Document. Les objectifs d’inflation, la stabilité financière et le rôle de la monnaie. Les forces inflationnistes arrivent.

Goodhart est un géant, pas seulement « un bon » comme je le dis quelquefois pour certains -rares- économistes que je respecte.. Goodhart est à la fois théoricien et praticien à la Banque d’Angleterre. Lui, a vraiment vu venir la crise de 2008 , pas comme certains qui s’en vantent abusivement.

La loi de Goodhart, formulée pour la première fois en 1975, indique que « lorsqu’une mesure devient un objectif, elle cesse d’être une bonne mesure », car elle devient sujette à des manipulations, directes (trucage des chiffres) ou indirectes (travailler uniquement à améliorer cette mesure).

Goodhart est l’auteur du « corset », qui était un mécanisme pour essayer d’introduire des contrôles directs sur le système bancaire, en 1974.

Le professeur de LSE affirme que les objectifs d’inflation auraient dû être de 0% ces dernières années .Cela signifiait que l’objectif d’inflation de 2 % était trop élevé et que la politique monétaire au cours des trois dernières décennies a, en moyenne, été trop expansionniste. La crainte de la déflation, en particulier lorsqu’elle est causée par l’amélioration de l’offre, est exagérée.

Le passage de la Fed au « ciblage de l’inflation en moyenne » est une erreur; l’indépendance des banques centrales est menacée par l’inflation, les gros bilans des banques centrales soutiennent la liquidité.

Le message du livre que moi-même et mon co-auteur Manoj Pradhan cherchons à faire passer , est que les forces désinflationnistes qui étaient pleinement en vigueur à partir d’environ 1990, peut-être même un peu plus tôt, vers 2010, sont maintenant en train de s’inverser.

Les tendances désinflationnistes des trois dernières décennies vont être suivies de tendances plus inflationnistes au cours des trois prochaines décennies. Donc, je pense, avec le recul, que l’objectif aurait dû être de zéro à partir d’environ 1990 jusqu’à aujourd’hui, je pense que peut-être un objectif de 3 % serait approprié pour les trois prochaines décennies.

Une variation des taux d’intérêt affecte certaines parties de l’économie plus que d’autres. Je ne peux pas vraiment penser à un instrument politique qui n’a aucun effet distributif ou redistributif.

Goodhart considère que la banque centrale qui a le plus de possibilité de resserrer sa politique monétaire en cas de besoin est la PBoC, la banque chinoise car à bien des égards, le PB oC, parce qu’ils ont l’avantage – à certains égards – de ne pas avoir de démocratie. Tant qu’elle peut persuader les autorités qu’une augmentation des taux d’intérêt est nécessaire pour maintenir la stabilité globale, elle peut le faire. Alors que, dans le monde démocratique, les politiciens savent qu’ils ont une élection à venir qu’ils sont désespérément désireux de gagner. Donc, à certains égards, je pense que le PB oC a la voie la plus simple.

Charles Goodhart
extrait d’un entretien avec central banking

Christophe Jeffery.

Nous avons vu une très grande accumulation de la dette publique dans le monde en raison du COVID. Comment les pays pourront-ils faire face à une dette plus élevée ?

Premièrement, on attache trop d’importance au COVID à cet égard. Les taux d’endettement du secteur public augmentaient assez fortement bien avant le COVID. Oui, le COVID a provoqué un bond. Mais si vous regardez par exemple aux Etats-Unis les projections du CBO jusqu’à 2050, vous voyez que la tendance à la hausse du ratio de dettes était très forte et cette tendance n’a pas été profondément modifiée par le COVID.

Ce n’est pas le COVID qui est le problème. Le problème, c’est le vieillissement de la population, les coûts de l’assurance-maladie, les coûts des retraite, les coûts des soins en général pour une population vieillissante.

Comment gérer ces coûts ?

C’est la grande thèse de notre livre dans lequel nous expliquons que la meilleure façon d’y faire face, ce serait probablement d’augmenter les impôts. Je ne souhaite pas que les prestations soient réduites, mais, avec une proportion de travailleurs réduite en regard du nombre de personnes âgées, cela signifie que si nous payons les mêmes prestations aux personnes âgées, les travailleurs actifs vont devoir être taxés fortement. Le fait est que les gens n’aiment pas être taxés et que c’est impopulaire.

Nous allons voir des déficits primaires persistants à perte de vue et l’inflation va commencer à augmenter.

Vous pouvez alors avoir des restrictions monétaires plus strictes pour freiner l’inflation par le biais des taux d’intérêt, mais ce n’est pas populaire non plus.

Ce n’est pas populaire auprès des personnes qui ont des hypothèques, cela fera chuter les marchés financiers. Vous pourrez même avoir un effondrement des bourses et même une récession économique, ce qui ne fera de bien à personne.

C’est pour tout cet ensemble de raisons qu’il y aura des pressions sur l’indépendance des banques centrales et que celle-ci sera menacée.

Il est en fait plus difficile de contenir l’inflation maintenant alors que les ratios d’endettement sont 2 à 3 fois supérieurs à ce qu’ils étaient du temps de Paul Volcker. Cela signifie que les complications et les risques liés à l’augmentation des taux d’intérêt sont maintenant beaucoup plus importantes.

C’est l’une des raisons pour lesquelles nous pensons que le résultat politique va être plus d’inflation, ce qui est une manière sournoise de réduire les niveaux d’endettement.

Mais le seul grand avantage de l’inflation est qu’aucun ministre et aucun gouvernement n’a à se lever et à dire qu’il veut augmenter les impôts ou qu’il va réduire les prestations des personnes âgées ou qu’il va relever l’âge de la retraite. Et aucun gouverneur de banque centrale n’a besoin de dire qu’il va faire de l’inflation.

C’est une option facile. C’est une option politiquement plus facile, jusqu’à un certain point… mais il y a une limite.

Question : Craignez-vous que les banques centrales perdent leur indépendance en raison des pressions qui vont s’exercer sur elles ?

Oui, il existe de nombreux pays où les politiciens dominent déjà. Il suffit de regarder l’Inde, la Turquie, l’Argentine.  Il existe un très large éventail de pays où la banque centrale est très soumise.

Au cours des 30 dernières années, les banquiers centraux ont été les meilleurs amis des ministres des finances, ils les ont renfloués, ils ont financé leurs déficits en abaissant les taux d’intérêt et en menant une politique monétaire expansionniste.

Ce qui va se passer à l’avenir ne sera pas très confortable. Les banques centrales devraient logiquement commencer à entreprendre systématiquement une politique monétaire plus restrictive. Nous prévoyons des difficultés alors que l’opinion dominante croit que nous allons pouvoir bénéficier d’une faible inflation et de taux d’intérêt bas pendant encore très longtemps.

L’avenir que nous prévoyons, c’est que l’inflation va commencer à s’installer de manière plus systémique et cela va être beaucoup plus inconfortable.

Cela va être beaucoup plus inconfortable pour les banquiers centraux car augmenter les taux d’intérêt au moment où les politiciens n’y tiennent pas est quelque chose de conflictuel et qui va entrer en opposition avec les désirs politiques.

Jusqu’où les politiciens de nos sociétés vont-ils continuer de permettre à la banque centrale de jouer son rôle, cela reste à voir.

Nous avons connu une merveilleuse décennie pour les banques centrales ; que se passera-t-il lorsque la vie deviendra beaucoup plus difficile et qu’ils devront passer pour les raisons écrites ci-dessus de politiques monétaires expansionnistes à des politiques monétaires restrictives ?

A lire

Le grand renversement démographique, par Charles Goodhart et Manoj Pradhan

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