La tyrannie du capital a été surmultipliée par la dictature de la Bourse.

Rédigé par 

Bruno Bertez 

1 février 2022

Le grand secret, la base de la mystification sur laquelle reposent nos systèmes, c’est que, dans un système capitaliste, la variable clef, la seule qui compte et détermine les tendances à long terme, c’est la profitabilité du capital.

La profitabilité, c’est le ratio du profit divisé par la masse de capital mise en jeu dans le système et qui prétend avoir sa part dans la production des richesses.

Je vous rappelle que le capital est un rapport social qui donne le droit de prélever une part de la production au bénéfice de celui qui est propriétaire de capital.

Profit et profitabilité

Cela n’a rien à voir avec les marges bénéficiaires et les taux de profit par rapport aux chiffres d’affaires, dont on vous dit toujours qu’ils sont élevés et même qu’ils montent.

A la limite on pourrait dire et on doit dire que la hausse des marges bénéficiaires est le moyen par lequel le Capital lutte contre la tendance à la baisse de sa profitabilité.

Si vous y réfléchissez vous comprenez mieux la période actuelle marquée par la tentative de rattrapage d’inflation qui n’a pas été obtenue dans le passé. Dans le passé le capital n’a pu monter ses prix car il avait perdu le pouvoir de le faire: concurrence et progrès des technologies.

Le capital boursier -envahissant car 200% du GDP- est devenu de moins en moins rentable comme le prouve l’escalade des multiples cours-bénéfices et le laminage de leur symétrique le rendement du bénéfice par rapport au cours.

Comme je l’ai dit nous étions en retard d’inflation eu égard à la masse d’actifs financier à honorer; sur un ressort constitué par le retard d’inflation sur la progression de la masse de capital a valoriser.

C’est la course de la Reine Rouge; comme le capital ne cesse de s’accumuler , et que son aliment vital c’est le profit il faut toujours plsude profit.

Même sans croissance économique réelle, le capital continue d’enfler, ce qui est le drame de la période économique présente marquée par la croissance lente de longue durée et il faut toujours plus de profit pour rester à la même place dirait la Reine.

Le taux de profit par rapport aux chiffres d’affaires occulte l’intervention du capital, il permet de faire comme s’il n’existait pas. En occultant le capital, le système devient non intelligible.

Le taux de profit est rapporté au chiffre d’affaires alors que le taux de profitabilité lui, est rapporté au capital et les deux notions sont très différentes.

On peut réaliser un chiffre d’affaires avec peu ou beaucoup de capital et on peut réaliser des profits avec peu ou beaucoup de chiffre d’affaires. Il y a des activités qui nécessitent beaucoup de capital et d’autres qui en nécessitent très peu.

Si vous faites un gros profit avec peu de capital, comme le font les GAFAM, alors votre capital – ou plutôt la contrevaleur de ce capital qui est cotée en Bourse – vaut très cher.

C’est la profitabilité de leur capital qui explique les fortunes colossales des milliardaires, pas les chiffres d’affaires !

Une vis sans fin

La dérégulation financière et la financiarisation ont instauré la dictature de la Bourse, c’est à-dire la dictature du multiple cours-bénéfice. Ou, en fin de compte, la dictature du ratio de profit sur le capital. Mais ce capital qui se réévalue chaque fois qu’il gagne plus d’argent !

C’est une vis sans fin, un vice sans fin. La hausse exige la hausse et la hausse exige toujours plus de profit. N’oubliez pas que la performance des investissements à notre époque n’est pas constituée par le profit de l’entreprise sous-jacente, mais par la hausse du cours de Bourse !

Bill Gates n’est pas devenu milliardaire grâce aux profits de Microsoft, mais par l’alchimie des cours de Bourse qui ont fait monter sa fortune et lui permettent de vendre des parts de son capital toujours plus cher.

Le système a muté, il n’est plus fondé sur le seul profit. Il est fondé sur le profit multiplié par l’opération alchimique boursière. Ceci rend la dictature du profit et de la délivrance des profits attendus encore plus tyrannique, et malheur à ceux qui déçoivent. A notre époque tout se passe comme si le profit était devenu moins important que ses dérivées; taux de croissance, volatilité de ses fluctuations etc. C’est une sorte de tyrannie surmultipliée!

C’est une alchimie infernale qui consiste en ceci que le capital est insatiable. Quand il réalise un taux de profit supérieur, il vaut plus cher, son prix boursier est plus élevé, et donc celui qui est chargé de le gérer, le manager, est obligé de produire encore plus de profit pour ratifier les cours de Bourse et soutenir le prix atteint. Toujours plus!

C’est un système terrible. Il faut délivrer – deliver – par tous les moyens les profits qui sont attendus, car ils sont enracinés dans les cours de Bourse.

La financiarisation a introduit de nouvelles contraintes dans le système car elle a décuplé le pouvoir des gestionnaires de fonds, et en particulier des gestionnaires anglo-saxons, sans pitié et sans vision de long terme et sans considération autre que la performance.

Ces nouvelles contraintes, personne ne les analyse mais elles équivalent à magnifier le critère du bénéfice par action et de sa croissance, le critère du multiple cours-bénéfice et de son inverse, le ratio de profit sur le cours.

C’est une mécanique infernale .

A suivre…

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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