Editorial: « Un jour ou l’autre, il faudra qu’il y ait la guerre, on le sait bien… »

Pour comprendre la situation présente, il faut avoir suivi le passé, l’avoir assimilé et avoir mis à jour les forces principales qui étaient à l’œuvre.

Ce que je cherche à vous faire comprendre, c’est que tout, absolument tout est déterminé, surdéterminé et que tout vient de loin, de très loin.

Le monde a choisi une bifurcation il y a des décennies et c’est en choisissant cette bifurcation qu’il a enclenché une dynamique fatale, ce que j’appelle un engrenage. La bifurcation est intervenue au milieu des années soixante lorsque, pour financer le beurre et les canons, et tenter de sauver la livre sterling, la Banque Centrale américaine a accepté de sortir de l’orthodoxie et de se lancer dans l’inflationnisme.

Un nouveau système s’est progressivement mis en place, système que l’on appelle pour simplifier le capitalisme financier.

Ce capitalisme a sa logique. La capital s’accumule et, comme un ogre, il réclame de plus en plus d’aliment. Cet aliment du capital, c’est le surproduit, c’est l’excédent, c’est l’épargne des entreprises, bref, c’est ce que l’on appelle vulgairement le profit.

La structure de l’engrenage est posée: accumulation sans fin de capital, besoins sans limite de réaliser des profits. La vraie rareté du système ainsi mise en place, c’est la rareté du profit nécessaire pour rentabiliser et maintenir en vie tout le capital accumulé.

C’est une terrible logique que nous avons mis à jour dès 2008/2009 à l’occasion de ce que l’on a appelé la GFC (Great Financial Crisis). La GFC s’analyse en avant dernier ressort comme une crise de surendettement et en dernier ressort comme une crise d’excès de capital sous forme de dette que l’on ne peut honorer. La GFC, on vous l’a toujours caché, était une crise de mise en valeur du capital, étant entendu qu’à cette époque le capital s’était précipité sur les prêts hypothécaires subprime pour gagner le plus d’argent possible malgré les risques de solvabilité.

En 2008/2009, au lieu de tirer les conséquences de cette situation et d’accepter de détruire la pourriture, comme l’avait en son temps demandé le banquier Mellon en 1929, on a tenté de prolonger et de maintenir en vie tout ce qui normalement était devenu zombie. On s’est enfoncé dans la dette, dans la création monétaire, dans l’argent gratuit, dans les assurances bidon et les subterfuges. Au lieu de s’assainir, le système s’est perverti.

Dès 2011, il est apparu que les mesures palliatives prises en 2009 étaient un échec et que le monde ne pouvait plus se payer le luxe d’un développement harmonieux et pacifique fondé sur la globalisation et la coopération mondiale.

C’est alors que l’autre engrenage s’est mis en place.

Les grandes réunions mondiales connues sous le nom de G, G5, G7, etc. ont commencé de péricliter. La concertation globale a laissé la place à l’exclusion de certains participants comme la Russie; le co-développement avec la Chine dans le cadre d’une division internationale du travail et d’un système monétaire international fondé sur le recyclage s’est bloqué.

Nous sommes passés de la concertation et de la coopération à la compétition stratégique. C’est à ce moment que j’ai diagnostiqué l’irrésistible montée vers la guerre avec le commentaire suivant: « quand le butin se raréfie, les bandits s’entretuent. »

Depuis cette époque, la situation se détériore et la pente devient de plus en plus glissante. De la rivalité stratégique, nous sommes passés à la guerre froide et, depuis quelques mois, nous sommes passés de la guerre froide à la guerre tiède.

La logique de la situation dépasse très largement les opinions publiques, tant ils sont abreuvés de propagandes mensongères.

Pour simplifier, l’enjeu de la compétition et des affrontements est un enjeu impérial. La montée de la Chine implique dès les années 2030 une supériorité dans tous les domaines vis à vis des Etats-Unis. L’ordre du monde qui est né de la seconde guerre mondiale et qui ratifiait la puissance impériale américaine, cet ordre du monde sera quasi inéluctablement fracassé. C’est ce que, dans l’Histoire, on appelle le syndrome du Péloponnèse: il n’y a pas de place dans le même univers pour deux puissances impériales; l’ancienne doit laisser la place à la nouvelle.

Aux Etats-Unis, les Think Tanks sont bien entendu tout à fait avertis de ces perspectives; ils savent que, plus le temps passe, plus la puissance chinoise se renforce. C’est vrai aussi bien au point de vue économique qu’au point de vue militaire. L’objectif d’une partie de l’appareil militaro industriel américaine est de réussir à provoquer un affrontement avant même que la puissance chinoise ne soit à son plein développement. L’idée est de profiter de l’éventuel retard qui existe encore pour anticiper la future guerre du Péloponnèse.

Dans ce cadre, tous les conflits et tous les raidissements auxquels nous assistons maintenant prennent leur sens: nous sommes dans la phase dans laquelle on construit l’ennemi. On le fabrique. On le désigne aux opinions publiques. On cherche tous les moyens d’obtenir le soutien des populations pour les futurs conflits. Parallèlement, de la même manière que l’on cherche à construire des consensus intérieurs, on cherche à construire des alliances, à fabriquer des blocs. Les blocs sont tout désignés bien entendu; d’un côté le bloc occidental, de l’autre, le bloc Chine-Russie-Iran et leurs satellites.

Dans ce cadre, les Etats-Unis tentent une manœuvre délicate qui consiste à faire évoluer l’OTAN qui était une alliance défensive contre le risque soviétique en une alliance offensive contre la Chine.

Bien entendu, je caricature à la hache afin de faciliter la compréhension.

C’est dans le cadre de cette constitution d’une alliance offensive contre la Chine que l’on doit interpréter la bellicosité de l’OTAN. L’opération consiste à tordre le bras des Européens, à leur faire peur, à les forcer à s’aligner afin qu’ils n’aient d’autre solution que de se jeter encore plus profondément dans les bras de l’OTAN. La position mitigée de l’Europe irrite les Américains, ils souhaitent obtenir un alignement inconditionnel sur leurs positions… et sur leurs intérêts.

L’enjeu actuel du soi-disant conflit ukrainien est là: c’est une opération, c’est une étape qui dépasse très largement les enjeux publics. L’Ukraine, c’est le chiffon rouge qui est agité à la fois pour provoquer la Russie et pour forcer l’Europe à prendre des positions contraires à ses intérêts politiques, économiques et sociaux.

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Lisez ce texte didactique

A lire un bon article de Snider qui dit que les partisans de la thèse inflationniste se concentre sur les mauvaises variables; la hausse actuelle des prix des biens et services est d ‘origine économique et non pas d’origine monétaire .

Ceci implique que les autorités qui paniquent en ce moment sont en train de commettre une erreur de politique.

https://www.realclearmarkets.com/articles/2022/02/11/inflationists_are_focused_on_the_wrong_variables_for_the_wrong_reasons_816294.html

[Yahoo/Bloomberg] Stocks Fall, Oil Up as Ukraine Risks Spur Caution: Markets Wrap 

[Yahoo/Bloomberg] Oil Extends Eight-Week Rally on Intensifying Ukraine Tensions

[Reuters] Asia stocks skid on Ukraine fears, oil scales 7-year peak

[Yahoo/Bloomberg] Gold, Palladium Buoyed as Russia Tensions Spark Rise in Demand

[Yahoo/Bloomberg] Wheat Extends Surge as Ukraine Tensions Stoke Supply Concerns

[Yahoo/Bloomberg] BOJ Intervenes to Cap Japanese Yields Just as Havens Find Favor

[Yahoo/Bloomberg] PBOC’s Rate Decision Sparks Debate With Economy Under Strain

[Yahoo/Bloomberg] Zhenro Under Scrutiny as Bonds Decline: Evergrande Update

[Reuters] Hong Kong leader says fifth COVID wave has ‘overwhelmed’ city’s capacity

[Bloomberg] Rapid Plunge in Developer’s Bonds Shows Transparency Risk in Chinese Property

[FT] Jay Powell keeps options open as he seeks Fed consensus on rate move

[FT] Putin leaves the west guessing as Ukraine crisis intensifies

[FT] ‘Speed dating’ with Xi: China shows off its new friends at Winter Olympics

5 réflexions sur “Editorial: « Un jour ou l’autre, il faudra qu’il y ait la guerre, on le sait bien… »

  1. Une guerre quand le CEMA Français dit que nous ne sommes pas prêt pour une guerre de haute intensité. Un autre général disait que nous avions pour 2 ou 3 jours de munitions en cas de guerre de haute intensité.
    L’armée Française c’est :
    – 77 canons de 155mm
    – 200 chars leclerc
    – Nous fabriquons un rafale /mois
    – Nous ne fabriquons plus de petite munitions
    – Nous ne fabriquons plus de char lourd de combat
    – Toute l’armée de terre tiens dans le stade de France
    Notre industrie n’est pas une industrie de guerre.

    Poutine a dit et répèté que la guerre sera nucléaire, mais certains néocon US pensent qu’elle peut être gagné.
    L’armée US est décimé par des maladies dû apparemment aux vaccins covid.
    https://stevekirsch.substack.com/p/this-medical-data-from-the-us-dod

    Quelqu’un quelque part va t il ouvrir les yeux ?
    Le président Ukrainien ne croyant pas à une invasion demande à Biden de venir voir par lui même ce qu’il se passe dans son pays.
    https://www.zerohedge.com/geopolitical/surreal-plot-twist-ukraines-president-demands-proof-us-over-russian-invasion-claims

    Une autre hypothèse étant que l’élite voyant qu’ils perdent la main sur la pandémie que de moins en moins de personne ne croient, pour tenir la population dans la terreur remonte au cric la narrative du méchant ours Russe. Se sont des terroristes dans la plus juste définition du terme.

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  2. Effectivement, cette propagande de plus en plus grossière est un autre signe que la guerre se réchauffe.

    ça ne se passe pas comme prévu pour les américains car leur toutou allemand se trouve dans une situation ingérable et traine la patte ; il ne peut se brouiller avec son premier partenaire commercial ; la Chine, ni avec son fournisseur quasi exclusif en gaz ; la Russie.

    Espionner Merkel c’était bien mais là ça ne suffira pas. Le choix est impossible pour les allemands et leurs brillants ingénieurs qui ont tout misé sur l’éolien avant de se rendre compte que ça ne marchait pas quand il n’y avait pas de vent.

    Je ne sais pas quelle forme prendra cette guerre mais il faut constater qu’elle tomberait une nouvelle fois à point nommé pour relancer les rotatives et pérenniser le système dont on sent qu’ils est de plus en plus cernés par ses contradictions.

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    1. Malheureusement, si cette guerre est nucléaire, il n’y aura plus de rotatives ni de système. tout sera anéanti. le nouvel ordre mondial avec malgré leur bunkers. Dieu remettra alors tout à zéro et vaincra Satan et tous ses sbires…

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    2. Si je comprends la guerre est une nécessité pour détruire le capital excédentaire.

      Si le nucléaire empêche l’invasion direct des pays où des bombes alors la destruction du capital se ferait de quelle manière?
      Destruction des satellites, armes climatique et biologiques, Virus informatique, sociétal?

      Autre hypothèse, Ce que l’on voit c’est peut-être déjà une forme de suicide. Ne pouvant taper sur le voisin, on se mutile et casse soit même ces bijoux pour redémarrer un cycle.

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      1. Le besoin de destruction est une conclusion que l’on tire obligatoirement de la pensée théorique ; de la pensée conceptuelle , c’est à dire du monde des idées justes, correctes .

        Mais même si la pensée théorique conduit a une nécessité, elle ne permet pas de prévoir quelles formes peuvent prendre les destructions selon les situations et le circonstances.

        Le nécessaire peut mémé prendre l’apparence du hasard. Du fortuit ainsi la nécessaire chute de la bourse pourra prendre l’apparence du hasard comme ce fut le cas avec les chutes de Lehman et autres.

        Le réel c’est de la pensée cristallisée, mais cette pensée cristallisée est entourée d’une gangue, d’impuretés, d’apparences diverses.

        Seules les analyses historiques donnent des indications sur les formes éventuelles que le nécessaire peut prendre; la pensée théorique permet de dire que la mort est une nécessité mais elle ne permet pas de dire de quelle façon et dans quelles conditions vous allez mourir.

        La pensée théorique ne connait ni le temps ni les formes d’apparaitre. mais elle affirme que 2+2 ne font jamais 5.

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