De l’eau dans le gaz européen

Chère lectrice, mon cher lecteur,
 
Quel animal vous permet de ne plus jamais avoir à faire le plein de votre voiture… Mais seulement si elle est décapotable.
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Réponse : La chèvre bien sûr, car elle fait marcher votre cabri au lait (cela marche aussi avec le chevreau au lait / Chevrolet).
 
attelage de chèvres
 
Après tout, cette petite blague n’est pas plus absurde que de redistribuer 3,8 milliards d’euros en chèques anti-inflation financés par la dette, donc par l’inflation. Des mesure comme cela sont de la morphine : Elles soulagent le patient et le tuent.
 
Inflation : Le pompier pyromane arrose son incendie à la lance à essence
Et en bon pompier pyromane, non seulement combattent-ils mal l’inflation mais encore l’ont-ils eux-mêmes créée par leurs politiques monétaire et budgétaire, notamment en augmentant les taxes sur l’essence et le gaz de 6 milliards par an depuis 2016 (cadeau de la fin du quinquennat de Hollande)… 
 
Avant de nous avoir donné 100 €, M. Macron a commencé par nous en prendre 1 000 à la pompe. [1]
 
Donne-moi 1 000€ et je t’en rendrai 100… Et dis moi merci encore ! Ça sent l’arnaque de cour de récré. Mais trêve de bagnole : Il n’y a malheureusement rien de nouveau ici.
 
Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est le gaz naturel qui part en vrille verticale.
 
L’anomalie radicale du gaz européen
Prix du gaz européen vs mondial
 
Et cela est radicalement nouveau et inquiétant car nous avons construit les conditions de ce chaos.
 
Au moment où j’écris ces lignes, le gaz naturel est 5 fois plus cher en Europe que dans le reste du monde.
 
Il y a quelques jours, il était même 7 fois plus cher. Nous sommes montés jusqu’à 162 € /MWH.
 
Et ce n’est pas normal.
 
Or la demande n’est pas particulièrement plus élevée que d’habitude, c’est donc un problème d’approvisionnement mondial et c’est ce que nous lisons partout : Sauf que cela ne nous donne pas le début d’une explication sur le facteur 5 entre les prix mondiaux et les prix européens.
 
D’un côté nous avons la hausse généralisée des matières premières et de l’énergie dont je vous parle régulièrement dans ces pages, de l’autre nous avons une anomalie majeure : Quelque chose qui ne devrait pas arriver.
 
Ce quelque chose devrait d’autant moins arriver que le gaz naturel a été surabondant sur les marchés pendant de nombreuses années, en partie à cause du déversement des gaz de schistes américain sur le monde (souvenez-vous de Donald Trump en super VRP qui venait forcer la main à Jean-Claude Juncker pour lui envoyer son gaz et bloquer le gazoduc Nordstream II).
 
La Chine crée les conditions de la panique (mais pas la panique)
Pour comprendre comment le cercle infernal s’est noué, il faut remonter à la fin de l’hiver dernier.
 
À ce moment, c’est l’Asie qui a souffert d’un hiver particulièrement froid et en particulier la Chine qui est le premier importateur de Gaz Naturel Liquéfié.
 
Alors que l’été est consacré au remplissage des stocks en Europe, la Chine « pique » nos approvisionnements habituels.
 
On voit bien jusqu’au mois de septembre le gaz européen augmenter plus vite que le cours mondial : Jusqu’ici, rien d’inhabituel. Mais les stocks européens sont bas (comme en 2015) et nous avons un environnement propice pour passer en mode panique.
 
Ajoutez à cela que nous avons atteint le pic de Hubbert pour les gaz de schistes américains : Structurellement, le marché du gaz va devoir se réadapter à une offre plus contrainte.
 
Mais c’est depuis un mois et demi que la situation dégénère et cela est dû à 2 facteurs nouveaux qui se sont conjugués pour faire partir les cours en chandelle.
 
La faute géopolitique majeure de notre dépendance au gaz russe
Tout d’abord, malgré les tensions sur le gaz, les importations russes sont en baisse par rapport à 2019.
 
Il y a clairement un chantage de Poutine pour forcer les Européens à ouvrir les vannes du gazoduc Nordstream II dont la construction vient finalement de s’achever après l’abandon des pressions américaines (qui n’ont plus tant de gaz à nous vendre finalement et d’intérêts géopolitiques tournés vers l’Asie) et dont les tuyaux sont en cours de remplissage.
 
Pourtant ce nouveau pipeline stratégique ne semble pas rassurer les acheteurs de gaz européen : Nous dépendons déjà de 40 % de la Russie pour nos importations de gaz.
 
Augmenter cette dépendance n’est pas bon pour les prix… Nous le voyons en ce moment même. Il suffit à Poutine d’appuyer sur un bouton pour qu’en quelques semaines nous soyons menacés de couper la lumière.
 
Moscou n’y va d’ailleurs pas par 4 chemins : Ils ont annoncé que l’ouverture de Nordstream II ferait le plus grand bien aux fournitures de gaz russe.
 
Alors, la souveraineté, combien de tonnes de CO2 ?
 
Côté production, notre mix gazier est de moins en moins optimal.
 
Mais côté consommation, c’est encore pire.
 
Le gaz est en train de devenir la dernière variable d’ajustement du réseau électrique…
Traditionnellement, le gaz sert essentiellement à nous chauffer et dans une moindre mesure à produire de l’électricité et à des usages industriels.
 
Nous ne sommes pas encore au cœur de l’hiver et l’automne n’est pas particulièrement glacial… Le problème vient de l’électricité.
 
En Europe, nous produisons notre électricité essentiellement à partir de nucléaire, de charbon, de gaz et d’hydraulique et d’éolien.
 
Nous pouvons tout de suite mettre de côté l’hydroélectricité : L’Europe est presque entièrement équipée en barrages et la tendance est davantage à la baisse.
Le nucléaire est aussi à la baisse tendancielle avec la fermeture définitive des centrales allemandes prévue en 2022 et l’indécision française qui ne sait ni abandonner, ni assumer son héritage nucléaire et se le fait piller par l’Allemagne qui n’est pas à une contradiction près.
Le charbon a longtemps été la variable d’ajustement du mix européen, vilain mensonge des verts teutons qui dépendent à 30 % du charbon et pire encore du lignite pour leur électricité. Mais là encore, l’Allemagne a décidé d’en sortir en 2038 au plus tard et d’ailleurs en 2019, la consommation d’électricité au charbon s’est effondrée de 25 %.

C’est massif et c’est le gaz et les renouvelables qui doivent compenser.
Dans les renouvelables, la part du lion revient à l’éolien et c’est là tout notre problème, non seulement, il n’y a pas de vent en Europe en ce moment mais l’électricité ne se stocke pas.
Il ne reste que le gaz comme variable d’ajustement.
 
Et c’est là que nous trouvons l’explication principale de notre chandelle : C’est le déséquilibre structurel entre nos besoins et nos capacités qui crée ce chaos.
 
Dans un marché optimal, les prix seraient autorégulés : Plus les prix montent et plus les usages diminuent, faisant baisser la demande et finalement les prix.
 
Sauf que le marché de l’électricité est tout sauf optimal : Votre facture d’électricité est réglementée et N’a PAS été multipliée par 4 depuis 6 semaines et fort heureusement vous n’avez pas eu à couper les lumières chez vous.
 
Cela signifie qu’il y a d’un côté une demande d’électricité au prix réglementé mais une offre qui elle ne l’est pas ou plus précisément qui l’est de moins en moins.
 
 
Les condition du chaos : L’offre baisse, la demande augmente, les politiques empêchent l’ajustement  
Une offre élastique avec une demande qui ne l’est pas n’est jamais bon mais avec l’électricité, c’est mortel.
 
À défaut de pouvoir baisser votre consommation, vous devez acheter à tout prix… Y compris 4 fois ou 10 fois plus cher.
 
Faute de charbon, de nucléaire ou de vent, la seule variable d’ajustement était le gaz, il s’est envolé.
 
C’est très important, ce n’est pas le gaz qui a fait s’envoler l’électricité mais l’inverse.
 
Nous avons pris des engagements aussi bien de fourniture d’énergie à prix contrôlé que de réduction de certaines sources : Et ces engagements sont contradictoires.
Les renouvelables NE peuvent PAS résoudre le problème 
Pire encore, cette contradiction est indépendante de nos capacités renouvelables : Il est imbécile de mettre l’envolée actuelle des prix du gaz sur des sous-capacités renouvelables.
 
Nous pouvons bien mettre des éoliennes partout, elles ne feront pas souffler le vent et je ne sache pas que nous acceptions de nous chauffer ou de nous éclairer uniquement lorsqu’il y en a.
 
Tant que nous n’assumerons pas de lever ces contradictions et de faire les choix drastiques qui s’imposent, qu’ils soient du côté de la production ou de la consommation, nous continuerons de nous enfoncer dans le chaos énergétique et économique.
 
Nous ne sommes pas habités à cela en France où pendant un demi-siècle nous avons construit une capacité nucléaire nous mettant à l’abri de ces chaos, aussi bien particuliers qu’entreprises.
 
Aujourd’hui nous nous faisons piller cet héritage par les Allemands qui refusent de l’assumer.
 
Vouloir sortir du nucléaire aujourd’hui peut être honorable mais encore faut-il l’assumer et dire à tous ce que cela signifie : À défaut, c’est l’insécurité énergétique radicale et l’appauvrissement.
 
Faute de courage politique, les anomalies comme celle qui vient de se produire pour la première fois sur le marché du gaz européen seront appelées à se reproduire et à s’intensifier avec des répercussions drastiques et imprévisibles sur nos économies et modes de vie.
 
À votre bonne fortune,

Guy de la Fortelle.
 

4 réflexions sur “De l’eau dans le gaz européen

  1. Nous expérimentons simplement le décalage entre l’idéologie et la real politik. L’UE idéologue plane à 10 000 et le poids des nécessités, des luttes et conflits révèle à qui veut voir que les tartufes de la commission européenne plonge les pays qui ont fait du green new deal un bourricot de bataille ne sont pas armés pour survivre dans un monde redevenu fracturé ou les alliances sino-russes ont plus de valeur et de poids (collaboration) que celle atlanto-européenne (trahison) et pire au sein même de l’U.E ou chacun face aux promesses électorales (que poussent leurs engagements à Davos…) bataille pour perdurer sans encombre ni choc… avec cette réalité clivante.

    Une question sous-jacente doit être levée: comment faire coïncider les attentes du great reset/green new deal avec l’ascension cosmique et pleine de rêve de la 4ème révolution technologique promise à l’inclusivité homme-machine sans le flot d’énergie nécessaire?
    Il y a 2 possibilités: la découverte miraculeuse d’une nouvelle énergie abondante et pas chère ou bien un great reset démographique pour ceux qui font dépendre leurs ambitions démiurges de paramètres insolubles et de délires ou le « dernier Homme » ne se dépasse que dans sa folie. La guerre, la vraie, la dure et sanglante remplirait cette fonction shumpétérienne de destruction créatrice. C’est plus radical et rapide que la vaccination massive ou encore la fracturation cognitive pour baliser l’histoire de guerres civiles si coûteuses… mais pourquoi pas, nos élites ont fait sécession depuis longtemps, ils ont dérivé dans l’orgueil pathologique, narcissique et suicidaire et les peuples sont accrochés à cette enclume qui file vers les abysses.

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  2. Bonjour
    Petrole, uranium, charbon, nous sommes au taquet il n’y a plus rien sous la pédale, nous allons, a mon sens, vers la décroissance par manque d’énergie. Car oui l’énergie est le PIB.
    Du gaz il en reste, mais c’est repousser le problème de quelque dizaine d’année. De plus le gaz liquéfié coute une blinde, ce qui n’est pas bon pour le PIB qui lui a besoin d’une énergie peu chère.
    Il nous reste le renouvelable celui qui fonctionne si il y a du vent ou du soleil. Et si il ne nous restait QUE le renouvelable, donc une électricité intermittente… Allons nous tous dépérir, ou allons nous nous adapter ?????
    Car en réfléchissant bien, qu’est ce donc que la fée électrique à la maison, du confort, rien que du confort, et pour beaucoup du gaspillage.

    Une petite réflexion sur le nucléaire ….. L’uranium se trouve au Kazakhstan, Canada, Australie, Niger. Après le coup des sous marin Aussie il faudrait quand même se poser la bonne question. Dans un monde ou l’énergie devient rare donc chère (tant que le consommateur peu payer) avons nous les moyens de faire respecter les accords signer avec un pays ou si le caïd de la classe peu nous écraser la gueule sans que nous ne puissions riposter??????
    Pour dire plus simplement: Que vaut un contrat si nous ne pouvons le faire respecter ??

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  3. Le niveau de corruption de l’Europe est sans précédent. Toutes les décisions semblent prises en dépit du bon sens et être assimilables à des actes de trahison contre les peuples.

    Le fil rouge de toutes ces décisions calamiteuses est qu’elles sont la conséquence d’injonctions américaines. North Stream 2, l’affaire Alstom, l’interdiction de vendre des portes hélicoptères aux russes, l’affaire des sous marins australiens…nous agissons dans l’intérêt des américains, nous leur obéissons sans contrepartie.

    Nous sommes une colonie américaine. Il suffit d’allumer sa télévision 2 minutes et de regarder une page de publicité pour en avoir la preuve.

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  4. Bonjour M. Bertez

    Merci pour cet exposé clair et net.

    On peut faire mieux que le cabriolet; le problème des éoliennes, c’est le vent cabricieux; mais en branchant des pédaliers en série sur une éolienne, on peut la faire tourner et donc produire de l’électricité. Voilà une oeuvre utile pour tous, donc un travail d’intérêt général. De ce fait on peut y affecter des délinquants et ainsi résoudre le problème de la surpopulation carcérale.
    Bien entendu, en ce monde de tartuffes à 100€ pièce, il sera hors de question de condamner un délinquant aux galéolières: on le « réhabilitera grâce à « quelques heures de travaux d’intérêt général couplées à un stage de remise en forme »…
    Vu le nombre d’éoliennes installées, nos « à réhabiliter » n’y suffiront pas et on pourrait donc recycler ( c’est le cas de le dire) des délinquants de pays voisins moyennant finance.

    Cela peut sembler cruel, mais moins tout de même que l’idée de les manger ( comme le suggéra Swift) en plus des nourrissons et des vieillards qui demandent à être plus chauffés que les autres, ce qui alourdit scandaleusement notre facture énergétique et l’angoisse de notre bon ministre des Finances!

    Cordialement

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