Mission accomplie? Non, comme en IRAK et en Afghanistan. Bidonnage et cie.

Le 1er mai 2003 le porte-avions USS Abraham Lincoln, de retour du golfe persique  et en route vers son port d’attache de San Diego, accueille la visite du président George W. Bush, juste avant de terminer officiellement son déploiement.

Le président prononce sur le pont un discours télévisé en direct où il annonce la fin des « opérations majeures » de combat dans la guerre en Irak.

Une immense bannière portant l’inscription « Mission accomplie » est visible, déployée en arrière-plan sur son îlot.

On sait ce qu’il en est advenu de la fameuse « Mission accomplie« , de cette soi disant guerre contre le terrorisme et les armes de destruction massives: près de 2 décennies d’échecs et d’humiliations qui ont mis la région à feu et à sang, qui ont couté des millions de morts et de dizaines de trillions de dollars, pour se terminer si on ose dire par le spectacle mondialisé du départ honteux d’Afghanistan.

Un avion de l’US Air Force décolle de l’aéroport de Kaboul le 30 août 2021.

Depuis la seconde guerre mondiale, les pouvoirs ont compris que le seul moyen de maintenir un semblant de légitimité est de tout transformer en guerre.

Pour gouverner , il faut dramatiser.

C’est le prétexte de la guerre qui leur donne les pouvoirs exceptionnels dont ils ont besoin pour continuer à faire « tenir » un système menacé de toutes parts en imposant des sacrifices autrement inenvisageables.

Les chefs de gouvernements, les autorités doivent se déguiser en chefs de guerre. Ils doivent utiliser le vocabulaire et les exagérations, ils doivent faire vivre les citoyens dans la peur afin de faire croire qu’ils les protègent.

Vous n’êtes pas étonnés si donc on utilise le langage de la guerre dans des domaines aussi divers que le militaire, l’économie, la finance, la monnaie et bien sur le sanitaire.

La guerre est l’ultime justification des états d’exception et de l’emprise du non conventionnel.

En matière économique et financière, la guerre est sous traités aux banques centrales et à leurs généraux de la monnaie, de la finance et de la banque.. Les troupes , ce sont les marchés.

Les marchés ce sont les fantassins. Il faut les faire aller au combat, les énivrer, en leur donnant des munitions, des armes afin qu’ils combattent contre le chaos. Pour les énivrer , on a un breuvage, des liquidités, du crédit, du dopage . On les saoule pour qu’ils protègent l’ordre social. On leur ment aussi bien sur.

Avant de quitter son poste Bernanke a perdu toute retenue , avec ses pairs, dans un grand hotel à New York, il s ‘est auto congratulé; « nous avons sauvé l’ordre du monde« .

Comme dans le cas de Bush, c’était prématuré.

Bernanke a fait entrer le système dans l’état de guerre, il a mobilisé, il a fait monter les marchés au front et jamais il n’a pu organiser la démobilisation. Yellen qui lui a succédé non plus et Powell a tenté de le faire une fois, il s’est ridiculisé.

La guerre ne peut être considérée comme terminée, la mission ne peut être considérée comme accomplie que lorsque tout est terminé, le calme revenu, les déséquilibres résorbés et surtout quand tous les coûts ont été assumés. Les troupes rentrées à la maison.

Ce n’est que lorsque l’on a retiré toutes les béquilles et les échafaudages que l’on voit si l’édifice tient debout, ce n’est que lorsque l’on a remballé le matériel, que l’on sait que la situation a été rétablie. Tant qu’il faut maintenir les troupes, imposer l’état d’urgence et soutenir les échafaudages, il est prématuré de dire que la mission est accomplie.

Comme les militaires, les chefs de guerre monétaire et financière s’inscrivent dans un champ de qualificatifs guerriers, ils peuvent être colombes ou faucons; c’est exactement le même langage et les mêmes significations qui sont utilisées.

La réunion du FOMC de mercredi n’a pas fait exception, le chef de guerre Powell a été qualifié de Hawkish de belliqueux.

Bloomberg a cité une déclaration factuelle de l’économiste américain en chef de JPMorgan, Mike Feroli :

« Les remarques de Powell après la réunion étaient sans doute les plus bellicistes qu’il ait faites en tant que président de la Fed.« 

 « Les traders de taux voient maintenant un risque de plus de quatre hausses de la Fed américaine cette année après Hawkish Powell. » « la BofA de son coté surencéhrit et en voit sept »

« Les actions américaines chutent dans le sillage de la Réserve fédérale hawkish. » 

« Hawkish Fed Shakes Investors »

Et de Reuters:

«  » Je ne pense pas que le président de la Fed, Powell, aurait pu être plus belliqueux/belliciste lors de sa conférence de presse, il l’a été autant que s’il avait relevé les taux aujourd’hui « , a déclaré Tom di Galoma, directeur général de Seaport Global Holdings … ».

Le décor de la guerre ayant été ainsi planté pour anesthésier l’intelligence, il n’y a plus qu’à dérouler.

Attendez vous à ce que , à partir de là , tout soit de la propagande, tout soit truqué, tronqué et coordonné dans l’intérêt national patriotique.

L’intérêt national , l’objectif patriotique est de faire croire que la mission est accomplie, que l’on peut célébrer.

Powell a sonné la trompette de la victoire sur la déflation, de la victoire sur la dépression, il a vaincu le chômage.

Ecoutons Powell le « faucon » :

« L’activité économique s’est développée à un rythme soutenu l’année dernière. »… « L’économie a fait preuve d’une grande force et résilience. » … »Il y a un risque que l’inflation élevée que nous constatons se prolonge, et il y a un risque qu’elle augmente encore plus. »… « nous avons un marché du travail extrêmement fort. » … »Le marché du travail a fait des progrès remarquables et, à bien des égards, il est très solide. » « La demande de main-d’œuvre reste historiquement forte. »… « Les employeurs ont du mal à pourvoir les postes vacants et les salaires augmentent à leur rythme le plus rapide depuis de nombreuses années. » … »La plupart des participants au FOMC conviennent que les conditions du marché du travail sont compatibles avec un emploi maximum. »

Et le Président Powell de continuer :

«les ménages sont en meilleure santé financière qu’ils ne l’ont été. Les entreprises sont en bonne santé financière. Les défauts de paiement sur les prêts aux entreprises sont faibles et ce genre de choses. Les banques sont fortement capitalisées avec une liquidité élevée et assez résilientes et solides. Il y a des inquiétudes dans le secteur financier non bancaire autour – toujours autour des fonds du marché monétaire, bien que la SEC ait fait des propositions très positives là-bas. Et nous avons également vu certaines choses sur le marché du Trésor pendant la phase aiguë de la crise que nous cherchons à résoudre. Mais, dans l’ensemble, je dirais que les vulnérabilités de la stabilité financière sont gérables »

Conclusion , la guerre étant gagnée avec une large victoire, on va pouvoir remballer l’artillerie .

« La politique monétaire deviendra nettement moins accommodante. » « Ce sera une année au cours de laquelle nous nous éloignerons progressivement de la politique monétaire très accommodante… » « La meilleure chose que nous puissions faire pour soutenir les gains continus du marché du travail est de promouvoir une longue expansion, et cela nécessitera la stabilité des prix. ”

« Le bilan de la banque Centrale est beaucoup plus gonflé qu’il ne devrait l’être… Il y a donc une réduction substantielle du bilan à faire. Cela va prendre du temps. Nous voulons que ce processus soit ordonné et prévisible.

On s’y croirait n’est-ce pas?

On aurait tort!

Car remarquez que Powell n’a rien annoncé, rien décidé, ni hausse des taux ni date ou ampleur de réduction de la taille du bilan de la Fed. Il n’a fait qu’aligner les mots et les phrases; il a créé une ambiance.

Ce qu’a fait immédiatement remarquer El Erian.

Mohamed El-Erian : « La Fed a livré ce que j’attendais, mais pas ce que je pense être nécessaire pour un bien-être économique durable. Elle aurait dû cesser immédiatement d’acheter des actifs et donner un signal plus clair sur les hausses de taux. Au lieu de cela, la banque centrale a doublé son compromis de 2021 consistant à essayer de plaire aux marchés financiers tout en augmentant les défis à venir pour l’économie, c’est à dire qu’elle a repoussé l’élaboration de politiques saines et sa propre crédibilité.

Après avoir mis les plumes du faucon, Powell a donné raison a Mohamed, il a a roucoulé comme une colombe.

« Je pense que la voie est très incertaine, dans la mesure où nous nous engageons à utiliser nos outils pour nous assurer que l’inflation, la forte inflation que nous constatons, ne s’enracine pas… Un certain nombre de facteurs soutiennent une baisse de l’inflation…

La conférence de presse de Powell a permis de renforcer le coté colombe :

« … Il y a d’autres forces à l’œuvre cette année, qui devraient également contribuer à faire baisser l’inflation… y compris une amélioration du côté de l’offre… la politique budgétaire sera moins favorable à la croissance cette année… Il y a donc de multiples forces qui devraient agir sur au cours de l’année pour que l’inflation baisse.

Tiens tiens , finalement on continue de miser sur la baisse spontanée de l’inflation et de se raccrocher à la théorie de l’inflation transitoire.

 Powell dans son intervention a mentionné « agile » quatre fois et « adaptable » et « humble » deux fois chacun.

« Il n’est pas possible de prédire avec beaucoup de confiance exactement quelle trajectoire pour notre taux directeur va s’avérer appropriée. Et donc, pour le moment, nous n’avons pris aucune décision sur la voie de la politique. Et je souligne à nouveau que nous serons humbles et agiles.

« Et nous allons devoir être, comme je l’ai mentionné, agiles à ce sujet. Et l’économie est bien différente cette fois. Je l’ai dit plusieurs fois maintenant. L’économie est assez différente, elle est plus forte. L’inflation est plus élevée. Le marché du travail est beaucoup, beaucoup plus fort qu’il ne l’était. Et la croissance est supérieure à la tendance« Il y a un cas où, si pour une raison quelconque, l’économie ralentit davantage et l’inflation ralentit plus que prévu, nous réagirons à cela. Si, au contraire, nous voyons l’inflation à un niveau plus élevé ou à un niveau plus persistant, alors nous réagirons à cela.

« Nous devons être assez adaptables. » « Nous avons les yeux sur les risques, en particulier dans le monde entier. »

Powell a été particulièrement prudent dans ses commentaires concernant la question brûlante de la réduction du bilan :

« La question du bilan est encore une chose relativement nouvelle pour les marchés et pour nous, nous sommes donc moins surs de nous »…  « Nos décisions de réduire notre bilan seront guidées par nos objectifs maximaux d’emploi et de stabilité des prix. » « gonfler puis réduire le bilan est compliqué, et cela implique inévitablement des surprises. Et donc, au cours des années du cycle précédent, nous avons modifié nos conceptions sur le bilan à plusieurs reprises.

L’analyse serrée des interventions de Powell met en évidence deux parties tout à fait distinctes; la première est la partie faucon.

Dans cette partie il faut sortir les griffes et tenir un discours de fermeté; c’est ce que j’appelle la partie politicienne. Pour la masse.

Dans la seconde partie, la priorité est de nier, d’annuler le jeu du faucon et de sortir à nouveau la colombe de sa manche. Cette seconde partie est a destination des généraux, des élites, elle a pour objectif de les rassurer, et de réaffirmer: attention, certes mais nous ne vous ferons pas de mal.

La réalité c’est non pas un plan de décisions concrètes soit immédiates, soit planifiées, non la résultante c’est qu’ il faut attendre et voir, se donner le temps, être humble et souple.

C’est par une manipulation patriotique tout à fait téléguidée que les médias et les gourous de Wall Street ont amplifié le message faussement faucon ; ils l’ont fait parce que c’est leur intérêt de faire croire qu’il en est ainsi.

Il faut qu’ils collaborent avec Powell pour baiser le public, le petit public.

Powell développe un « en même temps » : il ne fait rien de restrictif mais en même temps il parle pour que l’écume du marché spéculatif retombe.

Une réflexion sur “Mission accomplie? Non, comme en IRAK et en Afghanistan. Bidonnage et cie.

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