Le mal américain, le délire de toute puissance.

Dans un article du New York Times publié quelques jours avant l’élection présidentielle de 2004, Ron Suskind, qui fut, de 1993 à 2000, éditorialiste au Wall Street Journal et auteur de plusieurs enquêtes sur la communication de la Maison Blanche depuis 2000, révéla les termes d’une conversation qu’il avait eue, au cours de l’été 2002, avec Karl Rove : « Il m’a dit que les gens comme moi faisaient partie de ces types « appartenant à ce que nous appelons la communauté-réalité » (the reality-based community) .

« Vous croyez que les solutions émergent de votre judicieuse analyse de la réalité observable. » J’ai acquiescé et murmuré quelque chose sur les principes des Lumières et l’empirisme. Il me coupa : « Ce n’est plus de cette manière que le monde marche réellement. Nous sommes un empire, maintenant, poursuivit-il, et lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudiez cette réalité, judicieusement, comme vous le souhaitez, nous agissons à nouveau et nous créons d’autres réalités nouvelles, que vous pouvez étudier également, et c’est ainsi que les choses se passent. Nous sommes les acteurs de l’histoire (…). Et vous, vous tous, il ne vous reste qu’à étudier ce que nous faisons. » »

Si nous suivons le développement ci dessus? la double question de la réalité et de la vérité est évacuée. Elle dépasse de très loin la question de la propagande utilisée en temps de guerre. Le rôle de l’observateur affirme Karl Rove n’est plus d’étudier la réalité objective, les faits en eux même, les vérités de situation, leur rôle c’est d’étudier « ce que nous faisons ». Le monde c’est eux! Ils créent le monde et nous nous le regardons.

Le stade ultime de la communication politique n’est plus celui de la persuasion, de la propagande, de la publicité, du mensonge mais celui de la simulation. Simulation au sens de création/production d’un monde distinct du monde réel, objectif.

Tous les événements que la machine politique s’efforce de susciter sont désormais des événements simulés au sens où ils sont d’avance inscrits dans le déchiffrement et le décryptage. Ils fonctionnent comme un ensemble de signes voués à leur seule propagation. Ils fonctionnent selon un script, dont la logique est non pas organique insérée dans les situations mais dans la tête des gens qui gèrent l’empire, que dis-je, des gens sont l’empire!

« Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons nous créons notre propre réalité », pour la conduire au-delà, dans un “nouveau normal” de la réalité et de notre psychologie.

Il y a confusion totale, presque infantile entre la psychologie, l’esprit de l’empire et le monde. A la limite, on retrouve cette similitude avec l’enfant qui, en quête de repères, se demande à un moment donné si, en dehors de lui, quand il n’est pas là, le monde existe bien.

Il y a sous cet aspect confusion totale entre les réalités extérieures et leurs représentations psychiques puisque les représentations psychiques s’autonomisent, vivent de leur propres vie. La logique des représentations est langagière, rhétorique et sa cohérence apparente repose sur le désir du locuteur et la connivence ou complicité de celui a qui elle s’adresse.. Car j’y insiste il faut a la fois un locuteur qui crée ce monde et un interlocuteur, qui l’absorbe. Il faut qu’il existe un correspondance entre le producteur du spectacle, ou du simulacre et celui à qui il est adressé. Il faut qu’une masse le valide.

Ces représentations, ces récits, ces productions hollywoodiennes flottent, détachées du réel comme flottent les marchés boursiers bullaires qui sont l’exemple type de ce délire de toute puissance prométhéenne des élites américaines. Ce sont des exemples types car dans la production du délire de toute puissance la possibilité de créer de la monnaie à partir de rien , – c’est à dire de créer l’équivalent de tous les désirs,- cette possibilité de créer de la monnaie joue un rôle central que l’on retrouve partout ailleurs dans tous les domaines ou se manifeste et ou s ‘exerce le délire de toute puissance.

Nous sommes au cœur du problème historique, celui unifie tout, l’économie, la finance, l’unipolarité, la volonté de domination, la géopolitique, le militaire, l’enrichissement fictif, le Wokenisme.

Sous une apparente diversité de manifestations , le mal américain est profondément « un ». Mais il tout envahi.

Il a une origine: c’est la disjonction entre le réel et les perceptions . C’est la disjonction entre les signes et le réel. C’est la disjonction entre les histoires du cinéma collectif et le monde objectif dans lequel vit le corps social. Le phénomène qui est à l’œuvre c’est la séparation, la disjonction et c’est un seul mal, mais ses modes d’apparaitre sont multiples et gagnent tous les domaines.

Le cœur de tout qui unifie tout c’est le délire de toute puissance.

Ce délire a saisi le corps social américain dans son entier et il rejette tous ceux, dissidents qui n’en participent pas. Le corps social américain n’en veut rien savoir de ce que peuvent bien dire les communautés qui vivent dans la réalité. A la limite et c’est un comble, il les rejette comme … complotistes, terroristes ou traitres grâce aux lois scélérates post 11 septembre.

Le 11 septembre a agit come un catalyseur de l’exacerbation de l’exceptionnalisme américain alors qu’il aurait du le détruire; face à cette faiblesse révélée par les attentats, le corps social américain a refusé de voir le réel, sa chute, et il s’est envoyé en l’air dans un imaginaire peuplé de super héros tout puissants. Il faut dire que le médiocre Bush a bien œuvré dans ce sens. Le symbole , décliné, diversifié, démultiplié , exemplifié de ce délire américain ce sont ses super héros ; les Superman, Captain America, batman etc.

Une névrose terrible qui depuis des décennies se développe, se diversifie dans sa positivité intrinsèque, interne, sans jamais tenir compte des échecs, des accidents, de la négativité ; cela se voit dans les échecs militaires américains qui se sont succédés et dans la succession de crises économiques et financières, dans les ravages de la drogue qui jalonnent le parcours depuis le début des années 90.

Il y a là un délire forcené de croire à cette toute puissance et en même temps une capacité quasi magique à ne jamais la remettre en question, à ne pas tenir compte des épreuves de réalité qui se présentent, des répétitions des échecs lamentables de cette soi disant toute puissance.

Dépassé par les signes qu’il manipule, par les histoires qu’il se raconte le système américain a perdu le contact avec le monde; il se désadapte. D’où la déroute honteuse d’Afghanistan. Je ne serai pas éloigné de penser que dans cet esprit qui caractérise l’inconscient américain la guerre d ‘Ukraine représente une sorte de nullification de l’Afghanistan , mais c’est une hypothèse hasardeuse qu’il faudrait vérifier.

EN PRIME

Karl Rove, né le 25 décembre 1950 à Denver, est un consultant politique américain. Il est, de 1993 à 2007, le principal conseiller et stratège politique du gouverneur du Texas puis du président des États-Unis, George W. Bush. Il occupe, de 2001 à 2006, le poste de secrétaire général adjoint de la Maison-Blanche.

2 réflexions sur “Le mal américain, le délire de toute puissance.

  1. Le monde anglo-saxon est ainsi fait. Travailler, travailler, concurrencer, vendre, et pendant les rares périodes de répit, s’évader, se distraire, se saouler, et maintenant se droguer. Impossible d’y avoir la moindre conversation calme, présente et signifiante.
    C’est une arme puissante pour transformer des peuples entiers en travailleurs acharnés, qui enrichissent leurs actionnaires comme aucun autre système.
    Et le plus beau…. c’est que tout cela tient par le libre arbitre, sans violence, juste grâce à l’éternelle volonté humaine d’être asservi, le tout parfaitement démontré à grande échelle en 2020 et 2021.

    Cette semaine j’achèterai des actions de magnifiques entreprises américaines, à prix corrects (semi-conducteurs et financières) en remerciant ce système.

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  2. Bonsoir M. Bertez
    Si l’on veut examiner la dimension symbolique de la destruction du World Trade Center et ses effets, quelle est l’image;
    les USA se pensent les héritiers de l’empire romain , d’où le nombre d’éléments architecturaux reprenant les codes grecs et romains.
    le fondement de leur empire, à part leur puissance militaire, c’est le capitalisme et le commerce.
    Ces éléments se retrouvent liés dans les tours jumelles du WTC: le Centre du Monde > tous les chemins mènent à Rome; les jumeaux Rémus et Romulus fondateurs de l’empire et l’opacité des tours qui renverrait peut être au monolithe de 2001 l’odyssée…de S. Kubrick.
    La destruction du WTC équivaudrait donc à la destruction de tout ce qui fait leur identité y compris l’intelligence. Dans ce cas, on aurait une régression dans la violence primitive:
    le fait de s’affranchir de toutes les règles du droit en ayant kidnappé et torturé des suspects sans procès pendant 20 ans pourrait conforter cette hypothèse. La destruction du WTC est une menace de mort imminente pour leur existence.
    Et comme on le sait, une fois passées les bornes, il n’y a plus de limite.
    Le modèle révolutionnaire de 1790 mis en danger de mort a engendré Napoléon et la volonté de conquête implacable qui a conduit les armées françaises jusqu’en Egypte et jusqu’à Moscou au prétexte du postulat d’universalité du modèle Français.
    Nous sommes peut être face à une répétition d’un même mécanisme de base à un degré supérieur et adapté aux circonstances.
    C’est mauvais signe.

    Cordialement

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