Un échange sur le fond

Bonjour M. Bertez

Depuis l’arrivée en force des écrans dans notre quotidien, il y a plus de 20 ans, j’ai vu croître une tendance de plus en plus marquée dans toutes les professions à confondre l’objet et l’image de l’objet, faute de logique majeure, à laquelle est venue se mêler, faute de compréhension réelle de la physique ( le quantique à toutes les sauces!) , la certitude que l’on peut fabriquer sa réalité , sa vie selon ses désirs – théorie qui a beaucoup de succès chez les tenants du new age.

Il me semble que cette manière d’être « hors sol » pourrait bien être attribuée à l’hybridation de ces deux tendances. Et nos dirigeants insérés dans ce bigntz fuligineux.

J’ai en parallèle constaté une réduction de la créativité et du champ de conscience tout d’abord chez des graphistes en CAO qui étaient devenus incapables ne serait ce que d’esquisser à main levée quelque projet de logo ou autre signe que ce soit! ( années 2000) Ils ne pouvaient qu’utiliser leurs outils informatiques et s’y insérer, comme Fernand Raynaud dans son costume mal coupé.

Et la réduction de la taille des écrans des ordis aux smartphones n’arrange pas les choses à mon sens: j’ai entendu récemment un motard de raids dire qu’il lui arrivait d’emporter une carte routière à petite échelle aux fins « d’avoir une idée de là où il allait », son GPS ne faisant que le piloter d’un point à un autre!

Il faut , comme moi et bien d’autres, avoir fait des des points d’étoiles au sextant, reportés sur des routiers quasi vierges de l’Atlantique pour apprécier à leur juste saveur ce genre d’infos innocentes qui vous arrivent au gré de vos explorations de la toile!

Nous sommes peut être en train de payer, à l’insu de notre plein gré, le prix pour avoir externalisé nos facultés cognitives vers des machines. Et je ne parle même pas de l’appauvrissement de la réflexion engendrée par l’hashsabir poucé sur les réseaux sociaux.

Un autre signe de l’accélération du tourbillon des hamsters neuronaux dans la caverne de Platon: facebook reconnaîtrait désormais une trentaine de « genres » ….

Là, on cède: on referme doucement les portes de l’asile derrière nous et on va dans les bois se réfugier auprès des 4% de gènes de néanderthal qui nous restent!

Jupiter rend fous ceux qu’ils veut perdre? C’est presque fait, on va y arriver Monsieur le Président: les cours montent!

Cordialement

En réponse à Steve

J’apprécie votre texte et d’ailleurs je le publie.

Les choses humaines sont surdéterminées, ce qui veut dire qu’elles ont de multiples niveaux de causalité. Et aussi de multiples niveaux d’interprétation.

La dimension technique ou technologique est importante et je conseille de lire, à tous ceux qui voudraient en prendre conscience pour ne pas en ếtre esclaves, quelques lectures:


-Les philosophes jacques Ellul et Bernard Charbonneau
-Bruno Jarrosson , Le temps des magiciens
-Bruno Lussato
-Jean joseph Goux


et bien sur les incontournables Marx, Nieztsche .
Voire Raymond Aron.


Je pense aussi qu’il y a beaucoup à retenir des ésotériques du genre Guénon ou Pauwels.

On ne peut les éviter lorsqu’on parle de servitude et d’aliénation.

Mais je m’intéresse plus particlièrement aux dimensions psychiques, inconscientes à la fois des sociétés (Carl Jung, Goethe ) et des individus (Freud et Lacan, Dostoievski ) , car c’est là ou je peux apporter des éclairages alternatifs. Comme je le fais en économie, finance et monnaie.

L’une de mes thèses est que nous vivons dans un imaginaire ou se rencontrent les complexes humains individuels , leur volonté de puissance, leur passion pour la servilité , et la logique capitaliste du profit et de l’accumulation sans limite.

Nous nous desadaptons au monde car nous vivons dans un ailleurs Prométhéen. Nous nions notre finitude encouragés que nous sommes par les illusions de la technique, certes, mais surtout les illusions du discours en général. Un discours disait-on chez moi, cela ne mange pas de pain!

Je cite Jarrosson: « le diable de la technique est sorti de la bouteille et mène l’histoire à sa guise vers un avenir indiscernable ».. « La technique est devenue mère de la magie »

Je vous remercie de votre contribution .

5 réflexions sur “Un échange sur le fond

  1. Bonjour M. Bertez
    Merci pour vos commentaires

    En complément :
    Echange sur le Fond 2
    Dans mon précédent commentaire, j’attirais l’attention sur les effets négatifs engendrés et généralisés par la domination des écrans dans notre société.
    Les biais cognitifs causés par la vue sont connus depuis fort longtemps : Bernard de Clairvaux, saint Bernard, avait banni les images dans ses abbayes cisterciennes car pour lui, la vue était le plus trompeur des sens. C’est pourquoi ces abbayes sont construites autour de la voix, du Verbe.
    Lorsque les radars se sont généralisés dans la marine marchande, après la seconde guerre mondiale, quelques cas de collisions inexplicables furent relevés : les enquêtes établirent que dans un cas de figure, le respect des règles de navigation internationales créait une image radar évolutive rendant la collision inévitable.
    Dans les années 80, les pilotes de chasse commencèrent à utiliser l’électronique pour leurrer les chasseurs adverses : il fut possible de générer une trajectoire divergente logique sur l’écran de l’adversaire qui ne pouvait plus distinguer la fausse de la vraie. Les pilotes nommèrent cette tactique le « vol de fenêtre »: on « volait » la fenêtre de tir de l’adversaire. Le « vol de fenêtre » nous enseigne qu’une légère déviation d’un modèle utilisé pour imager une situation peut nous mener n’importe où si nous ne gardons pas notre esprit critique en éveil permanent.
    Nous devons donc demeurer vigilants face aux images construites dans nos cerveaux à partir des signaux transmis par nos nerfs optiques, et face aux écrans de visualisation des machines « pensantes ».

    Par ailleurs, la situation actuelle, dans son aspect sanitaire notamment, ne peut pas ne pas nous rappeler cette image du papillon battant des ailes à Tokyo produisant en fin de processus une tornade aux antipodes !
    Un virus agitant ses cornes en Extrême Orient a bel et bien déclenché un cataclysme planétaire

    Tout simplement parce que nos sociétés modernes sont des systèmes thermodynamiques très complexes pour lesquels « de petites différences, des fluctuations insignifiantes, peuvent, si elles se produisent dans des circonstances opportunes, envahir tout le système, engendrer un régime de fonctionnement nouveau »( Prigogine & Stengers – La nouvelle alliance 1979)
    Notre monde interconnecté, en flux tendu, entièrement occupé, n’a plus de « vases d’expansions » ou de « bassins de rétention », qui permettraient d’amortir les chocs en dissipant les énergies destructrices résultant de fluctuations aux marges dans un « vide sanitaire socio économique. » Les confinements et distanciations n’ont absolument pas réglé le problème et selon certaines études n’ont même eu que peu d’effets positifs.
    Nos systèmes dirigeants démocratiques eux -même sont bâti sur le même modèle complexe. On peut tenter de transposer l’actuel dilemme du pouvoir au « problème des trois corps » c’est-à-dire l’étude de l’équilibre d’un système constitué de chats de souris et de grains de blé par exemple : l’entité décisionnelle , les chats , évolue en fonction des conséquences juridiques de ses décisions sanitaires les souris et celles socio-économiques touchant à la survie de la nation – les grains de blé.
    L’état attracteur d’un tel système n’est pas un équilibre stable : comme le système dynamique tout entier il peut passer en régime erratique en raison d’une fluctuation aux marges. A compter du moment où le pouvoir est en régime perturbé, ses décisions reflètent cet état et ne font qu’aggraver les perturbations du système social tout entier.
    Si l’on ajoute à ces considérations la complexité des rapports humains, des ambitions, des rivalités, des intérêts parasites opportunistes, et enfin les limites inhérentes aux outils informatiques ainsi que la trompeuse réalité des images produites, on se rend compte qu’il n’est nul besoin, de part et d’autre, d’aborder la question en la réduisant à du complotisme ou à de la tyrannie pour expliquer le déroulement des évènements.
    Malheureusement cette réduction clivante est désormais bien installée et pourrait facilement évoluer en conflit violent.
    Pour la France, la crispation des positions suit nos mœurs et se conforme au traditionnel rapport de méfiance réciproque entre la caste au pouvoir et le peuple.
    La violence du cataclysme est assez forte pour détruire ce système et donc ce n’est pas seulement quelques politiciens ballotés par les évènements erratiques qui se crispent, c’est toute une crise de culture du pouvoir qui traverse l’Etat, la classe politique et le pays tout entier.
    La gravité de la crise mondiale, sa structure repérée par la thermodynamique des systèmes complexes, plaident pour un monde multipolaire, pour une diversité des peuples et des cultures maintenues. Ce sont cette multipolarité et ces diversités qui peuvent constituent des « buffers » efficaces pouvant dissiper l’énergie générée par de futures fluctuations nocives du système que forme l’humanité, si l’on y adjoint de nouvelles règles d’interactions plus civilisées et conscientes de nos fragilités.

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  2. Cher monsieur,
    Je m’étonne que vous ne fassiez pas référence à Guy Debord et à la Société du spectacle…
    Est-ce un oubli ou est-ce volontaire?
    Cordialement,

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    1. Cher Monsieur
      Vous avez raison, j’aurais pu citer Debord, mais aussi Morin, Serres, Debray etc tant d’autres de disciplines différentes. Mon seul objectif est d’apporter un peu de grain à moudre pour tous et non de faire un exposé didactique.
      Merci pour votre rappel.

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  3. Oui, M. Bertez, autre perte de notre époque techno le sens de l’orientation tout simplement sur la route, les gens se fient uniquement à leur GPS et quand il y a des travaux sur la route ou des changements de sens de circulation dans les centres villes tous perdus !
    Cela pourrait être l’introduction à vos articles, il manque une boussole…

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  4. Merci pour vos conseils de lecture.

    La technique empêche la sélection naturelle donc laisse les « mauvais gènes «  proliférés.
    Par exemple les lunettes font que les myopes ne sont plus pénalisés donc ils peuvent se reproduire comme les autres.

    Au fur et à mesure que la technique évolue c’est l’intelligence même qui n’a plus de sélection naturelle.

    L’homme est peut être condamné à devenir qu’une pâte à modeler biologique avec laquelle la technique fera joujoux

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