Il faudra que cela aille beaucoup plus mal avant d’aller mieux; l’Armageddon avant l’Age d’or.

Au lendemain de la crise de mars 2020, les commentateurs se sont emballés, ils ont été impressionnés par les trillions jetés/largués sur l’économie mondiale et ils ont prédit, d’abord une reprise forte, en forme de « V », puis une nouvelle période d’Age d’or comme dans les années 20.

J’ai bien sur démonté ces croyances et expliqué que l’Age d’or, ce n’était ni pour demain ni pour après demain.

Certes, il y allait avoir une période euphorique puisque le célèbre bol de punch était à nouveau rempli et il fallait s’attendre à une reprise courte, mais spéculative. J’ai commis un texte volontairement provocateur pour expliquer tout ceci et je vous invite à le relire.

https://brunobertez.com/2020/12/03/editorial-je-prends-des-risques-et-je-prevois-le-contraire-de-lapocalypse/

Nous sommes toujours en tendance déflationniste de long terme, rien n’a changé. Nous sommes en fin du grand cycle du crédit qui a pris naissance en 1945, nous jouons les prolongations grâce à la production de crédit pourri et grâce à l’avilissement de la monnaie.

Ce qui a changé, c’est le poids du boulet de la déflation, c’est dire le poids des dettes: il y a encore plus de dettes dans le système, elles se sont encore rapproché du Centre du système, que constituent la Fed et le Trésor US.

Le boulet de la déflation est encore plus lourd, le capital fictif de poids mort a considérablement grossi et donc il n’y a aucun espoir. Le seul espoir de retrouver un jour un Age d’or, c’est la Crise de Destruction de toute la pourriture accumulée depuis le milieu des années 60.

Pas de cercle vertueux, pas de croissance auto entretenue:

Les années 2020 ne peuvent être un nouvel « Age d’or » pour le capitalisme comme le furent les années 1920 et 1950 avec des taux de profit et des investissements élevés, avec des augmentations de salaires réels, avec le plein emploi et avec une faible inflation. 

Bien sur que non.

Le mal du système est profond , il est endogène, je le résume comme suit:

-suraccumulation de capital depuis plusieurs décennies

-tendance à la baisse de la profitabilité de ce capital

-financiarisation pour masquer et compenser la chute de rentabilité

-développement d’une économie spéculative et de jeu boursier

-grève de l’investissement productif, érosion de la productivité

-tentative de hausser le taux d’exploitaion des salariés, stagnation des salaires

-poursuite de la financiarisation au dela des limites de la solvabilité par monétisation des dettes

des gouvernements , puis de l’immobilier, puis des entreprises, puis du levier des marchés.

Et finalement impasse et montée du risque soit de stagflation soit d ‘hyperinflation.

Voila ou nous en sommes de la Grande Aventure que je décris depuis 2009.

Le «choc» actuel du côté de l’offre est en réalité la poursuite du ralentissement de la production industrielle, du commerce international, des investissements des entreprises et de la croissance du PIB réel qui s’installait en 2019 avant l’éclatement de la pandémie. 

On ne vous l’a jamais dit mais la situation en 2019 était crisique, et c’est pour cela que dès la fin 2018, Powell avait fait volte face et renoncé à régulariser la politique monétaire. Vous savez celle qui devait être aussi ennuyeuse que regarder sécher la peinture sur un mur!

Cela était en train de se produire parce que la rentabilité du système se dégradait à nouveau dans les grandes économies. Elle était tombée à des niveaux presque historiques mettant en danger l’investissement, la croissance et la stabilité financière.

Choc d’offre, lien avec le profit:

Le choc de l’offre n’est rien d’autre que la manifestation de la faible rentabilité et des investissements, couplée à la perspective des coûts extrêmement croissants de la lutte contre le changement climatique. Le changement climatique non seulement déprécie les investissements anciens, mais il augmente les coûts et pèse sur le pouvoir d’achat.. Les investissements pour le changement climatique induisent un raccourcissement des durées de vie des équipements anciens , ils pèsent de façon accélérée sur les rentabilités.

Cela a conduit à de fortes réductions des investissements dans l’exploration et la production d’énergies fossiles, mettant de nombreuses économies en danger d’une crise d’approvisionnement énergétique. 

C’est l’ironie des solutions au problème du réchauffement climatique : la hausse des prix des émissions de carbone et des taxes entraîne simplement une réduction importante de la production d’énergie. C’est l’équivalent de se tirer une balle dans le pied.

La politique énergétique tue le surproduit mondial! Ah les braves gens.

La hausse de l’inflation est due à la faiblesse de l’offre rentable. Je précise bien rentable car c’est ce que les économistes classiques oublient: la production ne dépend pas de la demande mais de l’offre rentable. Si les producteurs ne gagnent pas d’argent il y a beau y avoir une demande, les producteurs ne produisent pas ou alors il faut augmenter les prix qu’on leur propose.

La politique monétaire fonctionne en essayant d’augmenter ou de réduire la demande. Lorsqu’il y a un choc d’offre la politique monétaire laxiste et le crédit faciles ne servent qu’à amplifier le choc d’offre et a autoriser les hausses de prix par injection de pouvoir d’achat fictif . Elle ratifie l’inflation et la solvabilise.

 Comme Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre, l’a déclaré : « La politique monétaire n’augmentera pas l’offre de puces semi-conductrices, elle n’augmentera pas la quantité de vent pour les éoliennes et elle ne produira pas non plus plus de conducteurs de poids lourds. 

Injecter de l’argent ou du crédit dans le système financier par « assouplissement quantitatif » ou tout autre dispositif ne fonctionne pas pour stimuler l’économie réelle. Cela ne stimule que la Bourse. L’offre ne se développe pas, par manque de rentabilité. C’est toute la problématique de la MMT d’ailleurs, vous créez de la demande pour absorber les capacités de productions oisives , cela stimule l’activité mais comme l’offre, elle, reste pénalisée par l’insuffisance de profitabilité du capital, elle ne se développe pas et la reprise artificielle bute sur l’inflation.

Dans le système capitaliste, vous butez toujours sur la variable centrale: la profitabilité du Capital: vous pouvez emmener un cheval à l’abreuvoir, mais vous ne pouvez pas le faire boire. 

Ajouter du crédit et de la monnaie dans le commerce , c ‘est mettre de l’eau dans l’abreuvoir, du liquide, mais cela ne suffit pas, il faut que le cheval ait soif. Et le cheval capitaliste ce qui le fait boire , ce qui lui donne soif, c’est le profit. C’est le moteur du système.

En résumé et pour tout dire en termes simples: il n’y aura pas d’Age d’or tant que l’on n’aura pas détruit la pourriture passée. Seule cette destruction, en éliminant l’excès de Capital, restaurera le taux de profit au niveau souhaité par les capitalistes et au niveau compatible avec une croissance auto entretenue..

Il n’y aura pas d’Age d’or avant l’Armageddon. Bataille finale, décisive et destructive

.

2 réflexions sur “Il faudra que cela aille beaucoup plus mal avant d’aller mieux; l’Armageddon avant l’Age d’or.

  1. Tout est déterminé par la quantité d’énergie à disposition, le reste ce sont des délires d’économistes.
    Quand on a commencé à exploiter le pétrole, il fallait mettre un baril d’énergie pour en sortir 100, maintennant en moyenne on est à 5, oui 5, et cela descend régulièrement.

    L’économie dont le capitalisme est un sous produit de la consommation d’énergie, comme la culture, l’agriculture moderne, ….

    La plupart des terres agricoles en Europe ne sont pas cultivables sans l’utilisation d’engrais qui sont produits soit par la chimie issue du pétrole, soit par l’extraction minière de phosphore, lui aussi massivement basé sur le pétrole.

    La seule question : combien d’énergie pour qui pendant combien de temps?

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  2. Ca me fait penser à une voiture dont la puissance diminue avec le temps car on ne fait plus l’entretien. Les filtres s’encrassent, elle consomme de plus en plus. La combustion est incomplète. On commence à cramer de l’huile donc on en rajoute régulièrement.
    Des fuites commencent à apparaître.
    Les amortisseurs sont vieux et amortissent de moins en moins.

    Quand ça marche plus, on tape dessus de plus en plus fort.

    un jour elle démarre plus du tout ou elle prend feu.

    Ici le profit sera le rendement de la voiture

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