Editorial. Semaine du boomerang. Dislocation.

La prise dans le réel se caractérise par un jugement d’impossible.

Pour moi la meilleure symbolisation du réel c’est le ‘T ». Vous parcourez son tronc, la barre du « T » et parvenu au bout, vous devez choisir: soit d’aller à droite, soit d’aller à gauche. Vous êtes libre de choisir mais vous devez souffrir, vous devez faire votre deuil puisque vous abandonnez l’une des possibilités.

La fonction du Père est de vous introduire au monde , au monde dur, celui des choix et du deuil.

Le Père symbolique fait de vous un adulte social en vous initiant au grand secret du deuil. Nous ne vivons que d’être mortels. Le positif est inséparable du négatif.

Si vous êtes comme Macron non un enfant du Père mais un enfant de femme /maitresse vous n’accédez pas à cet état d’adulte , vous persévérez dans l’état/le stade infantile ou tout est possible. Y compris l’interdit c’est à dire de coucher avec sa mère. C’est le monde de la transgression ou tout est possible, permis à condition .. que les autres puissent le supporter, à condition que ce soient eux qui paient pour vous. Vous avez la possibilité de continuer vos rêves d’enfant tout puissant parce que d’autres paient pour vous, vous entretiennent , vous sponsorisent … Mais vous devez les séduire. leur plaire, le monde de l’enfant-roi est et doit rester un monde de séduction; il ne peut et ne doit pas devenir un monde de production . Sinon il se fracasserait, c’est ce qui se passe en ce moment, le monde de la séduction se fracasse.

L’enfance est un monde de tiers payant, la maturité est un monde ou les gains sont inséparables des coûts, tout à un prix.

J’ai pris l’exemple de Macron car c’est une sorte d’archétype et qu’il vous est proche. Vous le connaissez, vous le subissez, vous le sentez intuitivement même sans verbalisation. Eh bien la modernité ou si vous voulez la post-modernité c’est cela, c’est le monde des Macron, le monde des menteurs qui transgressent, un monde ou règnent les enfants rois, les usurpateurs, les entreteneurs, les souteneurs, les profiteurs, les maquereaux, tout-puissants-impuissants-qui-ne-paraisent-tels-que-par-votre-renoncement-a-votre- propre-puissance. Ils ne sont ce qu’ils sont que parce que vous avez renoncé à exercer votre propre puissance, vous avez accepté d’être exploité, dépossédé, aliéné, étranger à vous même.

Etre humain, mortel, c’est un constat d’impossible, c’est la reconnaissance d’évidences naturelles , deux plus deux ne feront jamais cinq, la rareté existe, la finitude également. Un exemple, on est mort ou vivant. Quand on arrive au bout du chemin, et que la ligne droite s’arrête et devient une fourche on doit choisir d’aller soit à droite soit à gauche,. On perd une possibilité pour en gagner une autre; on doit en quelque sorte faire son deuil.

C’est ce que l’on apprend quand on est adulte: la vie, la vraie vie réelle est faite de successions de choix et de deuils. Bien mal acquis ne profite jamais, on est toujours puni par ou on pèche , la sagesse des nations abondent de formulation de ces vérités éternelles.

Les enfants, les politiciens professionnels, les élites modernes vrais impuissants mais authentiques anti-héros n’acceptent pas cette réalité, ils veulent « tout en même temps » et d’ailleurs pour cela ils trépignent, ils font des discours, ils font de la rhétorique, de la Com, . Ils vous le font payer cet impossible. Ce sont les grands prêtres, les grands enfumeurs qui ont hérité de la religion, qui ont accaparé le sacré pour mieux vous baiser.

Dans les rêves et dans l’imaginaire on peut tout avoir, satisfaire tous ses désirs, tous ses besoins en même temps, le rêve ignore le choix et la contradiction , il est régi par le principe de plaisir; il échappe à la gravitation, il se situe dans les nuages, le rêve c’est une bulle, ou plutôt la bulle est la figuration du rêve. Quand je dis que le monde est bullaire, tout en bulle je ne dis rien d’autre que ceci: ils vous font vivre sur les nuages, vous font marcher à coté de vos pompes, dans un reve , dans un imaginaire ou tout semble possible parce déconnecté du réel, déconnecté de notre humanité bornée. C’est le temps des démiurges. De ceux qui essaient de voler le secret du feu aux dieux.

Mais le rêve c’est le rêve et le réel c’est le réel;

Dans la vraie vie il y a des choses qui s’excluent, qui ne peuvent coexister. C’est notre lot et notre dignité d’humain que de le reconnaitre et de le supporter.

Les maîtres du monde, les autorités jouent de cette dialectique entre le réel et le rêve, l’adulte et l’enfant, l’objectif et le subjectif, le concret et les représentations, l’épreuve du monde et le rêve

Les autorités assoient leur domination sur la négation du réel et sur la prétention . Elles prétendent, c’est le mot important. Elles tracent un imaginaire qu’elles prétendent régenter. Elles marchent sur l’eau, elles multiplient les pains, elles réussissent les free lunchs, elles rasent gratis, elles ont accès au prométhéen « en même temps »

Le pouvoir dans la post modernité post démocratique c’est de prétendre pouvoir gérer en même temps les contraires. Prétendre séparer le positif du négatif, prétendre que l’on peut manger son pain aujourd’hui mais l’avoir encore pour demain. C’est prétendre que l’on peut créer autant de monnaie pour s’enrichir mais en retirer sans s’appauvrir! C’est prétendre séparera les causes des effets.

Le pouvoir dans la post modernité c’est de disjoindre les ombres et les corps. Le pouvoir dans la post modernité c’est de tracer et d ‘imposer de fausses équivalences comme: aujourd’hui c’est comme demain, un homme est une mère, baiser c’est aimer, un godemiché c’est un pénis …

La modernité est un problème philosophique, sémiologique, moral et psychologique;

La modernité a transformé la parole en mensonge, la parole censée être reflet du réel -c’est à dire des jugements d’impossibles- en romans, en discours, en narratives de pur imaginaire ou le poids du réel est suspendu.

La modernité c’est le désancrage de la parole, du langage; c’est le désancrage de la monnaie de ce qu’elle est censée représenter: la Valeur!

De la même façon que dans la Com, le langage devient un en-soi, dans la circulation monétaire, le signe-monnaie ne renvoie à rien, il devient un en-soi, pure croyance. Pure, pas tout à fait car il renvoie toujours à un ailleurs dans l’espace comme à la Russie qui détient le pétrole et le gaz, , il renvoie toujours à un ailleurs dans le temps car la monnaie est une promesse, un différé.

Le langage et la monnaie ne sont pas des « ensoi » comme le croient les simplets qui gouvernent, mais une promesse , un différé qui reviennent quelquefois comme un boomerang?

Et ce que je soutiens ici , c’est que ce à quoi nous assistons maintenant c’est le retour du boomerang. Le retour du différé, le jeu des forces de rappel, des forces de réconciliation longtemps suspendues.

Dans la modernité le langage ne sert plus à refléter le monde mais à le masquer, le truquer, le travestir; le langage et la parole servent à tromper, a créer une fausse réalité de façon à asseoir un pouvoir. Pouvoir non pas sur le monde mais sur les autres, sur ses semblables.

Cette semaine c’est la semaine du Boomerang. Le Retour.

Pas besoin de prose sophistiquée. La semaine a été moche.

Dislocation.

Hausse des rendements obligataires mondiaux et instabilité aiguë du marché des devises. Fissures dans l’univers des dérivées. Craintes d’inflation. Croissance galopante du crédit et déséquilibres économiques aigus. Paralysie politique et tensions géopolitiques. 

Le Centre a vacillé.

Les banques américaines ont été liquidées, plombées de 7,8 % cette semaine. Les prix des CDS -assurances contre les défaillances- bancaires se sont fortement renchéris . Le CDS de JP Morgan a bondi de huit points pour la semaine à 90 points de base, le plus grand bond hebdomadaire depuis mars. 

Le CDS BofA a augmenté de huit points (95 points de base), Citigroup huit (111 points de base), Morgan Stanley huit (108 points de base) et Goldman Sachs quatre (111 points de base). 

La hausse de six points de base de vendredi des CDS de JP Morgan a été la plus forte depuis mars, tandis que le bond de huit points de base de Morgan Stanley a été le plus important depuis mai 2020. Tout indique une montée du risque de crise systémique.

Les choses se gâtent à la Périphérie européenne.

La BCE n’a même pas encore poussé le taux directeur mais les rendements grecs ont bondi de 67 points de base cette semaine à 4,38 % – avec un pic époustouflant de 172 points de base sur 10 séances. 

Les rendements italiens ont bondi de 36 points de base à 3,76 % (+167 points de base en 10 séances). 

Les rendements ont augmenté de 34 points de base en Espagne à 2,78 % (131 points de base) et de 32 points de base à 2,80 % (142 points de base) au Portugal. 

Même les rendements des Bunds allemands ont augmenté de 24 points de base à 1,52 % (96 points de base), tandis que les rendements français ont augmenté de 29 points de base à 2,10 % (107 points de base).

Contagion. Les actions bancaires européennes ont été martelées de 6,0 % cette semaine, les banques italiennes chutant de 9,2 %.

Les choses s’annoncent mal.

Dans le scenario imaginé, les évènements ne devaient pas se dérouler ainsi. La Fed allait être divine, omnisciente, prudente, toutes les mesures étant prises avec précaution et bien télégraphiées aux marchés.

Avec le temps, l’inflation allait diminuer sûrement. La Réserve fédérale et les banques centrales mondiales allaient augmenter leurs taux gentiment jusqu’à ce que l’inflation temporaire disparaisse. Les taux allaient pouvoir rester extraordinairement bas ensuite pendant des mois et des trimestres. On allait vivre un long palier , un haut plateau boursier. Rien de trop pressant ou stressant .

Hélas la complaisance ne suffit pas , les marchés complaisants et les banquiers centraux ont grossièrement mal évalué deux aspects clés des fondamentaux sous-jacents. 

Ils ont sous estimé la dynamique de l’inflation .

Ils ont grossièrement sous estimé les fragilités structurelles du système.

Le résultat : les choses « cassent » avant même que les cycles de resserrement des banques centrales ne soient engagés .

Combien de trillions de liquidités supplémentaires les banquiers centraux du monde seront-ils obligés de créer en cas de mise en branle de la chaine de destruction, en cas de lancement de la chaine du malheur qui immanquablement succède à toutes les chaines du bonheur? Combien faudrait miser pour stopper cette inversion du Ponzi?

Cela pourrait-il même fonctionner?

Le maillon faible c’est l’édifice européen de bric et de broc; et cela laisse mal augurer du front anti-Poutine: il ne pourra résister aux risques de fragmentation qui se profilent en Septembre, lors de généralisation des pénuries. L’Europe va se disloquer ou capituler.

L’Indice des prix annuel de la zone euro a atteint un record de 8,1 % en mai. 

Christine Lagarde et les colombes de la BCE ont dû capituler. Des mois de justification imbécile , de rationalisation absurdes , d’obscurcissement et de foi aveugles n’étaient plus tenables. 

Lagarde fait maintenant face à un défi que Draghi avait réussi à éviter : augmenter les taux. C’est un défi herculéen, surtout après 11 ans sans même un petit geste en ce sens . Pire encore, les taux sont négatifs depuis huit ans, une période où le bilan de la BCE a gonflé de 5 TN$.

Un nouveau cycle, particulièrement hostile, s’installe. 

La BCE a été l’un des principaux promoteurs de la Great Experiment mondiale de type John Law. L’expérience a échoué .

Comme prévu dans mon introduction, le réel fait retour, un boomerang qui fait mal. La gravitation reprend ses droits avec l’air chaud qui fait défaut : on reparle de l’endettement de 200 % du PIB de la Grèce, de celui de 150 % de l’Italie. Discrètement on évoque celui de la France qui se dirige vers les 120% avec un ratio de prélèvements obligatoires qui ne laissent aucune place a des prélèvements accrus

Ces pays ont profité des années d’accès illimité à la finance ultra-bon marché pour ne rien faire et s’enfoncer dans les délices des free lunchs.

Tout se paie, tout fait retour.

Maintenir ou ressusciter les bulles périphériques nécessiterait désormais des injections de liquidités monumentales. Mais les liquidités, rien ne garantit qu’elles iront là ou les apprentis sorciers voudraient qu’elles aillent. Il n’y a pas de transmission directe entre la monnaie et la quasi monnaie, la transmission repose sur une croyance. Sur une alchimie.

L’argent pourrait sortir, aller ailleurs, ne pas rester piégé! C’est la grande crainte le risque suprême de la dérégulation/financiarisation.

Le risque que l’argent parte à la recherche de sa Valeur.

L’argent s’éloignerait des obligations et des actifs financiers en déconfiture, les préférences retourneraient la ou elles auraient toujours du être: vers les marchés de l’énergie, de l’agriculture et d’autres matières premières! Un processus effrayant d’alimentation de la dynamique inflationniste/hyperinflationniste du nouveau cycle.

La chute de l’euro et du yen alimentent la vigueur du dollar, stimulant une réduction obligatoire des risques et forçant à un désendettement auto-entretenu, auto- déstabilisant des marchés des devises et des valeurs mobilières des marchés émergents. 

À la périphérie des marchés émergents, la Turquie en difficulté a vu son CDS souverain grimper de 115 à un plus haut de 19 ans à 848 points de base.

 Les CDS des marchés émergents ont bondi de 38 points cette semaine pour atteindre un plus haut de trois mois à 309 points de base, la plus forte augmentation hebdomadaire depuis mars. 

Les prix des CDS ont augmenté de 24 points de base au Brésil (260), de 23 points de base au Mexique (153) et de 43 points de base en Colombie (256). 

Aujourd’hui, contrairement à ce que dit Yellen, la situation est malsaine, pourrie. Il existe une «Périphérie» massive, pauvre en fonds propres .

Je soutiens que tout est subprime car même les fonds propres sont bidons, ils ont été constitués par le crédit. C’est une finance tuyau de poêle. Les fonds propres du système sont en dernière analyse empruntés.

La Périphérie est mondiale , elle est chargée d’obligations de pacotille «subprime», de prêts à effet de levier, de différés, d’achats immédiats et de paiements ultérieurs, de titrisations automobiles, de cartes de crédit, de logement et d’énergie solaire, de prêts de franchise, de crédit privé, de crédit crypto, et encore et encore. 

La « Périphérie » est devenue Centrale!

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2 réflexions sur “Editorial. Semaine du boomerang. Dislocation.

  1. L’image du T et de la fourche est bonne.

    Je la reprendrais avec une figure plus complexe que le T. Un arbre est plus conforme à la réalité puisque ils arrivent encore à tenir.

    Ils ont fait le choix du mauvais tronc et c’est un chemin sans retour.

    Maintenant on les voit faire des choix contraints et en retard a chaque fourche, de branche en branche puis de rameaux en rameaux…

    On joue les prolongations mais on voit que les croyances tombent une après les autres.

    Ils ont choisi la branche du déni, celle de l’inflation provisoire.

    Ils ont ensuite choisi la branche du faire semblant ; celle des taux réels fortement négatifs.
    Ils ont cru que ce faisant ils pérennisaient le TINA.
    On redécouvre qu’il y a une alternative et cette alternative semble être le cash.

    Ils ont fait croire que les actions restaient le meilleur placement pour lutter contre l’inflation
    L’inflation vient aujourd’hui aggraver les pertes de ceux qui sont investis en action.

    Avant il y avait le put de la baisse des taux ou d’une reprise des rotatives pour se raccrocher à une branche plus basse et repartir mais on est provisoirement mains liées, on travaille sans filet.

    Ils ont pensé contrôler l’inflation et ils risquent maintenant de perdre le contrôle des taux longs. C’est l’urgence.

    De plus en plus de voix appellent la Fed a frapper un grand coup du genre +75 bp voire + 100 bp à sa prochaine réunion.
    Encore sous la contrainte on va s’engager sur un nouveau rameau…

    Sommes nous au bout du bout ? Pas sur

    Ce qui est sur en revanche c’est que les marchés ont peu baissé et que si demain le S&P perdait 20 % supplémentaire la Fed ne pourrait pas shifter immédiatement en mode réaccommodant.

    A force de vouloir pousser toujours plus lojn le cycle les BC ont abandonné l’essentiel de leur pouvoir.

    Idem pour les politiques sur le volet budgétaire.

    Macron nous fait un quoiqu’il en coute de campagne qui ne peut que très mal se finir car cette fois ses promesses ne vont pas pouvoir être payées en fausse monnaie. Ils ne gagnent même plus des mois mais des semaines. On va être dans le dur très vite.

    Ils ne savent plus que prier. Faisons comme eux et espérons une bonne surprise mais je crains que le Covid n’ait été qu’un apéritif et qu’ils soient contraints de s’engager plus loin sur la branche de l’autoritarisme.

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  2. Excellent… Que dire de plus ? On vient de dresser un diagnostic holiste: du fondamental, philosophique, psychologique avec un flirt métaphysique pour subir une description fidèle de la douche froide qui vous réveille par l’exposé des engrenages d’une mécanique scélérate qui fait le pendant, l’inference logique à l’état psychopathologique du monde parodique, cathodique et diabolique dans lequel nous sommes rincés et bientôt noyés.

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