Editorial: Le cycle long a touché ses limites; on a monté l’escalier et on ne sait pas comment redescendre sans se retrouver là ou on ne veut pas aller: la déflation en chaine.

Ah les braves gens!

En prison!

9 mai – Bloomberg:

« La présidente de la Federal Reserve Bank de Kansas City, Esther George, a déclaré que la « semaine difficile sur les marchés boursiers » n’était pas surprenante, reflétant en partie le resserrement de la politique de la banque central.. Elle ne modifie pas son soutien à des hausses de taux d’intérêt de quelques points pour calmer l’inflation. « Je pense que ce que nous recherchons, c’est la transmission de notre politique , elle se fait à travers la compréhension par les marchés qu’il faut s’attendre à un resserrement », a déclaré George… « C’est l’une des voies par lesquelles des conditions financières plus strictes émergeront… En ce moment, l’inflation est trop élevée et nous devrons faire une série d’ajustements de taux pour faire baisser cela… Nous voyons les conditions financières commencer à se resserrer, donc je pense que c’est quelque chose que nous devrons surveiller attentivement. Il est difficile de savoir combien il en faudra.’ »

Esther George n’aurait pas pu être beaucoup plus claire. 

Pour une fois elle dit une certaine vérité , prenez en note:

nous recherchons la transmission de notre politique monétaire et elle se fait par les marchés quand ils comprennent que nous sommes sérieux quand nous parlons de resserrement.

C’est clair , la politique monétaire se transmet par les marchés et pour transmettre cette politique les marchés doivent nous écouter, nous croire, ils ne doivent pas nous combattre.

Le don’t fight the Fed marche dans les deux sens, à l’aller et au retour.

La crise c’est non seulement une succession d’évènements mais c’est aussi un processus, un processus d’apprentissage, cet apprentissage se fait par révélation de ce qui a toujours été , mais était resté non-dit.

Ici Esther George fait faire un grand pas à l’apprentissage en reconnaissant que le marché bousier est non pas un espace de découverte des prix des actifs financiers mais un outil de transmission des politiques monétaires dans le cadre nouveau non-conventionnel qui prevaut de puis Greenspan.

Je l’explique depuis … 1990!

La dérégulation a consisté à mettre le crédit sur les marchés pour pouvoir en produire plus, alors qu’avant dans le passé il était en banque.

Je soutiens que le marché financiers est , dans notre ère, une gigantesque banque et qu’à ce titre il fait les mêmes fonctions de transformation que le système bancaire, du court en long, du risqué en non risqué, il mutualise, il répartit. Il crée la liquidité comme une banque. Ou la détruit .

Mais le marché n’est pas équipé comme l’étaient les banques , il n’y a pas de crédit-men il n’y a que des pseudo analystes du sell-side qui sont payés au bonus et qui donc n’ont qu’un objectif, faire du pognon.

Les marchés ne sont pas lieux de confrontation rationnelle, ils sont lieux de rencontre de gens qui font du marketing boursier pour gagner du pognon et de gogos qui les croient par avidité moutonnière. Les marchés accomplissent la fonction du système bancaire mais en étant aveugles et mus par l’appétit pour le gain, pour le jeu sans frein. L’intelligence et le savoir bancaire sont remplacé par l’appétit pour le jeu des casinos les plus fous.

Ces pseudo analystes font le marketing et excitent les animal spirits, ce qui fait que la rationalité quitte les marchés boursiers. Le Momentum, la Tendance, l’Imitation , tout cela règne en maitre. Et la main invisible du marché est aveugle, elle ne fait que des conneries et ne va que de conneries en conneries. C’est la thèse de Soros et c’est la mienne. Et le Système est une machine à exploiter la connerie.

Le marché aveugle et idiot doit cependant entre régulé comme l’étaient les banques et le crédit bancaire, donc il faut lui appliquer des techniques qui, soit élargissent les conditions financières soit les réduisent.

Il faut le faire par le bais du niveau des indices boursiers, bêtement.

Quand on veut elargir et assouplir il faut faire monter les indices et quand on veut resserrer et contracter les conditions financiers il faut accepter de faire baisser les indices; c’est ce que ne dit pas explicitement Esther George, mais que moi, je vous dis cyniquement depuis plusieurs décennies.

La mutation du rôle des marchés les a transformés en outil colossal de transformation, de distribution et d’allocation, en outil de gonflement des patrimoines par effet de richesse fictive, et face à cet outil gigantesque les banques centrales sont obligés d’employer des outils grossiers, primaires, des outils qui écrasent tout. Elles emploient soit des vannes de distribution mal calibrées, soit des marteaux pilons ravageurs et dévastateurs.

Je pense que vous commencez à comprendre que la discussion sensée, intelligente en ce moment devrait porter non pas sur les queues de cerise de la régulation , c’est dire sur le cycle court, mais sur les outils, les structures, les fonctions des systèmes que l’on a mis en place il y a 40 ans. Nous sommes dans une phase de questionnement du cycle long.

Le cycle long a touché ses limites; on a monté l’escalier ou plutôt l’ascenseur et on ne sait pas comment redescendre sans se retrouver là ou on ne veut pas aller: la déflation en chaine,

Ce qui apparaît et va apparaitre de plus en plus clairement car la crise est un processus de prise de conscience c’est que le système que l’on a mis en place ne peut supporter un vrai cycle, il est dissymétrique.

Pourquoi est-il dissymétrique, à cause des phénomènes de stocks, à cause des inventaires comptables, à cause de la mémoire des bilans qui font que les aberrations de la montée du cycle sont consignées, gravées dans les bilans et dans les inventaires et que détruire cela, cela fait beaucoup de faillites.

Le système ancien était réversible, symétrique, le système actuel qui fait gonfler les actifs et stocke ce gonflement dans les bilans est un obstacle à la régulation. Le système actuel est un aller simple, sans retour, ce que j’explique depuis plus de 40 ans encore une fois, c’est Hotel California , on peut check-in mais pas check-out; , c’est le capitaine qui a brulé les vaisseaux.

On est passé d’une gestion par les flux bancaires a une gestion par les stocks patrimoniaux et c’est cela qui signe l’impasse de la période.

L’inflation est trop élevée et doit baisser. Les conditions financières doivent se durcir et les marchés financiers sont un mécanisme clé de transmission de la politique monétaire. Et la Fed aujourd’hui ne sait pas jusqu’où ce processus de resserrement devra aller et les destructions que cela doit et va opérer..

Depuis le dernier véritable cycle de resserrement en 1994. La Fed a perdu le contrôle parce qu’un système nouveau s’est progressivement imposé sans que qui que ce soit y réfléchisse. C’est le système lui même qui a imposé sa logique dès lors qu’on a libère la création de dollars , libéré les animal spirits et exaspéré l’appât généralisé du gain spéculatif.

On est passé sans le savoir d’un système fondé sur la conscience et le savoir à un système fondé sur l’inconscient, les reflexes, les animal spirits, les instincts. Régression considérable !

Ce n’est qu’au début des années 90 que les conditions financières ont commencé à jouer un rôle aussi important dans l’élaboration des politiques. Greenspan a manipulé de manière agressive la courbe des taux (réduit les taux courts de 5 points de pourcentage en moins de deux ans à un creux de trois décennies de 3% en septembre 1992), créant un «carry trade» extraordinairement rentable (emprunter à court terme / prêter à long terme) pour sauver le système bancaire américain gravement affaibli. 

L’histoire financière a été fondamentalement modifiée, car la politique de la Fed a créé d’énormes profits faciles pour la communauté naissante des spéculateurs à effet de levier. La chute des obligations de 1994 aurait constitué une menace existentielle pour l’industrie des fonds spéculatifs, si ce n’était du puissant soutien de liquidité par le bais des bilans du GSE que l’on a mené délibérément à l’insolvabilité.

Greenspan est devenu le Démiurge, le Maestro, Sir Greenspan, il a savourer l’incroyable pouvoir qu’il pouvait exercer sur le système de crédit, sur la liquidité du marché, sur les conditions financières et le développement économique. Il a cru au free lunch, à la Nouvelle Ere , au fameux « dorénavant ce ne sera plus jamais comme avant »! Et en fait il nous a légué le TINA, c’est à dire le « il n’y a aucune alternative », l’impasse.

Le système de la Réserve fédérale a émergé du désendettement spéculatif aigu et de l’instabilité des marchés de 1994 avec une nouvelle doctrine pourrie et imbécile considérant qu’il fallait éviter les mesures politiques susceptibles de déclencher un resserrement risqué des conditions financières.

Depuis 1994, les cycles dits de « resserrement » ont été timides, avec la claire intention d’éviter les épisodes de désendettement. 

Entre 1994 et 2003, on a utilisé la fraude comptable a grande échelle: les actifs de GSE ont gonflé de 360% à la faveur de faux bilans. La fraude comptable ayant été découverte, la capacité des GSE à garantir et alimenter la liquidité du marché, a disparu et c’est la Fed -et ses QE- qui a été obligée de gérer le chaos de 2008 quand il a fallu réduire les risques et procéder au désendettement par transfert de la pourriture sur La collectivité..

Pendant plus de 25 ans, la Fed a opéré sans se soucier d’une hausse rapide des prix à la consommation car les conditions fondamentales étaient déflationnistes ; ce temps là est fini.

Cette époque est finie: le cycle a maintenant clairement changé. L’inflation des prix à la consommation est devenue un problème sérieux et c’est devenu une priorité de la politique monétaire.

 Les forces inflationnistes sont structurelles: pénuries , offre inadaptée, rupture des chaines d’approvisionnement et de montage, transition énergétique, fin de la mondialisation, préparation de la grande guerre, tensions sociales etc.

Au fil du temps, l’objectif principal de la politique qui s’était déplacé pour veiller à ce que l’inflation du prix des actifs en plein essor se maintienne, cet objectif est devenu impossible car il est incomptable avec le combat contre la hausse des prix des biens et services. Il y a télescopage entre le besoin de conditions financières souples pour soutenir la Bourse et l’économie et le besoin de resserrer les mêmes conditions financières pour calmer les tensions inflationnistes.

 Une époque est finie: le cycle a maintenant clairement changé. L’inflation des prix à la consommation est devenue un problème sérieux et c’est devenu une priorité de la politique tout court.

La déflation des prix du marché des valeurs mobilières est le prix payer pour les imbécilités des apprentis sorciers;

Déja jles vrais responsables, dans leur lâcheté prétentiesue se tirent des flutes et rejettent leur responsabilité!

16 mai – CNBC:

« L’ancien président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, a déclaré que la banque centrale avait commis une erreur en attendant de résoudre un problème d’inflation qui s’est transformé en le pire épisode de l’histoire financière américaine depuis le début des années 1980.

 Bernanke, qui a guidé la Fed à travers la crise financière qui a explosé en 2008 et a présidé à une expansion sans précédent de la politique monétaire, a déclaré à CNBC que la question de savoir quand des mesures auraient dû être prises pour maîtriser l’inflation est « compliquée ». «La question est de savoir pourquoi ont-ils retardé cela. … Pourquoi ont-ils retardé leur réponse ? Je pense rétrospectivement, oui, c’était une erreur  », a-t-il déclaré à Andrew Ross Sorkin de CNBC…  » Et je pense qu’ils conviennent que c’était une erreur. »

Pourquoi la Fed at-elle tardé ? Parce qu’ils ont préféré miser sur une inflation transitoire, plutôt que de risquer la certitude d’une instabilité du marché déclenchée par le resserrement des conditions financières et l’éclatement des bulles de marché. 

Ironiquement, c’est le même Bernanke qui a imposé la doctrine qui a conduit au drame actuel en juillet 2013.

10 juillet 2013 :

« Le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, a déclaré… que la banque centrale américaine pourrait devoir s’opposer si les finances les conditions venaient à se resserrer au point de menacer la progression de l’économie. « Si les conditions financières devaient se resserrer au point de compromettre la réalisation de nos objectifs d’inflation et d’emploi, nous devions alors nous y opposer », a déclaré Bernanke… »

Ah les braves gens!

En prison!

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