Editorial. La lutte contre l’inflation est impossible, démonstration.

« L’inflation américaine atteint un sommet de 39 ans à 7 %, ouvrant la voie à une hausse des taux de la Fed. » 

« Powell plaide pour que la Fed freine l’inflation sans faire de mal. » « La Réserve fédérale est au sommet de l’inflation, dit Powell au Congrès. » 

« Powell assure aux Américains que la Fed s’attaquera à une inflation élevée. »

 « L’effondrement du marché intérieur chinois s’aggrave alors que les prix chutent pour le quatrième mois. »

 « La » mère de tous « les chocs d’approvisionnement se cache dans les répressions de Covid en Chine. »

 « Une cyberattaque frappe l’Ukraine alors que les États-Unis avertissent que la Russie pourrait se préparer à la guerre. »

Le titre de Bloomberg: « Mester dit que le bilan de la Fed se réduira rapidement mais ne perturbera pas les marchés ». 

Ah les braves gens!

On peut se saouler, prendre de la came, s’envoyer en l’air et retomber sans se faire mal!

Les notions de « Doing No Harm » et « Don’t Roil Markets » sont un vœu pieux. 

Il y a un principe établi de longue date selon lequel les banques centrales doivent agir tôt pour étouffer les impulsions inflationnistes ceci afin de s’assurer qu’une banque centrale ne tombe pas « derrière la courbe »., c’est à dire qu’elle ne fasse pas tropde mal en faisant chuter tout ce qui lévite.

L’histoire enseigne que pour permettre à l’inflation de prendre pied, la question du temps est déterminante , pour l’éradiquer aussi. Plus on attend plus cela fait mal. Comme disait le grand philosophe Schwarzenegger, pour que cela fasse du bien il faut que cela fasse mal et le plus longtemps possible.

Les forces inflationnistes augmente de façon exponentielle, elles se démultiplient et s’enracinent au fil du temps. Briser la dynamique de l’inflation – sur les marchés et/ou dans l’économie réelle – et la remettre sous contrôle infligera invariablement des dommages, de la douleur et du chaos sur les marchés; c’est nécessaire pour modifier les comportements et briser la psychologie de l’inflation.

J’ai il y a quelques mois donné la parole à Henry Kaufman avec qui j’ai eu l’honneur de débattre il y a … 37 ans ans aux Pays Bas dans un débat organisé par Robeco entre Alvin Toffler, Kaufman et moi. Inutile de dire que j’ai beaucoup plus appris que je n’ai, ce jour là, enseigné!

Henry Kaufman, était économiste à la Fed avant de devenir un Légende de Wall Street dans les années 70 en tant qu’économiste en chef et responsable de la recherche sur le marché obligataire chez Salomon Brothers . Kaufman, une sommité de Yale, connaît l’inflation.  J’ai expliqué donc il y a quelques mois que Kaufman avait une expérience directe personnelle non seulement de l’inflation , mais surtout des réactions du personnel de la Fed face a cette inflation. Expérience de l’intérieur, au plus hauts niveaux.

Kaufman a été interviewé cette semaine pour un article de Bloomberg :

«Je ne pense pas que cette Réserve fédérale et cette direction aient l’endurance nécessaire pour agir de manière décisive. Ils agiront progressivement. 

[Hélas, si vous voulez ]orienter le marché vers une attitude moins inflationniste, vous devez choquer le marché. Vous ne pouvez pas augmenter les taux d’intérêt petit à petit.

« Plus la Fed met de temps à s’attaquer à un taux d’inflation élevé, plus la psychologie inflationniste est ancrée dans le secteur privé – et plus elle devra choquer le système. »

« ‘Il est dangereux d’utiliser le mot transitoire’, a déclaré Kaufman. « Dès que vous dites transitoire, cela signifie que vous êtes prêt à tolérer une certaine inflation. » Cela, a-t-il dit, sape le rôle de la Fed dans le maintien de la stabilité économique et financière pour atteindre une « croissance non inflationniste raisonnable ».

« S’il conseillait Powell, Kaufman a déclaré qu’il exhorterait le président de la Fed à être » draconien « , en commençant par une augmentation immédiate de 50 points de base des taux à court terme et en signalant explicitement qu’il y en aurait d’autres à venir. De plus, la banque centrale devrait s’engager par écrit à faire tout ce qui est nécessaire pour empêcher les prix de monter en flèche.;

En clair ce que dit Kaufman c’est que le gradualisme indolore , les petits pas de bébé à la Greenspan cela ne fonctionne pas. Cela ne marche pas.

 Les marchés sont au contraire endormis, lenifiés , encouragés par la suggestion de Powell selon laquelle l’inflation diminuera probablement d’elle-même d’ici le milieu de l’année, ainsi que par le ton général rassurant de Brainard. Tétanisés par le niveau des marchés financiers qu’ils ont eux meme encouragés et gonflés, la Fed s’efforce de ne pas nuire.

La Fed veut les conséquences, la moderation de l’inflation, tout en refusant de metrte en oeuvre la politique qui permettrait de moderer les causes de l’inflation. Il n’y a aucun appétit à la Fed pour les risques associés à un resserrement significatif des conditions financières.

Commentant la décision décisive de Volcker d’écraser l’inflation, Kaufman a déclaré : « Il a fallu beaucoup de courage en 1979 pour faire ce que la Fed a fait. À l’époque de Volcker, la Fed avait un impact sur les conditions financières du système par le biais du système bancaire, avec des ajustements subtils des réserves bancaires , ce qui avait un impact sur les coûts de financement à court terme des banques – et les conditions de prêt et financières en général.

A cette époque le marché du crédit était en banque il n’était pas -comme on a eu l’erreur de le faire depuis -, mis sur le marché.

A notre époque le crédit est coté, il est sur les marchés il est négociable , il est même liquidable, c’est à dire que l’on finance du long qui se fait passer pour court puisque vendable immédiatement en bourse. C’est le marché qui accomplit la fonction de transformation qu’accomplissaient auparavant les banques.

Et sa stabilité dépend non pas de la situation ou de l’appréciation raisonnable des banques mais de l’état du marché financier, de son état d’esprit, de son état, risk-on ou risk-off.

Cela signifie que l’on ne peut plus réguler sans faire mal au marché financier puisque c’est là que se passe l’action. on est obligé de casser les animal spirits que l’on a soi même encouragés.

En fait il se passe exactement ce que j’avais prévu dans les années 80 lors de la dérégulation: la mise sur le marché du crédit et des dettes change la nature du crédit et des dettes et les soumet non plus à l’appreciation des spécialistes; les credit-men mais aux caprices des joueurs .

Avec Alan Greenspan, la Fed est passée aux marchés des valeurs mobilières comme principal mécanisme de stimulation du système. Ce que j’ai encore expliqué a l’époque : « nous sommes passé d’un système de regulation par le cycle court du crédit à un système de régulation bien plus puissant , dangereux et plus long, le système de régulation par la formation/destruction de bulles. Un système à la john Law.

C’était à la fois séduisant et puissant. Greenspan s’est rendu compte qu’il pouvait alimenter la spéculation par l’effet de levier, par la hausse des prix sur le marché des actifs, et qu’il pouvait créer des conditions financières globalement plus souples. Et comme il était habile, le bougre, cela a fonctionné!

Mais cette approche comportait son propre vice endogène: elle était organiquement « asymétrique »; on peut facilement gonfler et produire un stimulus maximal pour soutenir les booms, mais on ne peut resserrer de la même façon pour freiner les excès. 

Le freinage est beaucoup beaucoup plus delicat que la montée en puissance, il fonctionne en boule de neige, en avalanche, en rupture. Et hélas plus les bulles sont grosses, plus elles durent longtemps et plus les réductions de taux nécessaires pour contenir la déflation des bulles doivent être agressives. En plus des baisses de taux, Bernanke a du avoir recours à la création massive de « monnaie » ce qui produit des effets de stocks, de mémoire et donc modifie les structures des bilans. . 

Tous les excès, toues les imbécilités sont inscrites dans les bilans , et nos zozos n’y ont pas pensé. Le bilan de la Fed a été multiplié par 10 depuis 2007. Et ce bilan de la Fed , ses erreurs, ses excès, tout cela se retrouve partout dans tous les bilans du système non seulement américain mais mondial. Pour reprendre l’isomorphisme, le virus monétaire américain a infecté tout le monde global, comme l’autre, le sanitaire;

Le risque d’effondrement de « toutes les bulles », la dislocation de tous les bilans empêche les mesures de resserrement agressives. La Fed le sait bien sur; elle sait qu’elle ne peut suivre les conseils de Kaufman, elle sait que le système n’y résisterait pas .

À la fin de la bulle technologique des années 90, les grandes entreprises technologiques étaient extraordinairement surévaluées. Lorsque la bulle spéculative a éclaté et que les conditions financières se sont resserrées soudainement et de façon spectaculaire, des dizaines de milliers d’entreprises se sont retrouvées sans accès à de nouveaux financements. L’investissement dans la technologie et l’équipement et les services de communication s’est effondré. Même pour les leaders de l’époque , les revenus et les bénéfices ont chuté de manière significative. 

C’est cette dynamique de boule de neige et de contagion qui explique comment les cours boursiers se sont effondrés de … 83%

3 réflexions sur “Editorial. La lutte contre l’inflation est impossible, démonstration.

  1. -83% sur les marchés technologiques hier, quelque chose de proche sur tous les secteurs du marché demain? no place to hyde??
    La puissance d’une telle chute aussi vertigineuse qu’inattendue par les joueurs ne peut qu’occasionner des destructions collatérales sans liens évident pour les profanes de la finance et peu amène des liens tissés avec l’économie physique… et pourtant le citoyen en serait impacté, alors concrètement: faire des stocks, s’armer, apprendre en version survivaliste à se démerder avec peu ou rien?

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