Les élites occidentales emploient la même technique à l’extérieur qu’à l’intérieur; silence on clive.

Les gesticulations géopolitiques continuent, plus ridicules et plus dangereuses que jamais. Au mépris de tout bon sens. Les élites occidentales emploient la même technique à l’extérieur qu’à l’intérieur, elles projettent la noirceur qui est en elles sur l’Autre ; silence on clive.

Cliver, diviser constituer des camps et les dresser les uns contre les autres, c’est la phase de préparation à la guerre. Il faut « construire » les ennemis, les inventer, les désigner, les nommer en tant qu’ennemis; le temps de la coopération, de la recherche des consensus et du respect, tout cela est terminé, c’est la phase de musculation et notez-le c’est vrai aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Ce qui me semble incroyable c’est que vous n’avez aucun intellectuel pour l’analsyer, le commnter et en faire débat. La domination du narratif des élites est telle, que l’intelligence est incapable de faire son travail d’alerte etde prise de conscience.

Nos démocraties , ou plus exactement nos idéaux démocratiques car nous n’avons jamais connu la démocratie, nos démocraties ont buté. Elles ont buté sur leur logique interne, logique d’accumulation, logique de lutte pour le profit, logique de compétition exacerbée.

Dans cette lutte elles ont touché leurs limites en 2008, lors d’une crise de surendettement spéculatif qui a mis en péril l’ordre social et la domination du très grand capital à dominante financière .

Fort de son pouvoir politique et des complicités contre nature, le grand capital a gagné –we saved the world– ont osé dire les larbins du capital, les banquiers centraux- et au lieu d’être détruit le Très Grand Capital a renforcé son pouvoir, il a assuré sa survie financière en surexploitant les salariés et en leur faisant payer le prix de sa crise; le populisme a été le prix à payer pour ce choix scélérat.

Faute de pour voir rétablir la situation et retourner à l’avant 2008, les élites avec leurs armes jumelles du pognon et de la technologie , ont décidé de passer en force, de ne plus rechercher ni les consensus populaires, ni la coopération internationale. La rareté et la lutte pour le pouvoir impérial ont eu raison des bonnes dispositions d’avant ; elles ont eu raison des souvenirs terribles des années 30 et de leur achèvement dans la guerrre 39-45.

Le parcours est à sens unique , la pente de plus en plus glissante, je le dis depuis 2008 et je le répète et le démontre au moins une fois chaque année; les guerres sont notre avenir.

3 décembre – Reuters :

« La Russie a rassemblé plus de 94 000 soldats près des frontières de l’Ukraine et pourrait se préparer à une offensive militaire à grande échelle fin janvier, a déclaré le ministre ukrainien de la Défense au Parlement…, citant des rapports de renseignement. Oleksii Reznikov a déclaré que l’Ukraine ne ferait rien pour provoquer la situation, mais qu’elle était prête à riposter si la Russie lançait une attaque.

30 novembre – Associated Press :

« Le président russe Vladimir Poutine… a sévèrement mis en garde l’OTAN contre le déploiement de ses troupes et de ses armes en Ukraine, affirmant que cela représentait une ligne rouge pour la Russie et déclencherait une réponse ferme. Commentant les inquiétudes occidentales concernant l’intention présumée de la Russie d’envahir l’Ukraine, il a déclaré que Moscou s’inquiétait également des exercices de l’OTAN près de ses frontières… Poutine a déclaré que l’expansion de l’OTAN vers l’Est menaçait les intérêts de sécurité fondamentaux de la Russie. Il s’est dit préoccupé par le fait que l’OTAN pourrait éventuellement utiliser le territoire ukrainien pour déployer des missiles capables d’atteindre Moscou en seulement cinq minutes. « L’émergence de telles menaces représente une » ligne rouge « pour nous », a déclaré Poutine. « J’espère que cela n’arrivera pas à cela et que le bon sens et la responsabilité pour leurs propres pays et la communauté mondiale finiront par prévaloir. »

1er décembre – Reuters :

« Les États-Unis ont exhorté la Russie… à retirer ses troupes de la frontière ukrainienne, avertissant qu’une invasion russe provoquerait des sanctions qui frapperaient Moscou plus durement que celles imposées jusqu’à présent. «Nous ne savons pas si le président (Vladimir) Poutine a pris la décision d’envahir. Nous savons qu’il met en place la capacité de le faire dans les plus brefs délais s’il en décide ainsi », a déclaré le secrétaire d’État américain Antony Blinken. « Si la Russie suivait la voie de la confrontation, en ce qui concerne l’Ukraine, nous avons clairement indiqué que nous réagirions résolument, notamment par une série de mesures économiques à fort impact que nous nous sommes abstenus de mettre en œuvre dans le passé. »

30 novembre – Reuters :

« Le Premier ministre ukrainien Denys Shmygal a accusé la Russie… d’être « absolument » derrière ce qu’il a appelé une tentative d’organiser un coup d’État pour renverser le gouvernement pro-occidental à Kiev, citant des renseignements. Vendredi dernier, le président Volodymyr Zelenskiy a déclaré que l’Ukraine avait découvert un complot visant à renverser son gouvernement cette semaine, impliquant des personnes de Russie, mais il s’est abstenu de dire s’il croyait que le Kremlin était derrière le complot.

2 décembre – Reuters :

« Les alliés de l’OTAN partagent un« engagement indéfectible » envers la souveraineté de l’Ukraine, a déclaré le secrétaire d’État américain Antony Blinken… quelques heures avant de rencontrer le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov au milieu de l’escalade des tensions Est-Ouest sur Ukraine. Blinken, s’exprimant au début des pourparlers avec le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kuleba, a réitéré les inquiétudes de Washington concernant une accumulation de troupes russes à la frontière qui a déclenché des menaces de nouvelles sanctions occidentales contre Moscou… ‘L’engagement indéfectible des États-Unis envers l’Ukraine l’intégrité territoriale, la souveraineté, son indépendance… c’est une opinion que partagent non seulement les États-Unis, mais tous nos alliés de l’OTAN également », a déclaré Blinken à Kuleba… »

28 novembre – Reuters:

« L’armée de l’air de Taïwan s’est à nouveau précipitée dimanche pour mettre en garde 27 avions chinois qui sont entrés dans sa zone de défense aérienne, a déclaré le ministère de la Défense de Taïwan.

C’est la dernière augmentation des tensions à travers le détroit de Taïwan alors que le président chinois rencontrait ses généraux. Taïwan, revendiquée par la Chine, se plaint depuis un an ou plus des missions répétées de l’armée de l’air chinoise près de l’île gouvernée démocratiquement… »

30 novembre – Reuters :

« Le Japon et les États-Unis ne pourraient pas rester les bras croisés si la Chine attaquait Taïwan, et Pékin doit comprendre cela, a déclaré l’ancien Premier ministre japonais Shinzo Abe… Les tensions sur Taïwan revendiqué par la Chine ont augmenté sous le président Xi Jinping cherche à faire valoir les revendications de souveraineté de son pays contre l’île gouvernée démocratiquement. Le gouvernement de Taïwan dit qu’il veut la paix, mais qu’il se défendra si nécessaire.

1er décembre – Reuters :

« Les menaces et la coercition de la Chine envers Taïwan augmentent la nécessité pour les États-Unis d’aider Taïwan à maintenir une légitime défense crédible, a déclaré le plus haut diplomate américain pour l’Asie… Secrétaire d’État adjoint pour l’Asie de l’Est et Affaires du Pacifique Daniel Kritenbrink… a déclaré que les États-Unis se sont fermement engagés à aider Taïwan. « Alors que la menace et la coercition de la République populaire de Chine augmentent, je pense que nous devons également réagir de manière appropriée », a déclaré Kritenbrink aux journalistes… »

1er décembre – Financial Times :

« Une attaque chinoise contre Taiwan serait une urgence pour le Japon et pour son alliance avec les États-Unis, a prévenu l’ancien Premier ministre japonais Shinzo Abe, laissant entendre que une invasion pourrait remplir les conditions pour que Tokyo utilise la force militaire. Abe a déclaré qu’une invasion chinoise équivaudrait à un « suicide économique », dans un discours prononcé par vidéo lors d’une conférence à Taïwan… Les remarques mettent en évidence les tensions croissantes à travers le détroit de Taïwan et l’évolution du Japon vers un soutien plus direct à Taipei.

1er décembre – Reuters :

« Le ministère chinois des Affaires étrangères a convoqué mercredi l’ambassadeur du Japon à Pékin pour une » réunion d’urgence « , après que l’ancien Premier ministre japonais Shinzo Abe a déclaré que ni son pays ni les États-Unis ne pouvaient rester les bras croisés si la Chine attaqué Taïwan. Le ministre adjoint chinois des Affaires étrangères Hua Chunying a qualifié les propos d’Abe d' »erronés » et de violation des normes fondamentales des relations entre la Chine et le Japon lors de la rencontre avec l’ambassadeur Hideo Tarumi… »

30 novembre – Reuters :

« Les États-Unis et la Chine sont engagés dans une course aux armements pour développer les armes hypersoniques les plus meurtrières, a déclaré le secrétaire de l’US Air Force…, alors que Pékin et Washington construisent et testent de plus en plus d’armes de nouvelle génération. « Il y a une course aux armements, pas nécessairement pour augmenter le nombre, mais pour une qualité accrue », a déclaré à Reuters le secrétaire de l’Air Force Frank Kendall… « C’est une course aux armements qui dure depuis un certain temps. Les Chinois ont été très agressifs.

Ne manquez pas, en prime:

28 novembre 2021 – Une “guerre” sourde se déroule autour d’un champ de bataille pour l’instant virtuel, nommé Ukraine. On assiste à une formidable “guerre de communication”, – plus qu’une guerre de la seule information tant est grande la complexité exotique, – où des alliances inédites de circonstance sont activées pour la séquence crisique actuelle.

On devrait mettre, je pense, comme symbolique de cette guerre de communication, deux interventions médiatiques importantes qui sont caractéristiques de cette sorte d’“alliance de circonstance”. Elles sont dirigées essentiellement contre le “parti de la guerre” aux USA, mais aussi dans une certaine mesure, – et c’est une nouveauté, – contre un éventuel “parti de la guerre” qui prendrait forme en Russie. Je crois qu’on peut avancer que jamais autant qu’aujourd’hui dans l’actuelle période (depuis 1989-91 et surtout depuis 9/11) ne sont apparues aussi nettement des fractures internes aux communautés nationales de sécurité des deux puissances (surtout aux USA), dérangeant complètement l’habituel jeu des ‘unions nationales’ dans une perspective de conflit.

• Aux USA, ce qui doit retenir notre attention c’est une intervention d’une experte reconnue, l’ancienne officier de la Defense Intelligence Agency Rebekka Koffler, spécialiste appréciée de la Russie et auteure d’un livre très documenté et faisant autorité sur les intentions supposées de Poutine : ‘Putin’s playbook : Russia’s secret polan to defeat America’.

Elle envisage dans un article de Fox.News du 27 novembre les possibilités de guerre entre la Russie et les USA via un conflit de la Russie avec l’Ukraine. Elle est largement citée et approuvée par le colonel Pat Lang sur son site ‘Turcopolier’, qui publie une partie importante de son article. Lang est un ancien de la DIA, comme Koffler, ce qui est bien assez pour nous indiquer l’analyse générale de la situation que fait le service de renseignement du Pentagone.

 « En tant qu’ancien officier de la Defense Intelligence Agency (DIA) et spécialiste de la doctrine et de la stratégie russes ayant participé à des dizaines de simulation de guerre, sur le thème d’un conflit entre les États-Unis et la Russie, je suis gravement préoccupé par le risque élevé d’une entrée en guerre de Washington pour l’Ukraine. 

» Si vous pensiez que 2 000 milliards de dollars et 6 000 vies américaines étaient un prix élevé à payer pour une issue sans victoire d’un engagement de 20 ans en Afghanistan, vous n’avez encore rien vu. 

» Les coûts et les pertes des États-Unis dans une guerre avec la Russie nucléaire seraient catastrophiques. Une telle guerre est impossible à gagner et ne vaut pas la peine de sacrifier des vies américaines pour la mener. »

Du point de vue opérationnel, Koffler ne doute pas un instant que les USA seraient automatiquement entrainés dans une guerre si l’Ukraine, soutenu par les pressions alliées et l’encouragement de l’OTAN, voire un processus d’adhésion à l’OTAN, entrait d’une façon ou d’une autre en conflit avec la Russie.

Koffler n’est en aucun cas une ‘partisane’ de Poutine dans le sens d’une entente avec lui, ou d’une approche favorable au régime politique de la Russie ; son jugement (que certains “affectivistes” jugeraient favorable aux Russes) est donc purement analytique et réaliste. Sur le point qui nous occupe et qui la préoccupe, Koffler considère que la Russie est prête à faire la guerre aux USA, notamment pour interdire catégoriquement que l’Ukraine devienne un avant-poste des troupes US et de l’OTAN, que l’Ukraine entre dans l’OTAN, etc., parce qu’elle pense, assez justement me semble-t-il, que les Russes jugent cette occurrence vitale pour leur survie (“ligne rouge”). Sa vision est complètement globale, hors de la possibilité limitée du seul conflit Russie-Ukraine.

Elle envisage donc comme très possible le risque d’un conflit où les USA seraient impliqués, du fait qu’ils enverraient, s’ils n’en ont déjà au niveau de l’instruction des Ukrainiens, des troupes en Ukraine. Koffler croit fondamentalement à la doctrine des “lignes rouges” impliquant une riposte massive de la Russie si la “ligne rouge” d’une présence US/OTAN en Ukraine était franchie… On comprend qu’elle condamne bien sûr sans équivoque la possibilité que les USA se laissent entraîner dans un tel conflit, ce qui implique de sa part une condamnation tout aussi complète du “parti de la guerre” washingtonien au motif évident qu’ils est absolument contraire aux intérêts des États-Unis.

« L’envoi de troupes américaines sur le théâtre des opérations, dans l’arrière-cour de la Russie, serait interprété par le Kremlin comme un signe précurseur d’une éventuelle action cinétique des États-Unis contre la Russie. La présence même de forces américaines déployées si près d’un conflit augmenterait la pression sur Washington, qui vient d’être chassé d’Afghanistan, pour intervenir au nom de l’Ukraine. 

» Une telle action inciterait Moscou à activer sa réponse préventive d’“autodéfense”, en ciblant le territoire américain par une attaque destructrice de guerre cybernétique et spatiale. Avec le récent test de frappe de missiles antisatellites de la Russie, Poutine a démontré la capacité de la Russie à paralyser les satellites américains, dont nous dépendons non seulement pour notre capacité de combat mais aussi pour d’innombrables usages civils. 

» Poutine, qui craint de devenir la cible de la doctrine de Washington en matière de “changement de régime”, qui a coûté la vie à des personnes comme Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi, est prêt à réagir de manière extrême. Une fois que les tirs auront commencé, la guerre pourrait très bien devenir nucléaire et impliquer des cyberattaques débilitantes sur le réseau électrique américain.

» Personne n’a été capable de gagner une guerre avec la Russie sur le sol russe. Il suffit de demander à Napoléon, en France, à Hitler, en Allemagne, et aux Suédois, dont l’armée a été démolie en 1709 par les soldats de Pierre le Grand.

» L’Ukraine fait-elle partie des intérêts vitaux de l’Amérique en matière de sécurité ? La sûreté, la sécurité, l’intégrité territoriale et la survie à long terme de l’Amérique dépendent-elles, même de loin, de l’Ukraine ? La réponse à ces deux questions est un “non” retentissant. »

• Du côté russe, il faut s’attacher à un article de RT.com, du même 7 novembre, qui cite Ivan Timofeev, directeur du programmer du Valdaï Club, et proche de Poutine comme il est indiqué dans l’article. Il ne fait ainsi aucun doute, selon ce que j’en peux juger, qu’il s’agit d’un texte approuvé par Poutine et représentant un “message” clair, – mais beaucoup plus à l’intention de ceux qui, en Russie, sont partisans d’une guerre limitée contre l’Ukraine et font pression sur Poutine pour cela. Il s’agit de montrer le peu d’intérêt qu’il y aurait pour la Russie à envahir l’Ukraine, et même l’enchaînement catastrophique que cela déclencherait pour la Russie, aux niveaux économique, politique, voire de la stabilité intérieure.

D’une façon très caractéristique et en complet contraste avec l’analyse de Koffler qui s’adresse aux partisans US de la guerre, il n’est pas question une seconde de l’extension du conflit à l’OTAN et aux USA, selon l’idée que la rapidité et l’efficacité de l’intervention russe occupant l’Ukraine jusqu’à Kiev, ne laisseraient pas le temps aux pays de l’OTAN de réagir. C’est alors, dit Timofeev, que la Russie se trouverait dans cette situation catastrophique, avec une occupation de la moitié de l’Ukraine à gérer, un complet isolement diplomatique et commercial, une réputation internationale ruinée…

Le principal du texte (anonyme) de RT.com, citant toujours Timofeev, détaille le scénario d’une attaque russe, d’une façon si précise qu’on est conduit à penser, – c’est mon cas, – que les informations viennent directement des services de planification des militaires, sur ordre de Poutine. Il s’agit de montrer la capacité et l’efficacité des forces russes, ce qui rencontre opérationnellement les partisans de la guerre tout en faisant la promotion théorique de la puissance russe, pour finir par détailler les conséquences indirectes catastrophiques de cette opération réussie : cas d’une victoire tactique conduisant à une défaite stratégique.

« Les coûts d’une guerre entre la Russie et l’Ukraine dépassent de loin les avantages. Elle comporte des risques importants pour l’économie, la stabilité politique et la politique étrangère russe, ne résout pas les principaux problèmes de sécurité, mais en crée de nombreux nouveaux.

» C’est ce qu’affirme Ivan Timofeev, directeur du programme du Valdai Club. Ce groupe de réflexion moscovite de premier plan est étroitement lié au président Vladimir Poutine. M. Timofeev, l’un des principaux experts russes en matière de politique étrangère, est sceptique quant à la possibilité d’un conflit, mais il a décrit comment une telle opération pourrait être menée. […]

» La question se pose : pour qui et dans quelles conditions ce scénario est-il bénéfique ? Tout d’abord, il est attrayant précisément en tant que situation hypothétique plutôt que réelle. Sous cette forme, il permet de consolider l’Ukraine sur une base antirusse, de rechercher l’expansion de l’aide militaire occidentale et de justifier cette aide auprès de l’Occident. La menace de guerre et l’exercice de la puissance peuvent également être utilisés par la partie russe. Moscou montre qu’elle est techniquement prête pour un scénario radical et ne permettra pas que ses “lignes rouges” soient franchies. Ces “lignes rouges” incluent une solution militaire au problème du Donbass. En d’autres termes, le scénario a une signification pratique en tant qu’outil de guerre de l’information et de signaux politiques.

» Du point de vue de l’équilibre des avantages et des pertes, aucune des parties [Russie et USA] n’est intéressée par une véritable guerre. Par conséquent, il n’est guère utile de considérer le scénario de la guerre comme probable. Cependant, l’histoire connaît de nombreux exemples où des calculs rationnels n’ont pas réussi à mettre fin à l’escalade. Il ne reste plus qu’à espérer que ce ne soit pas le cas ici. »

• Une autre intervention est à signaler ici, celle de l’éditorial du site ‘Strategic-Culture.org’. Le texte revient sur le coup de téléphone des deux chefs d’état-major, les généraux Gerasimov et Milley, dont il a été déjà question dans ce ‘Journal. L’interprétation du site concerne d’une façon générale la situation au sein de la direction de la sécurité nationale à Washington D.C., où l’on verrait principalement la bureaucratie du département d’État alliée à la CIA et à diverses forces d’influence hors du gouvernement, alliées pour pousser les Ukrainiens, voire les USA eux-mêmes, à un conflit contre les USA, tandis que le Pentagone serait opposé à tout conflit (ce qui rencontre la position d’anciens de la DIA, comme Koffler et Lang). Cette idée des militaires opposés à un conflit rencontre l’hypothèse que je faisais effectivement à cet égard, dans le texte référencé :

« Connaissant les conditions du pouvoir en Russie et aux États-Unis, je pense qu’on peut sans aucun doute nous tourner vers les USA. Le pouvoir washingtonien est aujourd’hui complètement éclaté, au contraire du pouvoir russe. Dans cette situation, avec des précédents montrant une évolution constante de pressions grandissantes des militaires sur le pouvoir civil contre des engagements militaires, voire des insubordinations camouflées (voir la saga de l’US Navy contre l’intervention en Iran en 2007, notamment avec l’amiral Fallon), les chefs militaires ont pris de plus en plus d’autonomie jusqu’à intervenir, comme c’est le cas ici, à visage découvert, ès qualité et dans des circonstances extrêmes et sans une investiture officielle du pouvoir civil, pour l’initiative considérable où les deux chefs suprêmes des armées se parlent directement. »

Le partage que fait ‘Strategic-Culture.org’ est assez cohérent, sans qu’on puisse situer tous les acteurs (par exemple, l’équipe Biden de sécurité nationale [le NSC]  et éventuellement le président, s’il a un avis sur la question). D’autre part, comme il semble que nombre de documents “prouvant” les intentions agressives russes (des photos de satellites, des informations fuitées vers la presseSystème, évidemment belliciste comme à l’habitude) viennent d’entreprises privées gérant des satellites, le Pentagone apparaît disposer d’assez peu de sources propres à opposer à celles qui circulent avec l’estampiller “CIA”.

D’où l’hypothèse de ‘Strategic-Culture.org’, tout à fait acceptable dans cette foire d’affrontements fratricides qu’est Washington D.C., des Russes passant, via Gerasimov, des informations et des preuves photographiques de leur situation militaire à Milley.  Ce ne sera certainement pas la première fois que les deux états-majors se transmettent des informations et des documents, pour renforcer la position du “partenaire” dans son propre gouvernement, si cette position rencontre les intérêts de l’“informateur”. La pratique fut courante durant la Guerre Froide.

« Lorsque le général Gerasimov s’est entretenu avec le général Milley, nous pouvons être sûrs qu’il a été expliqué à la partie américaine que les informations américaines promues par le département d’État et l’armée ukrainienne ne correspondent pas à la réalité. Nous pouvons être sûrs que les informations russes fournies à Milley peuvent être vérifiées comme étant objectivement exactes. Où sont les renseignements propres au Pentagone sur cette question, par opposition à la source d’une société privée ?

» Ici, c’est un aspect ironique de cette sombre situation. Milley est probablement mieux informé des prétendus développements ukrainiens grâce à son homologue russe, contrairement aux informations douteuses fournies par des éléments du ‘DeepState’ au sein du gouvernement américain. Des éléments qui, de surcroît, ont un intérêt néfaste à attiser un conflit avec la Russie.

» Milley a lui-même déjà exprimé des doutes quant à la conjecture d’une invasion russe. Le 3 novembre, il a déclaré qu’il ne voyait pas de menace d’agression russe contre l’Ukraine. Milley a raison de faire confiance à son instinct militaire. »

Quoi qu’il en soit de toutes ces complications, il se confirme qu’on est entré dans une novelle phase dans la crise ukrainienne. (C’est un prolongement inattendue pour les analyses officielles puisque toutes les projections allaient vers une intensification jusqu’au risque de conflit des USA avec la Chine, autour de Taïwan.) Désormais, les deux puissances nucléaires, USA et Russie, sont impliquées directement, hors de leur position jusqu’ici bien délimités de “second rideau”, de soutiens aux camps qu’ils favorisent. Il ne faut pas en prendre ombrage ni sombrer dans la panique, la chose n’est ni catastrophique, ni irrémédiable.

Les deux, – Russes et américanistes sans-masque, – se trouvent en contacts directs, avec les nuances d’affrontement au sein de leurs propres directions, menant donc une sorte de “guerre hybride de la communication”, sans “front” d’opposition, où les positions et les alliances se font et défont sans se dissimuler, et transfèrent en terre étrangère (mais pas trop regardante) les complications extraordinaires de certaines situation internes.

(Je parle évidemment pour bien 90% de ces constats de complications, de la situation interne de Washington D.C.)

Bien entendu, tout cela, cette situation pittoresque et rocambolesque, n’empêche rien, surtout dans le domaine de la maladresse et de la sottise humaines (« …l’histoire connaît de nombreux exemples où des calculs rationnels n’ont pas réussi à mettre fin à l’escalade » : “Bien sûr ! Mais c’est bien vrai… ”).

Effectivement, puisque nous vivons des temps-devenus-fous…

https://www.dedefensa.org/article/danse-autour-dun-champ-de-bataille

Une réflexion sur “Les élites occidentales emploient la même technique à l’extérieur qu’à l’intérieur; silence on clive.

  1. Merci pour cet article!

    L’effet miroir dans toute sa splendeur…

    – Version enfantine: c’est celui qui dit qui est.
    – Version girardienne: la fabrique du bouc émissaire.

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