Editorial. Le mythe du remboursement des dettes ne vaut encore que pour le peuple.

Rédigé par 

Bruno Bertez 

15 décembre 2021

Si vous souscrivez un crédit, vous devez le rembourser. A priori, cela devrait être la même chose pour les dettes des Etats, mais, en pratique, c’est un peu plus compliqué…

On parle de moins en moins de la dette des gouvernements. Il semble acquis que l’on accepte une sorte de théorie monétaire moderne, à condition de ne pas la nommer. Il n’y a plus de Cassandre sur ce sujet.

Ceux qui en parlent encore ne le font que par des moyens détournés, comme la BRI. Au lieu de se poser la question de l’accumulation des dettes, ils se posent la question subsidiaire de savoir quelles sont les marges de manœuvre pour lutter contre la prochaine crise, la prochaine pandémie, la prochaine récession, etc. Puis ils concluent que l’arsenal est vide.

Moi-même, je ne m’en inquiète que peu ou plus du tout, mais c’est pour une raison très différente de celle des autres commentateurs.

Je ne pars plus de l’idée que la dette est une contrainte, et que la question de son remboursement ou de sa solvabilité se posent. Non, je pars désormais de l’idée qu’il est admis implicitement que la dette sera détruite. Soit progressivement en douceur, soit brutalement. C’est le sous-jacent théorique qui est à la base des politiques du « coûte que coûte » actuelles.

Nous avons traversé le Rubicon, nous sommes passés de l’autre coté de la ligne rouge ou si on veut dans le Rabbitt Hole d’Alice au Pays des Merveilles.

Monnaie ou dette, cela revient au même

Et je ne suis pas loin de penser que, si cette hypothèse de la destruction de la dette est implicite, c’est parce que l’autre hypothèse de base est que la monnaie telle que nous la connaissons, la monnaie de crédit, sera elle aussi détruite.

Si on détruit la dette, on détruit la monnaie, puisque la monnaie c’est de la dette et que la dette c’est de la monnaie.

Quand on vous dit que les gouvernements qui ont la souveraineté monétaire ne peuvent pas tomber en faillite , on ne vous dit rien d’autre que ceci: ils peuvent toujours rembourser en monnaie de singe comme le furent les emprunts russes qui , pourtant libellés en or, furent si on ose dire « honorés » pour quelques anciens francs français.

Ce que l’on ne vous dit pas, c’est que les dettes étant libellées en une monnaie, on peut -et on le fait régulièrement- déprécier ce en quoi elles sont exprimées; on mesure avec un étalon qui fond, on joue sur le nominalisme.

Mais il y a plus technique.

Il y a maintenant unification totale du champ de la monnaie avec celui de la dette, par le pont de la « monnaieitude ». C’est-à-dire par le caractère monétaire de tout actif financier, dans la mesure où cet actif donne droit, grâce à la liquidité déversée par les tuyaux des banques centrales, de passer de l’actif à maturité différée (un bon du Trésor US, par exemple) à l’actif à maturité instantanée (du cash, ou au moins un chiffre plus gros sur un compte en banque).

Ce que vous devez comprendre c’est que le sous jacent des dettes ce n’est pas le réel, c’est la monnaie. Quand on détient une dette on détient le droit de l’échanger contre de la monnaie, soit à l’échéance soit en la vendant sur un marché. Les dettes sont un droit sur de la base-money, ce que personne ne vous dit.

Exemple. les dettes du gouvernement américain sont un droit à recevoir des dollars, et les pays du reste du monde compte tenu de leurs dettes et de leurs échanges ont besoin de s’assurer des disponibilités présentes ou futures en dollars. C’est vital.

Dans l’esprit des autorités, on est passé de l’autre côté de la barrière, on cesse de considérer les questions de solvabilité et on ne considère que celle de soutenabilité. Celle-ci se pose de la façon suivante : de combien de temps disposons nous avant l’Armageddon, avant la grande révulsion qui marquera la fin du cycle long de la dette, de 75 ans environ ?

Non seulement la dette est devenue monnaie et la monnaie est devenue dette, mais la dette est devenue monnaie de base et pierre angulaire de tout le système.

L’idée que les « marchés » exigeraient à un moment donné des intérêts plus élevés sur les obligations US est dépassé au point d’être absurde.

Pourquoi on achète de la dette US ?

C’est une idée que ne parviennent pas à assimiler ceux qui ne comprennent pas le système monétaire. A notre époque, dans le système, les agents ne détiennent pas les obligations US avec un état d’esprit d’investisseur. Les obligations américaines sont utilisées comme monnaie de réserve mondiale, et elles constituent la liquidité vitale du système monétaire international. On le voit clairement par exemple sur les marchés des obligations européennes. La dette du gouvernement américain est un instrument , pas un investissement.

La plupart des agents demandent des obligations US pour des tonnes de raisons, sauf pour l’investissement. A ce titre, ils sont peu sensibles au niveau des taux d’intérêt ou au niveau de la masse de dette américaine globale.

En bref, c’est la vraie raison pour laquelle le dollar US conserve la crédibilité d’être la monnaie de réserve mondiale, et qui explique pourquoi la dette des Etats-Unis peut croître « en toute sécurité ». Le dollar conçu ainsi n’est à la limite pas une monnaie, c’est un opérateur du système mondial

La croissance de la dette américaine est un symptôme qui accompagne la financiarisation et la rentification du système. Ce n’est pas la cause, de la décomposition, c’est l’évolution économique normale de fin de cycle.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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