homme de réduire sa population, sans aller jusqu’à disparaître.

La situation est donc énigmatique, mais heureusement pour les perspectives de l’humanité, l’homo faber ne s’arrêtera jamais

André Boyer.

http://andreboyer.over-blog.com/

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