Editorial: le risque systémique mondial n’a montré son horrible tête que pendant quelques heures.

Ce fut un avertissement flagrant. Comme une détonation.  

Pourtant, bien sûr, cela a été considéré comme une nouvelle opportunité d’achat;

Le jeu boursier semble devenir de plus en plus facile.

Lundi sur l’idée fausse que je vous avais immédiatement torpillée, qu’Evergrande constituait un moment Lehman, lundi donc: le « risk off » mondial s’est imposé.

Il a déclenché un tsunami de réduction des risques, un désendettement synchronisé sur tous les marchés: matières premières, devises, titres à revenu fixe, actions et dérivés. Il s’agit, après tout disaient les idiots , d’une gigantesque bulle spéculative interconnectée. Aux plus bas intrajournaliers de lundi, le S&P500 était en baisse de près de 2,9%.

 Les primes de risque se sont élargies tous azimuts, notamment sectorielles et géographiques, donc de manière générale, ce qui confirme mon postulat; « no place to hide ».

 Les prix des swaps sur défaillance de crédit (CDS) mondiaux ont augmenté, ce qui a eu pour effet une dislocation synchronisée déstabilisante de tous les marchés. 

 Le CDS souverain de la Chine a bondi de 11 points à 47 points de base, le plus haut depuis octobre 2020 – et le plus gros gain sur un jour depuis le début de la pandémie. 

À des milliers de kilomètres de là, les CDS sur les actifs américains de qualité ont bondi de huit points à 54,5 points de base, le plus haut depuis mars – et le plus gros gain en une journée depuis le début de la pandémie.

No place to hide, retenez-le, j’y reviendrai.

20 septembre – Bloomberg :

« Les entreprises américaines ont mis un frein à leur frénésie d’emprunts lundi, car les inquiétudes croissantes concernant les effets d’entraînement du promoteur immobilier China Evergrande Group ont bouleversé les marchés du monde entier. Au moins huit sociétés de premier ordre qui avaient prévu de vendre des obligations ont décidé de se retirer, ont déclaré les souscripteurs… Un baromètre clé de l’aversion au risque des investisseurs à haut rendement, l’indice Markit CDX North American High Yield, s’est affaibli.

20 septembre – Bloomberg

« L’affaissement boursier de lundi risque de déclencher un désendettement forcé des fonds qui jouent sur la la volatilité, selon… Nomura Securities. Alors que la crise immobilière en Chine s’intensifie et infecte les marchés mondiaux, le S&P 500 a chuté de 1,7% à l’ouverture de New York pour tester un seuil clé de 50 jours. Ce mouvement intrajournalier enfonce un niveau que le stratège Charlie McElligott considère comme important, il prévient qu’il peut déclencher des ventes forcées de la part d’ investisseurs basés sur des règles qui modifient les répartitions d’actifs en fonction de l’amplitude des fluctuations des cours des actions. Une baisse de cette ampleur entraînerait entre 15 et 40 milliards de dollars de désinvestissements de ce type de fonds systématiques, a-t-il déclaré lundi – et plus encore si «l’expansion de la volatilité» perdure.»

Il n’est pas difficile d’envisager des scenarios de ventes précipitées sur le marché en cas de mouvement auto-renforcé de type « Volmageddon »: renversement brutal des flux d’ETF, panique des hedge funds qui se précipitant vers la sortie, une panique des day-traders en ligne, etc.

Pourtant cela n’a pas eu lieu, nième fausse alerte!

22 septembre – Bloomberg :

« Le groupe China Evergrande a injecté une nouvelle dose d’incertitude sur les marchés financiers mercredi, en publiant une déclaration vaguement formulée sur un paiement d’intérêts obligataires. L’information, vague a laissé les analystes en quête de détails. L’unité immobilière onshore d’Evergrande a déclaré dans un document qu’un paiement d’intérêts dû le 23 septembre sur l’une de ses obligations libellées en yuan « a été « résolu » via des négociations avec la chambre de compensation ». 

On ne sait pas ce que cela veut dire, mais le mot important est « résolu ».

22 septembre Bloomberg:

Bien que le commentaire ait contribué à déclencher des gains instinctifs dans certains actifs risqués, Evergrande n’a pas précisé combien d’intérêts seraient payés ni quand. Cela a alimenté la spéculation parmi certains analystes selon laquelle le développeur avait conclu un accord avec les détenteurs locaux d’obligations pour reporter les paiements sans avoir à qualifier le mouvement comme un défaut. »

24 septembre – Bloomberg :

« La banque centrale de Chine a continué d’injecter des liquidités dans le système financier vendredi alors que les décideurs politiques cherchaient à éviter que la contagion provenant du groupe China Evergrande ne se propage aux marchés intérieurs. La Banque populaire de Chine a injecté 460 milliards de yuans (71 milliards de dollars) nets de liquidités à court terme dans le système bancaire au cours des cinq derniers jours ouvrables, dont 70 milliards de yuans vendredi. Cela contribue à assurer une liquidité suffisante tout au long de la crise d’Evergrande… Le coût d’emprunt au jour le jour est tombé à 1,68 %, le plus bas niveau depuis fin juillet, contre 2,28 % la semaine dernière.

Pékin a tout sous contrôle. 

L’ espoir est que Pékin est en train d’orchestrer une restructuration, une opération qui garantirait que les fournisseurs d’Evergrande soient payés, et que la construction reprenne sur des centaines de milliers d’appartements dus à des acheteurs qui ont déposé d’importants acomptes. 

Les détenteurs d’obligations offshore subiraient de grosses décotes, mais les responsables veilleront à ce qu’Evergrande n’entraîne pas dans sa chute les banques ou l’économie chinoises. 

Plus les marchés se redressaient, plus les haussiers se moquaient de l’idée qu »Evergrande pourrait affecter la stabilité systémique.

Mercredi président Powell est bien sur intervenu pour soutenir les Bourses : « En termes d’implications [Evergrande] pour nous, il n’y a pas beaucoup d’exposition directe aux États-Unis. Les grandes banques chinoises ne sont pas extrêmement exposées, mais, vous savez, on peut toujours craindre que cela n’affecte les conditions financières mondiales par le biais de la confiance et ce genre de choses. »

En clôture de vendredi, le S&P500 a progressé de 3,5% (les petites capitalisations ont bondi de plus de 5% aux plus hauts ). 

Sur la semaine le S&P500 a finalement augmenté de 0,5% (en hausse de 18,6% en glissement annuel) et le Dow Jones a augmenté de 0,6% (en hausse de 13,7%). Les banques ont progressé de 3,1% !

L’alerte de lundi a donc été rapidement oubliée, avec des anticipations haussières délirantes , des visions de croissance chinoise ininterrompue, des centaines de milliards d’inflation monétaire supplémentaire (PBOC et Fed) et des gains de marché sans fin.

Après s’être négociés à 1,29% lors de la séance « risk-off » de lundi, les rendements du 10 ans US ont bondi à 1,46% lors de la séance de vendredi. Il a été question du « dot plot » de la Fed « belliciste », de l’approche du « tapering » et même de la possibilité d’une augmentation des taux à la fin de l’année prochaine. 

La possibilité d’un éclatement de la bulle chinoise a d’abord fait baisser les rendements mondiaux, puis dans un second temps on s’est rallié pour la nième fois au scenario de l’inflationnisme monétaire comme solution à tous les problèmes et les rendements ont remonté.

Le fameux en même temps :

Pékin est déterminé à freiner le crédit et les excès spéculatifs, créant une situation précaire pour les systèmes financiers et économiques chinois grossièrement gonflés par des années d’excès de crédit

Mais en même temps, Pékin a peur de la contagion interne qui submergerait le système, Pékin est comme la Fed, otage d’un monstre qui dévore tout: la finance.

Si Pékin cligne des yeux et recourt à nouveau à des mesures reflationnistes, les marchés auront une fois de plus gagné et montré leur tyrannie.

Tout est conforme dirai-je.

La Bulle globale comprend une myriade de Bulles individuelles. 

Mais ceci n’est qu’un apparence la diversité est une illusion car elle a une même mère, une même matrice: c’est la bulle-mère, la mère de toutes bulles, la bulle des finances publiques, la Bulle du Centre formée maintenant par le système des banques centrales: la « bulle des finances publiques mondiales ».

La bulle mère est bipolaire , comme l’est le système économique et monétaire, c’est un duopole indissociable, Chine -Etats Unis.

Brusquement, lundi , la prise de conscience en a émergé, le voile s’est déchiré.

La béance n’a duré que quelques heures au cours desquelles le risque est apparu tel qu’il est: il est systémique.

Au moins pendant quelques heures, les liens de marché entre Evergrande et la finance américaine/mondiale ont semblé désespérément directs.

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