Les génies sont sortis de la bouteille, inflation, spéculation, dénégation

L’expérience des banquiers centraux, des marchés et du public a été façonnée par la lutte contre la déflation; cette aberration historique, cette des-adaptation au réel, adaptation à un imaginaire man made, va couter cher, très cher.

Nous avons une génération de banquiers centraux qui se définissent par leur éveil. Ils se définissent par leur implication sociale. Ils se définissent par leur souci de l’environnement. Ils se définissent par leur souci des excès financiers et de l’éthique des affaires. Et ils ont grandi et toute leur expérience a été façonnée par une période où l’inflation était inférieure à la cible. 

Et, donc, il leur est très difficile de perdre de vieilles habitudes…

Nous risquons plus que nous ne l’avons été durant ma carrière de perdre le contrôle de l’inflation aux États-Unis…

Nous sommes allés encore plus loin sur la route pour le perdre en Grande-Bretagne et je pense que nous sommes en grand danger en Europe. » L’ancien secrétaire au Trésor Larry Summers, 13 octobre 2021.

Je developpe depuis longtemps une idée simple; l’inflation est contrôlable tant que les banques centrales ont les mains libres,

C’est à dire tant qu’elles peuvent prendre le risque de resserrer leurs politiques monétaires.

Le membre important est: « tant que » .

Dire que l’on a les armes pour lutter est une affirmation insuffisante car encore faut-il avoir la volonté de les utiliser!

Et j’irai même encore plus loin, avoir les armes ne suffit pas, avoir la volonté ne suffit pas, avoir la possibilité est nécessaire.

Or je soutiens que les banquiers centraux n’ont plus cette possibilité, ils l’ont perdue au fil des années, au fil du temps ou ils ont laissé sortir de la bouteille le génie de l’inflation du prix des actifs; le gonflement des prix du capital et du crédit.

13 octobre – Bloomberg :

« Le risque de bulles immobilières à travers l’Europe s’est accéléré alors que la pandémie a déclenché une frénésie de dépenses mondiales sur des espaces de vie plus grands qui a été turbocompressée par les mesures de relance agressives des banques centrales. 

Avec Francfort en tête de liste, les villes européennes représentaient six des neuf marchés du logement les plus déséquilibrés au monde, selon le Global Real Estate Bubble Index d’UBS Group AG…

Le risque de bulle s’est également accéléré à Toronto, Hong Kong et Vancouver… les prix des maisons ont grimpé en flèche dans le monde au cours de l’année écoulée alors que le coût des emprunts a glissé au plus bas et que les acheteurs ont mis des primes accrue sur l’espace et la verdure… « En moyenne, le risque de bulle a augmenté au cours de la dernière année, tout comme la gravité potentielle d’une correction des prix dans de nombreuses villes suivies par l’indice »

Ils ont perdu le contrôle de la valeur des patrimoines, des collatéraux du systèmes, des gages, bref de tout ce qui fait que la pyramide tient et que le système apparait comme solvable. Et au lieu que leurs politiques monétaires dépendent des hausses des prix des biens et services, elles dépendent d’abord des déficits budgétaires des gouvernements, ensuite des niveaux de valorisations de bourses et enfin des risques pour la stabilité financière crées par l’usage abusif du levier.

Les responsables reconnaissent s’être trompés, je ne cesse de répéter qu’ils sont nuls et ne méritent aucune confiance

12 octobre – Bloomberg :

« Le président de la Banque fédérale de réserve d’Atlanta, Raphael Bostic, a déclaré que la flambée de l’inflation de cette année dure plus longtemps que les décideurs ne l’avaient prévu, il n’est donc pas approprié de qualifier de telles augmentations de prix de transitoires.  » Transitoire est un gros mot « , a déclaré Bostic… Il a parlé avec un bocal en verre étiqueté  » transitoire  » à ses côtés, déposant 1 $ chaque fois qu’il a utilisé le  » gros mot « , comme il est devenu connu de lui et de son personnel au cours des dernières années. mois. « Il devient de plus en plus clair que cet épisode qui a animé des pressions sur les prix – principalement les perturbations intenses et généralisées de la chaîne d’approvisionnement – ​​ne sera pas brève », a déclaré Bostic. « Par cette définition, les forces ne sont donc pas transitoires. »

Sur les marchés des matières premières la spéculation font rage. 

Le brut WTI a bondi de 3,7% à 82,28 $, une huitième semaine consécutive de gains pour un nouveau sommet en sept ans (en hausse de 70% en glissement annuel). 

La hausse de 5,1% de l’essence a poussé les gains en glissement annuel à 76%. 

Le cuivre a bondi de 10,6 %, portant les gains de 2021 à 34 %. 

Les prix du zinc ont augmenté de 20,4%, avec l’aluminium en hausse de 6,9%, le plomb de 5,3%, le nickel de 4,2% et l’étain de 2,9%. L’indice de référence du London Metal Exchange a atteint un niveau record. 

Les prix du charbon thermique chinois (Zhengzhou Commodity Exchange) ont bondi de 34% cette semaine. 

Dans l’ensemble, l’indice Bloomberg Commodities a encore gagné 2,1 %, portant les gains en glissement annuel à 34,2 %.

Et toutes ces hausses de prix sont dans le pipe line, elles vont se transmettre aux prix de détail , elles vont accélérer les CPI et les baisse de pouvoir d’achat partout dans le monde.

En hausse de 5,4 % en septembre, l’inflation des prix à la consommation US est à un record depuis 2008. L’ajustement du coût de la vie de 5,9 % de la Sécurité sociale est le plus important depuis 1982. Les prix à la production de septembre ont gonflé de 8,6 %,  les prix à l’importation ont augmenté de 9,2 % en glissement annuel en septembre, tandis que les prix à l’exportation ont bondi de 16,3 %.

Le « taux d’inflation point mort » du Trésor US à cinq ans a bondi de sept points de base cette semaine à 2,75%, proche du plus haut depuis 2005. L’enquête auprès des consommateurs de l’Université du Michigan fait ressortir des attentes d’inflation à un an atteignant 4,8%, le plus haut depuis l’inflation induite par le brut de 2008 . Ignorant mai, juin et juillet 2008, les attentes d’inflation des consommateurs n’ont pas été plus élevées depuis 1982.

La Fed se dérobe, elle ment en incriminant l’offre et les ruptures d’approvisionnements comme causes de l’emballement des prix, elle prend les observateurs pour des idiots.

La vraie cause de l’emballement c’est la politique monétaire , elle a permis, autorisé, solvabilisé à la fois les pénuries réelles et les pénuries spéculatives. Sans fuel monétaire, sans carburant l’incendie n’aurait pu se propager, les déséquilibres ne peuvent se développer sans excès de monnaie. La Fed nous agite le chiffon rouge des causes apparentes pour masquer sa responsabilité fondamentale : elle a analysé la crise de mars 2020 comme une crise de demande et elle a injecté du pouvoir d’achat alors qu’il n’y avait pas d ‘offre suffisante en face.

Ce fut une erreur politique, une erreur de jugement.

La Fed fait l’autruche, elle récuse sa responsabilité primordiale d’assurer la stabilité monétaire. 

13 octobre – Financial Times :

Stephen Roach

« Les échos d’une période antérieure et plus sombre de l’histoire économique se font de plus en plus forts. Lorsque j’ai mis en garde début 2020 contre une stagflation à la manière des années 1970, mes inquiétudes concernaient principalement l’offre. Aujourd’hui, un véritable choc d’approvisionnement mondial est à portée de main : les prix de l’énergie et des denrées alimentaires montent en flèche, les voies de navigation sont obstruées et les pénuries de main-d’œuvre prévalent. 

Une théorie populaire est que les ruptures d’approvisionnement et les flambées de prix sont des problèmes transitoires liés à la pandémie qui finiront par s’auto-guérir. La montée de l’inflation au début des années 1970 était également présagée par une focalisation sur des événements transitoires : l’embargo pétrolier de l’Opep et les perturbations météorologiques liées à El Niño. 

A l’époque comme aujourd’hui, les banquiers centraux prêchaient l’évangile de l’inflation transitoire. 

Dans les années 1970, Le président de la Réserve fédérale américaine, Arthur Burns, a demandé à son équipe de recherche d’éliminer les facteurs transitoires des indices de prix populaires. Burns, convaincu que la Fed ne devrait réagir qu’à l’inflation sous-jacente, a continué à retirer davantage du noyau (du core) jusqu’à ce qu’il ne reste plus grand-chose. 

Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il a reconnu qu’il y avait un problème d’inflation. Je faisais partie du personnel impliqué dans cet exercice regrettable pour créer la première mesure de l’inflation sous-jacente… »

Même les dirigeants des firmes de Wall Street ont commencé à pousser la Fed à corriger ses erreurs, de plus en plus préoccupés par le contexte inflationniste.

14 octobre – Bloomberg :

« Le PDG de Morgan Stanley, James Gorman, se prépare à des hausses de taux, et il dit que les marchés y sont prêts. « Vous devez piquer un peu cette bulle », a déclaré Gorman… « L’argent est un peu trop gratuit et disponible en ce moment. » Gorman a souligné les augmentations de salaires, les goulots d’étranglement de la chaîne d’approvisionnement et la flambée des prix des matières premières faisant grimper l’inflation. Tout cela n’est pas un phénomène temporaire, la Réserve fédérale doit agir un peu plus agressivement que les décideurs ne le prévoient actuellement, selon Gorman. »

EN PRIME

Une réflexion sur “Les génies sont sortis de la bouteille, inflation, spéculation, dénégation

  1. Il est déjà certain que quand bien même l’inflation serait transitoire, il s’agit d’un transitoire long . Or cela arrive dans un occident ou de nombreux salaires sont compressés jusqu’à l’os et ne peuvent la supporter. Il n’y a pas de gras, pas de tampon pour que même du transitoire soit acceptable.

    Les revendications d’augmentation salariales sont déjà là, les frictions sur le marché du travail aussi, les gilets jaunes reviennent à bas bruit pour l’instant. Les rafistolages pour acheter la paix sociale à coup de transferts sociaux pèsent sur la classe moyenne et transfèrent surtout un sentiment d’injustice, le diffuse. Bref à part les riches il y a beaucoup de mécontents. C’est de nouveau explosif. On a cru qu’on pouvait tout maitriser, on a cru que laisser des miettes aux travailleurs par ruissèlement allait suffire, On a manipulé les statistiques dont l’inflation, On est allé trop loin et le réel revient ce qui revient à dire qu’un choc violent arrive.

    La question est de savoir quels artifices peuvent encore être utilisés pour prolonger la partie. Je ne doute pas de l’imagination de leurs utilisateurs mais on ne voit pas très bien comment arrêter les chose si elles s’emballent. On va surement vers plus d’autoritarisme ( Contrôle des prix de certains biens ? Rationnements ou quota individuel sur l’utilisation de l’énergie ? Tout est possible. En tout cas à coup on aura une relance du concours Lépine des impôts avec par exemple Emmanuelle Wargon qui vient de déclarer que les maisons individuelles étaient un non-sens écologique. Propriétaires de maison vous pouvez trembler)

    Si le japon est notre modèle et si on se dit qu’on peut continuer à imprimer de la monnaie jusqu’à avoir 250 % de dette/ PIB il faut écouter le premier ministre japonais qui parle d’échec des Abenomics et de creusement des inégalités sociales. Il veut augmenter les salaires…

    https://www.zerohedge.com/markets/japans-new-prime-minister-admits-abenomics-was-failure

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