L’Allemagne veut nous entrainer dans le chaos énergétique qu’elle vit déjà

Les résultats des élections législatives du 26 septembre confirment que l’Allemagne va intensifier sa transformation de l’économie au profit de l’écologie. Ces évolutions peuvent représenter un véritable danger sur le plan industriel et énergétique.

Les élections législatives du 26 septembre de la plus grande économie de l’Europe confirment que l’Allemagne intensifiera sa politique EnergieWendeWende signifie « retournement de situation », que nous, francophones, avons traduit par « transition ». Cela veut dire que nous ne sommes pas aussi déterminés que les Allemands qui eux sont partisans d’une action menée jusqu’au bout, quelles qu’en soient les conséquences.

La plus grande économie d’Europe ne possède pas de grande entreprise pétrolière comme la plupart des grands pays européens (Pays-Bas, Shell ; UK, Shell et BP ; France, TotalEnergies ; Espagne, Repsol ; Italie, ENI, etc.). Même la Belgique possédait PetroFina qui a été rachetée par Total. En Allemagne rien de tout cela ! Pourquoi ? Parce que les avoirs pétroliers du Deuxième Reich ont été confisqués comme dommages de guerre à la suite du Traité de Versailles de 1919. L’Allemagne n’est jamais revenue dans la course au pétrole, qui quoiqu’on en dise reste fermement la première des énergies primaires dans le monde et aussi dans l’UE ; elle n’est donc même pas entrée dans celle du gaz naturel.

Les nouvelles générations ont été formatées par les écologistes pour penser que l’Allemagne allait de nouveau créer quelque chose de neuf. L’abandon du nucléaire — seule énergie bas carbone, pilotable et bon marché susceptible de répondre à la forte croissance démographique et économique mondiale — a été un cataclysme, mais l’examen des conséquences semble impossible chez eux et ils sont encore prêts à aller jusqu’au bout en voulant entrainer toute l’Europe. Pour répondre à cet objectif, il a fallu poursuivre l’utilisation des centrales au charbon et désormais les Allemands disent qu’ils vont abandonner le charbon national… mais en 2038, polluant leur pays et les nôtres tout en accentuant les rejets de CO2 pendant encore 17 ans ! Pour l’EnergieWende, l’avenir ce sont les énergies éoliennes et solaires, et c’est, hélas, bien l’Allemagne qui nous a conduits dans l’impasse de ces énergies intermittentes et difficiles à utiliser dans l’état actuel scientifique et technique. Car c’est madame Merkel qui a demandé à la Commission Barroso d’établir une « feuille de route » pour obliger la production des énergies les plus chères. L’industrie allemande avait une avance par rapport aux autres et cela pouvait bien contribuer à asseoir la suprématie de l’économie allemande… puisqu’elle était absente des hydrocarbures. On peut parler d’impasse parce que bien que l’on ait dépensé plus de mille milliards d’euros depuis 2000, ces énergies aléatoires ne représentent que 2,5 % du bilan d’énergie primaire de l’UE. Lorsqu’on veut promouvoir la construction de ces énergies alternatives, on trompe le public en les mélangeant avec les autres énergies renouvelables, pilotables celles-ci, le bois (pompeusement baptisée bioénergie) et l’hydroélectrique. Et pour le tromper plus encore on parle d’électricité qui ne représente qu’une vingtaine de pour cents de la demande finale. En conséquence, les Allemands ne devraient plus parler d’EnergieWende, mais d’ElektrizitätWende.

L’Allemagne est saturée de moulins à vent et de panneaux solaires et elle sait qu’elle ne pourra pas aller beaucoup plus loin dans son jusqu’au-boutisme. Elle a alors tiré de son chapeau le lapin de l’hydrogène, une idée que l’on ressasse depuis 1923 et que les nazis avaient déjà considérée. Nous nous sommes déjà expliqués sur cette utopie. L’autre solution est inévitable ; si on ne veut ni nucléaire ni charbon il faut recourir à de plus en plus de gaz naturel, raison pour laquelle le chancelier Schröder avait convaincu ses homologues français et néerlandais d’investir avec la Russie dans le gazoduc Nord Stream. Madame Merkel qui veut que son pays soit bien approvisionné en électricité a fait le forcing — allant jusqu’à faire plier le président Jo Biden — pour que le Nord Stream 2 soit terminé, chose faite depuis le 10 septembre. A présent, l’Allemagne va remplacer l’Ukraine et la Biélorussie comme pays de transit du gaz russe pour alimenter le reste de l’UE et c’est elle bénéficiera de droits de transit.

L’Allemagne veut nous entrainer dans le chaos énergétique qu’elle vit déjà : une énergie électrique chère et incertaine. Elle cherche à imposer son «  Pacte Vert »  à l’UE qui conduira à une catastrophe économique pour l’industrie européenne et des souffrances pour toute la population. La prise de conscience de l’explosion du prix de l’électricité que nous dénonçons depuis des années commence. Mais ce n’est que le début d’une catastrophe inéluctable si nous n’arrivons pas à arrêter la machine infernale. La révolte des « gilets jaunes » avait commencé avec quelques centimes, elle a fracturé la France pendant des semaines entières, les hausses prévues et celles qui sont en préparation vont être insupportables, elles briseront les pactes sociaux des différents Etats de l’UE.

Ne vous faites pas d’illusions, la politique imposée par l’Allemagne ne contribue et ne contribuera en rien à la réduction des émissions de CO2. Scott Morrison, le PM de l’Australie — un pays OCDE — vient de déclarer que son pays continuera à extraire le charbon que le pays pourra vendre sur le marché mondial. D’ailleurs, la forte reprise économique explose la demande de charbon notamment en Inde et en Chine. De plus en Chine l’énergie nucléaire que l’on présente dans l’UE comme l’énergie du passé est en plein essor au point que deux réacteurs de démonstration de Génération IV à haute température viennent d’être mis en criticité.

L’Allemagne nous entraine dans une EnergieKatastrophe. Il est temps de le dénoncer haut et fort et de cesser de la suivre comme vient de commencer  de le faire Bruno Lemaire, sans toutefois oser dire que c’est l’Allemagne qui nous entraine dans la spirale de l’énergie chère. La stratégie allemande est simple, elle veut renforcer sa suprématie sur l’UE, mais sa politique énergétique appliquée aux autres Etats et en particulier à la France va conduire à leur effondrement. Nous sommes désormais à la croisée des chemins, nous devons maintenir une production électrique d’origine nucléaire pour conserver une dynamique compétitive déjà difficile à assurer, nous devons résister à l’emprise de la Chine sur l’industrie manufacturière et rétablir des fabrications essentielles au sein de l’UE, nous devons donc résister au programme énergétique allemand. Il est clair que notre voisin a commis une erreur en préférant le charbon au nucléaire, ne nous laissons pas entrainer, il y va de notre survie économique et sociale.

Samuel Furfari 

Ingénieur et docteur, professeur de géopolitique de l’énergie et président de la Société Européenne des Ingénieurs et Industriels.

6 réflexions sur “L’Allemagne veut nous entrainer dans le chaos énergétique qu’elle vit déjà

  1. Bonsoir M.Bertez

    L’hiver dernier, panneaux solaires et éoliennes étaient HS en Allemagne en raison de la glace et de l’absence de vent ….. Il va vite falloir aller à Notre Dame de Chaudes-Aygues mettre un cierge à Sainte Calorie pour que l’hiver 2021 soit clément.

    Les éoliennes rapportent à l’Allemagne du fait que ce sont eux qui les fabriquent et les vendent aux français….. Ensuite, EDF doit racheter les kw du vent plus cher qu’elle ne les vend aux pigeons; il me semblait pourtant que la vente à perte est interdite.
    A t’on bien saisi que ceux qui ont des contrats d' » »électricité Verte » sont alimentés par le réseau ERDF,? Malgré toutes mes recherches, je n’ai pas encore trouvé comment différencier, sur mon réseau domestique, un électron Vert d’un beurk électron animé par le nucléaire, le gaz ou le charbon!
    Je vais demander à Sandrine Rousseau, ou à Véran, tous deux sont de grands scientifiques dans notre monde post vérité!

    Au fait, si l’on additionne toutes les quantités de véhicules électriques annoncées fièrement par les politiques de tous les pays la quantité de lithium nécessaire à la fabrication de leurs batteries dépasse très largement celle disponible dans le monde!

    Comme le disent les chinois, nous allons vivre des moments intéressants!

    Cordialement

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  2. Matthieu Auzanneau vient de sortir un nouveau livre sur le pétrole basée sur les donnnées de Rystad. Les années (entre 5 et 10 ans) qui viennent vont être terribles: la plus faible découverte de gisement de l’histoire a eu lieu en 2020 malgré un niveau d’investissement jamais atteint, et la tendance est la baisse des découvertes depuis les années soixante, ce n’est pas nouveau.

    Seul le shale oil a réussi a compensé le déclin du conventionnel depuis 2008; le conventionnel n’a jamais retrouvé ses niveaux pre 2008. Mais le shale oil n’a pas du tout la même qualité que le brut saoudien ou russe.

    On ne trouve plus de gisements succeptibles de remplacer les gisements conventionnels à bas coûts aussi bien en qualité que quantité. Or la consommation d’énergie, dont le pétrole représente plus =/- 80% est le sang de l’économie: l’économie n’est que de l’énergie transformée.

    Donc l’Allemagne est cuite de part ses besoins et ses choix, c’est un pays qui repose à mort sur l’énergie facile et pas chère.

    Par contre ce que les gens ne réalisent pas c’est que le petit jeu allemand et européen augmentent sérieusement les risques de blackout à grande échelle: quand on regarde les analyses de risques sur ces blackouts, on peut constater que les risques sont totalement disproportionnés et dynamiques à mesure qu’un blackout dure.

    Plus le temps passe, plus la probabilité de redémarrer les équipements s’amenuise: les centrales possèdent des groupes électrogènes alimentés au fossile qui permettent aux équipements de contrôle de piloter une centrale et de re démarrer les équipements à distance ou même d’opérer des systèmes qui n’ont pas été conçus pour être manoeuvrer à la main.

    Or une grille électrique nécessite une équilibre extrèmement fin en temps réel c’est pour cela que tout est automatisé et informatisé pour pouvoir piloter tout ça à la vitesse de la lumière.

    Plus on met du bordel dans la grille plus c’est compliqué de la stabilisé: l’éolien et le solaire en sont des prototypes parfait de ce bordel à cause de l’intermittence, surtout le vent d’ailleurs.

    Une fois les groupes électrogènes de ces centrales en rade, il faudrait tout contrôler et synchroniser à la main via des opérateurs sur place.

    Vous voyez ou je veux en venir?

    Le risque est de perdre des zones entières de la grille pendant des semaines ou plus avec des conséquences absolument cataclysmiques pour nos pays sur connectés car on a tout interconnecté à l’échelle européenne avec des niveaux de qualité différents et des pilotages qui restent nationaux.

    L’année dernière un équipement en roumanie a failli créer un blackout monstrueux (https://www.transitionsenergies.com/black-out-evite-europe-8-janvier/)

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  3. Question, monsieur Bertez : la déplétion énergétique actuelle ( coupures d’électricité en Chine, gas naturel qui explose à la hausse, uranium qui devient difficile à extraire hormis au Kazakhstan…) est-elle surdéterminée ( ce que je pense à titre personnel), ou bien y a-t-il quelque part une volonté, au moins partielle, de prolonger le chaos post Covid par un chaos énergétique pour gagner de l’argent, du pouvoir… ?
    Certes la question est un tantinet complotiste, mais pourquoi ce chaos soudain maintenant, alors qu’il était inexistant début 2020 ?

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  4. Les allemands voulaient nous vendre des voitures sans que nos balances commerciales soient déficitaires. Maintenant ils veulent nous vendre des voitures électriques sans qu’on produise notre électricité comme bon nous semble. Il faut dire stop. Cette question énergétique est surement la dernière grande chance stratégique à saisir pour la France si elle ne veut pas définitivement être déclassée.

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