La destruction des marchés délégitime le capitalisme.

Rédigé par 

Bruno Bertez 

25 mars 2022

Qu’ils montent ou qu’ils baissent, les marchés financiers semblent désormais complètement dépendre des annonces de politique monétaire et autres interventions étatiques. C’est le fameux « libéralisme » qui est à la manœuvre, assurément !

Si vous faisiez comme moi, si vous collectiez, analysiez les nouvelles chaque matin, vous seriez frappés par l’incohérence voire l’absurdité des marchés et de leurs mouvements.

Vous seriez étonnés des contorsions des commentateurs qui essaient – inlassables, car il faut bien gagner sa vie – de trouver des liens de cause à effet entre les événements et le comportement des Bourses.

Aucun pouvoir d’anticipation

Ils n’ont aucun pouvoir d’anticipation, d’interprétation et à la limite de compréhension de ce qui se passe. Et pour cause, ce sont des marchés dont l’intelligence ne dépasse pas celle des chiens de Pavlov, qui salivent quand ils entendent la clochette.

Nous sommes dans des univers simplistes et simplifiés d’arc-reflexes. L’entendement humain a abdiqué.

Ceci implique que l’intelligence des choses est un handicap au lieu d’être un avantage. Ceci implique que le lointain, le fondamental, le souhaitable, l’optimum, ne sont pris en charge par personne, même pas par la masse, même pas par la résultante des essais et erreurs ou la confrontation d’opinions contraires statistiquement réparties.

C’est l’auto-destruction de toutes les tentatives de validation d’un système qui a échoué à être libéral. Le système est rigoureusement non légitime et non légitimable. Il est inefficace non par construction, mais par son évolution perverse imbécile.

Les marchés, ce sont des bouchons qui flottent grâce à la politique monétaire ou aux interventions institutionnelles, comme ce fut le cas récemment pour les marchés de matières premières. Ils flottent à la surface de courants qui les dépassent. La seule chose qu’il importe de savoir, c’est le niveau de l’eau qui leur permet flotter, et les promesses des autorités quant à ce niveau futur de l’eau.

La notion même de marché se détruit de l’intérieur, et il n’en reste que des simulacres honteux, biaisés, qui permettent à des minorités bien placées de s’en mettre plein les poches et de tondre les moutons qui osent s’aventurer dans ces espaces de prédation.

La fin des marchés

Les marchés ont cessé d’être un lieu de découverte des prix, de confrontation de désirs libres contradictoires, d’informations et de recherche d’optimum.

Les marchés ne sont plus que courroies de transmissions au profit des puissants et espaces de prédation pour une clique.

Et dire que je me suis battu pour cela en son temps !

Je me souviens du temps ou Greenspan disait – avant la crise des dot-com en 2000 – que toute cette foule des analystes et des gestionnaires qui payaient des prix astronomiques pour la technologie ne pouvaient se tromper ! Ah, le ridicule : derrière, on a chuté de 83% !

Ce Greenspan n’avait pas compris ce que j’avais compris depuis deux décennies, à savoir que, lorsque la monnaie était désancrée et la banque centrale activiste, plus rien ne marchait normalement, tout dysfonctionnait, tout déconnait. Tout devenait fragile, caprice, frivole, soumis aux seuls esprits animaux.

Le désancrage des monnaies impliquait avec un temps de retard le désancrage de toutes les valeurs financières lesquelles n’étaient que des avatars de la monnaie et ensuite après le désancrage des valeurs financières, le désancrage en chaîne de toutes les valeurs réelles, puis finalement le désancrage des valeurs morales et des valeurs humaines.

Quand on a désancré les monnaies, on a largué les amarres de la raison, on s’est élancé sur l’océan de la folie.

Ceci a encore été démontré en milieu de semaine dernière, quand Jerome Powell – capitaine du Titanic qu’est la Fed, lui aussi colossal bouchon flottant et radeau de la Méduse sur des courants qui le dépassent – a prononcé le mot magique « agile » (en anglais dans le texte), c’est-à-dire le mot « souple », et qu’il a donc explicitement promis que, dès qu’il le faudra, il stoppera la tentative de resserrement monétaire.

En une semaine, Powell le magicien a créé « 45 000 Mds$ de valeur » sur les marchés globaux.

Tout le reste, toutes les études micro, macro, géo ou autres sont billevesées inutiles et gaspillages.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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3 réflexions sur “La destruction des marchés délégitime le capitalisme.

  1. J’aime bien la réflexion de ce gérant qui cherche à comprendre ce que sont devenus les marchés et s’intéressent notamment à leur vitesse donc aux dérives algorithmiques que je dénonce qui pourraient être à l’origine de nouveaux comportements des gérants…

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  2. « De même si vous placez un stop à quelques ticks un algo va le chercher quand bien même cela paraitrait irrationnel d’aller chercher un stop pour un lot alors que le carnet en comporte des dizaines devant lui…. »

    Alors la Seb vous touchez un point auquel je suis confronté á chaque séance, je mets 1 lot a quelques ticks du dernier cours et systematiquement les algos se déplacent vers lui (quelque soit la profondeur du carnet d’ordre). hallucinant et permanent

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  3. L’incohérence des mouvements au regard de l’actualité et des fondamentaux nous dit que quelque chose ne tourne pas rond mais il faut s’intéresser à la microstructure des marchés pour s’en persuader et comprendre comment ces faux marchés fonctionnent.

    J’ai été apporteur de liquidité et j’ai négocié des millions de contrats sur dérivés d’indice au début des années 2000. Au début des années 2000 on traitait encore à la sourie et au clavier

    Je soutiens que le développement du trading algorithmique et particulièrement du THF a tué la liquidité.

    Sur le cac 40 future vous avez des dizaines de contrats à l’offre et à la demande sur chaque tick et pourtant il n’est pas rare dans une journée que le marché se déplace de 10 points sans coter.

    On me répondra que le carnet est là et que si vous balancez un ordre au marché il trouvera cette contrepartie capable de se déplacer sans cotation.

    C’est vrai mais ça n’enlève rien au caractère anormal de la situation que je décris.

    Elle signifie qu’il y a une immense majorité d’ordres au mieux conditionnels au pire fictifs.

    Autre élément ; j’affirme que les marchés sont hackés autrement dit qu’ils donnent lieu à des délits d’initiés incessants pouvant démarrer à la milliseconde par du front running. Cela a été notamment expliqué dans le livre Flash Boy de Michael Lewis.

    De même si vous placez un stop à quelques ticks un algo va le chercher quand bien même cela paraitrait irrationnel d’aller chercher un stop pour un lot alors que le carnet en comporte des dizaines devant lui….

    Le tableau que je dresse est donc celui d’un marché on ne peut plus vaporeux dont l’évanescence est une menace permanente pour chaque opérateur.

    Ce marché peut paraitre fragile et il l’est mais il est surtout très facilement manipulable et facile à remonter dès que le cartel le décide.

    L’expression selon laquelle le marché descend par l’ascenseur et monte par l’escalier n’est plus vraie. Le marché fait tout par l’ascenseur maintenant.

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