Editorial: on pourra toujours faire boire l’âne qui n’a plus soif. Un gros maillon bien faible.

La finance, cela marche bien à l’aller et beaucoup moins bien au retour.

La finance crée un système dissymétrique: « pour aller, cela va mais pour revenir, c’est la catastrophe. »

C’est un problème théorique que les autorités n’ont pas encore perçu, elles croient que tout est réversible. C’est le même problème que celui que j’évoque régulièrement à savoir celui de la Fractalité, celui du non-linéaire.

Tant que le crédit et l’effet de levier spéculatif se développent, les marchés apparaissent très liquides, les conditions financières restent souples et l’inflation des prix des actifs maintient une dynamique d’auto-renforcement. Mais cette liquidité est une illusion, car comme l’a dit en son temps un gouverneur de la Fed moins stupide que les autres, -Kohn-« la liquidité c’est quand on croit que l’on va pouvoir revendre plus cher »; il a mis le doigts sur la dissymétrie entre l’aller et le retour: la question de la liquidité;

Mais la fragilité est toujours là, juste sous la surface, elle se cache comme un accident en attente de se produire. Et avec les mensonges tout peut persister pendant des années…jusqu’au jour ou…

Les marchés révèlent par des indices subtils l’approche des points d’inflexion. Ou les changements de régime.

Parmi ces indices, il y a les corrélations entre les diverses classes d’actifs; entre les crypto-monnaies, les actions technologiques et certains indicateurs de conditions financières. 

Qui dit corrélations qui se créent ou se brisent dit beaucoup de choses sur les sous jacences, sur les glissements des plaques tectoniques sous la surface. Les corrélations qui se brisent c’est la deroute des modèles, en particulier des modèles de gestion du risque et de la capacité des établissements à les supporter.

Il y a des invariants qui varient, des mythes qui se fracassent comme celui de la protection par les cryptos ou celui de l’invincibilité des grandes technologiques.

Cela peut suggérer un épisode de risk-off ou pire une fuite, un « run » hors du papier, qui pourrait présager de l’illiquidité, de la panique et de l’éclatement de bulles spéculatives. 

Subtilement, cette dynamique a pris un début d’élan cette semaine. Je dis bien un début d’élan.

La baisse de 11% de Bitcoin vendredi a fait grimper les pertes de la semaine à 15,6%. 

Etherium a chuté de 28 % cette semaine, Litecoin de 27 % et Binance de 28 %. 

 Un titre de Bloomberg: « Crypto Meltdown efface plus de 1 triillion de dollars de valeur. »

Ce fut un bain de sang technologique. C’est le concept même qui en prend en un sacré coup derrière les oreilles car avant, ce que l’on achetait ce n’est pas le réel, mais le concept, le Même!

Les semi-conducteurs chutent de 11,9 %. 

Un titre de Bloomberg vendredi après-midi : « Les baisses continues du Nasdaq 100 sonnent une sonnette d’alarme qui fait pesner au Dot-Com Bust. » 

Bloomberg est optimiste, « bien qu’il existe des similitudes notables, les années 90 étaient une bulle plutôt petite par rapport à l’obésité flagrante d’aujourd’hui ».

Le trading du mercredi mérite une attention particulière. Les actions ce jour là ont ouvert la séance à la hausse, pour s’inverser nettement plus bas. Un reversal menaçant.

Le « risk off » prenait de l’ampleur, les valeurs technologiques et les crypto-monnaies apparaissant particulièrement vulnérables. 

Mais malgré la faiblesse évidente du compartiment bullaire et la chute de l’appétit pour le risque, les rendements des valeurs du Trésor ont monté pour s’échanger mercredi à 1,90 %, le plus haut depuis la fin de l’année 2019.

Pendant ce temps, l’or a bondi de 27 $ au cours de la session. L’achat est allé au-delà du métal jaune; l’argent a bondi de 67 cents, ou 2,8 % ; Platine 41 $, ou 4,2 % ; et Palladium 104 $, ou 5,4 %. 

Mercredi nous avons donc vu un épisode tout a fait particulier ou l’argent est sorti et est allé ailleurs que dans l’imaginaire habituel.

Les gains ne se sont pas limités aux métaux précieux. Le nickel a bondi de 4,9 %, le cuivre de 1,7 %, l’étain de 1,4 % et l’aluminium de 1,0 %. Dans les matières premières douces, le coton a augmenté de 2,4 %, le sucre de 2,2 %, le café de 2,0 % et le bétail de 1,1 %. Et sur les marchés de l’énergie , le brut a ajouté 94 cents supplémentaires pour clôturer au plus haut depuis 2014 (85,80 $).

L’indice Bloomberg Commodities Index a avancé de 1,3% mercredi.

C’est une dynamique nouvelle: l’émergence de la vulnérabilité de la bulle des actifs financiers, a stimulé une demande accrue d’actifs durables.

 Les bons du Trésor dits «refuges» (le TLT ETF) ont terminé la séance de mercredi avec des pertes depuis approchant déjà les 5% depuis le premier janvier après avoir perdu 4,6% en 2021.

Je reviens sur mes dadas: les crises c’est quand un invariant devient variant, quand une certitude s’effondre, quand un mythe se fracasse.

Alors là, cela fait mal.

L’intelligence consiste à cerner quel est le mtyhe caché, l’invariant non remis en question.

Cet invariant est le sous jacent de la période, de l’époque. Et mon avis est que ce sous jacent est constitué par la croyance que toujours, les autorités pourront maintenir des conditions financières larges, souples et s’opposer à la destruction des leviers; on pourra toujours s’opposer à la réduction de l’effet de levier dans le monde global; on pourra empêcher les vagues de désendettement.

On pourra toujours faire boire les ânes même quand ils n’auront plus soif.

EN PRIME:

Un maillon faible de la chaine financière

21 janvier – Reuters : « Les fonds négociés en bourse (ETF) mondiaux ont attiré des entrées record l’année dernière alors que les investisseurs ont investi leurs soldes de trésorerie croissants dans des produits d’investissement transparents et à faible coût. 

Selon les données de Refinitiv Lipper, les fonds négociés en bourse mondiaux ont reçu un record de 1,22 trillion de dollars d’entrées l’année dernière, soit environ 71 % de plus que l’année précédente. Leurs actifs nets ont atteint un record de 9,94 trillions de dollars. Les ETF américains ont été les principaux bénéficiaires, recevant 901 milliards de dollars, tandis que les ETF européens et asiatiques ont attiré respectivement environ 190 milliards de dollars et 88 milliards de dollars.

Les actifs de l’industrie des ETF ont considérablement gonflé depuis la dislocation cataclysmique du marché de mars 2020 dislocation qui a entraîné des pertes de 20 % pour les principaux fonds obligataires et actions). 

J’ai toujours considéré que les ETF étaient une escroquerie et je le maintiens: les ETF c’est le dispositif de Bernard Cornfeld , celui qui a failli faire chuter les Rothschild, au moins au plan réputationnel.

Qui prendra l’autre côté des transactions, qui fera la contrepartie lorsque les détenteurs d’ETF paniqués se précipiteront vers les sorties avec la communauté des spéculateurs à effet de levier qui sera désireuse de profiter du malheur du petit public) ? 

Le « caractère monétaire des actifs à risque » est un mythe, il repose sur la transformation par le marché boursier du long en court, du risqué en non risqué, du non rentable en rentable, bref cette monnaieitude des actifs financiers consiste à transformer l’eau des égouts en eau claire par une alchimie dont le secret est une escroquerie intellectuelle puisque c’est le caractère infini des astuces de la banque centrale et la capacité de son bilan à loger, stocker les cochonneries et la pourriture du système.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s