Editorial. La Fed ne lutte pas contre l’inflation, elle gère le discours, le narrative sur l’inflation. Les risques de crise systémique s’éloignent au lieu de se rapprocher.

  • La Fed relève son taux directeur à 2,25%-2,50%
  • La banque centrale américaine signale un affaiblissement des données économiques
  • Powell de la Fed dit que l’incapacité à maîtriser l’inflation n’est pas une option
  • La Fed prépare son prochain pivot

 La Réserve fédérale a lutté , réellement, bec et ongles, pendant plus d’une décennie contre la déflation. Elle a lutté contre la déflation car c’est le mal suprême, celui qui peut faire basculer et renverser le régime économique et l’ordre social capitaliste.

La déflation c’est l’excès de capital face aux possibilités de produire du profit, c’est l’excès de travail vivant avec le chômage, c’est la reproduction de la crise des années 20 et 30 qui a conduit à la menace communiste et au nazisme.

Connaitre à nouveau une période comparable aux années 30? Non plus jamais cela, coute que coute.

La Fed a inventé toutes les techniques, toutes les contorsions intellectuelles pour atteindre l’objectif d’une inflation moyenne de 2% . Sans succès, elle n’y est pas parvenue, les forces fondamentales étaient de sens contraire.

Elle a crée des tombereaux de dettes et de monnaie, rien n’y a fait , tout ce qu’elle a réussi c’est à créer une bulle financière de dimension historique façon John Law. La monnaie gratuite crée est allé dès 2010 se parquer dans l’univers financier, elle n’est pas allé féconder la création de richesses réelles.

Le risque de déflation comparable à celui des années 30 s’est complexifié et complété par un autre risque, celui de l’éclatement non contrôlé de la bulle financière et monétaire.

L’éclatement de la bulle financière et monétaire en effet provoquerait le contraire de la déflation des prix des biens et des services:

-l’argent sortirait des marchés financiers,

-il irait se loger dans le Monde Réel,

-il partirait a la recherche de sa valeur ou plutot de ses contrevaleurs.

-l’univers de l’imaginaire financier se déverserait sur le monde réel détruisant les bilans des banques, celui de la banque centrale, celui du Tresor Public et finalement les monnaies.

Ce serait ce qu’l’on appelle la Grande Réconciliation. Ou, pour être plus académique, la fin du grand cycle du crédit qui a pris naissance en 1945 avec Bretton Woods.

Un évènement survient, une crise tombe du ciel qui permet d’utiliser la bombe atomique, le vrai coute que coute, c’est la crise du Covid. Comme l’a dit Rahm Emmanuel, il ne faut jamais gâcher les opportunités offertes par une bonne crise! Les crises ont pour avantages de permettre de faire avaler aux peuples ce qu’ils n’avaleraient pas en temps dit normal et surtout de les faire régresser dans l’irrationnel..

La catastrophe sanitaire, plus ou moins gonflée pour les besoins de la cause, permet en même temps:

-la creation de trillions de monnaie nouvelle au bilan des instituts d’émission

-la production d’une masse astronomique de credit

-les achats considérables de titres a long terme par les instituts d’émission pour faire baisser les taux, l’accroissement faramineux des dépenses et des déficits budgétaire et en plus, enfin

-le tant désiré « helicopter money » qui consiste à distribuer l’argent directement aux gens pour qu’ils le dépensent

Ainsi se trouve permis et réalisé ce qui n’avait pu être fait auparavant , en même temps l’injection de pouvoir d’achat et sa distribution à ceux qui vont le dépenser.

Cette conjonction unique dans l’histoire par la concomitance et l’ampleur , cette conjonction déchaine les forces inflationnistes tandis qu’elle rencontre une offre de biens et services exceptionnellement défaillante.

Les prix des biens et des services s’envolent, ils explosent… Enfin devrait on dire.

Powell et sa clique se frottent les mains; enfin c’est le succès tant souhaité, celui qui, si il est bien géré, va permettre de résorber une partie des excès monétaires accumulés depuis 3 décennies et singulièrement depuis 2009.

L’explosion de l’inflation des prix des biens et des services relaie enfin celle des indices boursiers. Elle va gonfler nominalement les GDP et ainsi faire chuter les ratios de dettes ou de valorisation des actions, elle va faire reculer le fameux ratio dit de Warren Buffett.

L’explosion des prix va réduire le poids des dettes, euthanasier beaucoup d’inefficacités, diminuer les divergences terriblement menaçantes entre la Sphère réelle et la Sphère financière.

Tout ceci est pain béni. C’est le cas de le dire puisque cela tombe du ciel.

Pour bien tirer profit de cette inflation, Powell, comme on pouvait s’y attendre la déclare « transitoire », « temporaire ». Cela permet de la faire mieux avaler.

Hélas il y a la politique, cet idiot de Biden et le peuple!

Le peuple souffre de cette inflation, -elle est spectaculaire au niveau de l’énergie et de l’alimentation-, elle va le paupériser et risquer de déclencher la spirale prix/salaires. Le politique lui est donc obligé d’en tenir compte et de faire semblant de réclamer la lutte contre l’inflation.

Powell obéit et effectue son pivot. Il prétend donner la priorité à la lutte contre la hausse des prix, elle cesse d’avoir été « temporaire »! Tout en conservant ses analyses et ses objectifs, ne pas gâcher les opportunités offertes une bonne crise bien sur.

A noter que le système bancaire et oligarchique le soutient et l’appuie. Il a disséminé ses risques sur le public. Il sait que Powell va essayer trouver l’optimum qui préserve ses intérêts . Les banques ne jouent pas contre Powell , les médias non plus , c’est à noter car si ils avaient joué contre lui, son pilotage subtil n’aurait pas été possible; On lui a donné un blanc-seing pour faire pour le mieux. Personne n’a eu de comportement voyou, personne n’a combattu la Fed.

Dorénavant Powell va gérer sa politique monétaire, favorable à une hausse des prix des biens et des services longue mais soutenable socialement et une comédie déclamatoire de lutte contre la dérive des prix. Pour maintenir des taux réels négatifs donc favorables à l’inflation, Il nous ressort de sa besace l’escroquerie intellectuelle, des taux neutres, ceux qui ne font de tort à personne, ni trop chauds ni trop froids, ces taux inventés par les apprentis sorciers ou plutôt lus dans les brouillards des mystères de l’Eleusis économique.

Powell va gérer la résorption des excès, l’asphyxie de la spéculation à cœur de lièvre, il va gérer le retour à un nouveau Goldilock c’est à dire le dosage entre le ralentissement économique et celui des prix. Il va gérer le tout sous contrainte : ne pas faire s’écrouler la pyramide inversée d’EXTER , celle qui symbolise l’univers financier. Il va surtout se consacrer à une remontée du taux de chômage car le danger reste celui de la rareté de la main d ‘œuvre qui donne aux salariés un bargaining power mal venu..

A noter que certains ont bien compris , comme je l’expose, que Powell a réussi un beau coup et que les risques de crise systémique s’éloignent au lieu de se rapprocher, Ils ont compris que la crise a donné a Powell la possibilité de réduire les déséquilibres fondamentaux et d’éloigner l’épée de Damoclès; la preuve en est fournie par la baisse de l’or, l’arrêt de la chute des actions, et la stabilisation à un bas niveau des taux longs. Bravo l’artiste.

Note:

Exter est connu pour sa pyramide, appelée « pyramide d’Exter », « pyramide dorée d’Exter », « pyramide inversée d’Exter » ou « pyramide des liquidités d’Exter », qui ordonne les catégories de biens selon une échelle de risque et de valeur financière.

Powell a déclaré mercredi qu’il ne reculerait pas dans sa bataille contre la plus intense poussée d’inflation aux États-Unis depuis les années 1980, même si cela signifie une « période prolongée » de faiblesse économique et de ralentissement du marché de l’emploi.

Alors qu’il expliquait la logique derrière les hausses de taux d’intérêt les plus fortes depuis environ quatre décennies, le président de la Fed, Jerome Powell, a été inondé de questions quant à savoir si l’économie américaine était en récession ou au bord d’une récession – une notion qu’il a rejetée parce que les entreprises américaines continuent d’embaucher avec plus de 350 000 travailleurs supplémentaires chaque mois.

« Je ne pense pas que les États-Unis soient actuellement en récession« , a-t-il déclaré aux journalistes après la fin de la dernière réunion politique de la banque centrale américaine, citant un taux de chômage qui est toujours bas  « Cela n’a pas de sens de dire que les États-Unis soient en récession. »

Note

Apres avoir décrété que l’inflation n ‘était que temporaire, Powell doit maintenant décréter qu’il n’y a pas de récession en cours et il ira plus loin; il dira plus tard, comme l’a deja dit Yellen, que c’est une bonne et saine récession. D’abord il a fallu neutraliser l’inflation en la déclarant transitoire et maintenant il faut neutraliser la récession.. Ah les braves gens.

La hausse de taux de 75 points de base annoncée par la Fed mercredi, couplée aux actions antérieures en mars, mai et juin, a maintenant fait passer le taux d’intérêt au jour le jour de la banque centrale de près de zéro à un niveau compris entre 2,25 % et 2,50 %. 

« Il s’agit du resserrement de la politique monétaire le plus rapide depuis que l’ancien président de la Fed, Paul Volcker, a lutté contre une inflation à deux chiffres dans les années 1980. »

Escamotage!

Vous noterez le commentaire qui porte sur la rapidité mais surtout pas sur le niveau des taux , qui n’a rien à voir avec celui de l’époque Volcker. Le niveau actuel des taux est dérisoire , avec ses 2,25% a coté de ceux de Volcker de 20%!

Ci dessus vous avez un graphique de REUTERS. Il est intéressant car il avale non seulement l’escroquerie intellectuelle des taux neutres mais en plus celle du niveau supposé bas de ces taux neutres. En fait La Fed réussit à faire passer par l’escroquerie du taux neutre l’idée que nous sommes toujours en phase de croissance lente de longue période et de déflation. Le taux neutre aussi bas implique une hypothèse sous jacente de quasi dépression de longue durée à la Lawrence Summers! Bref cela revient à enfermer dans une tautologie.

La malhonnêteté intellectuelle de ces gens est d’une profondeur insondable, On la retrouve sous une autre forme, dans le tour de passe-passe des anticipations d’inflation soi disant mesurées par ‘le marché.

Powell cite les indicateurs « basés sur le marché » des anticipations d’inflation, dérivés des rendements des titres du Trésor protégés contre l’inflation (TIPS), comme preuve que la Fed maîtrise la situation de l’inflation.

Cependant, il y a un problème majeur avec l’utilisation des anticipations d’inflation implicites contenues dans les TIPS pour la juger la politique de la Fed; c’est le fait que la Fed, après avoir acheté plus d’un quart de l’encours total de ces titres , est maintenant la force dominante dans le marché des TIPS ! 

Dans une certaine mesure, la Fed, en gérant son portefeuille TIPS via QE et QT, est en mesure d’écrire son propre bulletin de SATISFACTION . La Fed dicte le narrative sur lequel ensuite elle prétend s’appuyer. C’est le meme coup que le taux neutre, il s’agit toujours d’invoquer comme « objectif » et indépendant quelque chose qui en fait est un artifice , subjectif, traficoté et manipulé.

Apres la gestion des anticipations d’inflation, la gestion des anticipations de récession, c’est à dire la gestion des indices boursiers.

Les prix à la consommation n’ont pas encore franchi la barre des 10 % cette fois-ci – mais à 9,1 %, ils sont suffisamment proches pour faire monter les enchères à la fois pour la Fed et l’administration Biden, qui est particulièrement sensible à la question avant les élections au Congrès de novembre.

Bien que Powell ait déclaré qu’il ne pensait pas qu’une récession serait nécessaire pour résoudre le problème cette fois-ci, il a reconnu que l’économie ralentissait et aurait probablement besoin de ralentir davantage pour que la Fed ramène le rythme des hausses de prix sur terre.

Powell introduit le doute et le futur pivot sur les taux

Mais il est catégorique sur le fait que le comportement de l’inflation déterminera le cours de la Fed et qu' »une autre augmentation (de taux) inhabituellement importante pourrait être appropriée » lors de la prochaine réunion de la Fed si l’inflation ne commence pas à ralentir.

« Restaurer la stabilité des prix est juste quelque chose que nous devons faire », a déclaré Powell. « Il n’y a pas d’option pour échouer.« 

Le bâtiment de la Réserve fédérale américaine est représenté à Washington

Les responsables de la Fed sont « extrêmement conscients » des difficultés que l’inflation impose aux ménages américains, en particulier pour ceux qui ont des moyens limités, a déclaré Powell, et ils ne relâcheront pas leurs efforts jusqu’à ce qu’ils reçoivent des « preuves irréfutables » que l’inflation diminue.

Alors que les gains d’emplois sont restés « robustes », les responsables ont noté dans la nouvelle déclaration politique que « les récents indicateurs de dépenses et de production se sont adoucis », un clin d’œil au fait que les hausses de taux agressives qu’ils ont mises en place depuis mars commencent à mordre.

DÉPENDANT DES DONNÉES

Powell a déclaré qu’une partie de l’impact des hausses de taux de la Fed à ce jour se renforce encore dans l’économie et, en fonction de la réaction de l’inflation dans les mois à venir, cela pourrait permettre à la banque centrale de commencer à ralentir le rythme des hausses de taux.

Les investisseurs s’attendent à ce que la Fed relève son taux directeur d’au moins un demi-point de pourcentage lors de sa réunion des 20 et 21 septembre.

« Alors qu’une autre augmentation inhabituellement importante pourrait être appropriée lors de notre prochaine réunion, c’est une décision qui dépendra des données que nous obtiendrons d’ici là », a déclaré Powell. « Nous continuerons à prendre nos décisions réunion par réunion et à communiquer notre réflexion aussi clairement que possible. »

La Bourse a bien compris que l’on prépare le futur pivot:

Les actions de Wall Street ont généré de larges gains au cours de la séance, l’indice S&P 500 (.SPX) clôturant en hausse de 2,6%, tandis que le dollar (.DXY) s’est affaibli face à un panier de devises des principaux partenaires commerciaux. j »ai expliqué il y a quelques jours que l’on cherchait a faire remonter la bourse, nous y sommes.

« A partir de là, il est possible que la Fed ralentisse son rythme de resserrement, rassuré par le pic probable de l’inflation et le recul des anticipations d’inflation alors que les prix du pétrole ont chuté« , a déclaré Seema Shah, stratège mondial en chef chez Principal Global Investors, dans une note. « Cependant, avec le marché du travail toujours solide, la croissance des salaires toujours inconfortablement élevée et l’inflation sous-jacente qui devrait baisser à un rythme glacialement lent, la Fed ne peut certainement pas arrêter de se resserrer, ni trop changer de vitesse. »

3 réflexions sur “Editorial. La Fed ne lutte pas contre l’inflation, elle gère le discours, le narrative sur l’inflation. Les risques de crise systémique s’éloignent au lieu de se rapprocher.

  1. Il y en a un, je ne sais plus qui, qui a trouvé la solution: dans les circonstances actuelles, une récession ce n’est plus 2 trimestres de baisse du PIB mais 3. Et aucune raison de s’arrêter en si bon chemin, la politique aujourd’hui c’est « carpe je te baptise lapin »

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  2. La Fed fait ce qu’elle sait faire le mieux : gérer les anticipations du marché.

    Pour l’instant c’est du grand art. La Fed entretient le put à moindre coût : elle se redonne des marges de manœuvre en faisant mine de lutter contre l’inflation.

    On arrive quand même à la fin de la séquence et des contradictions vont devoir être résolues

    On est à 2.5 % sur les Fed Funds, le taux qui avait provoqué le mini krach de fin 2018 alors que le S&P valait 2800. Certes l’inflation était bien plus basse mais le 10 ans était autour de 3 % soit un niveau proche de ses niveaux actuels.

    On est aujourd’hui à 2.5 % sur les Feds funds et 2.79 % sur le 10 ans US de sorte que si les anticipations sont bonnes on pourrait se retrouver avec des Feds funds au dessus du 10 ans US dès la prochaine réunion de la Fed.

    Il sera difficile de maintenir le narratif de l’absence de récession ou de la petite récession avec une telle inversion de courbe des taux.

    Par ailleurs je me demande si le S&P a assez corrigé pour peser sur l’inflation. Il est à 4000 ce qui reste très élevé a fortiori si l’on intègre la hausse du dollar qui pèse sur les bénéfices des multinationales.

    Bref le marché a chaussé ses lunettes roses et pense que ces contradictions vont se régler par le pivot de la Fed.

    Encore faut-il que ce pivot soit rendu possible par la baisse d’une inflation qu’on a seulement fait semblant de combattre.

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  3. C’est la meme impression que j’ai sur les données économiques de la France:
    On produit de moins en moins,l’inflation ronge l’économie et les ménages.
    Et pourtant:le chomage baisse,les faillites restent l’exception,l’immobilier se maintient.
    SI CELA SE TROUVE,NOUS AVONS 6% DE CROISSANCE, ET LE GOUVERNEMENT OUBLIE DE COMMUNIQUER DESSUS!
    Il y a peu,les déficits d’EDF auraient crée un électrochoc,et appelé une rectification urgente.
    Aujourd’hui ,on se lamente et on blame la Russie de tous les maux.Et on continue en pire.
    Le prix de tous ces disfonctionements,c’est l’accroissement de la dette et les 9% d’inflation que nous payons tous les jours.Sans le voir.
    C’est aussi le disfonctionement des services publics comme la santé,l’éducation,la police ,la justice entre autres.
    Puis après le disfonctionement la suppression des services:en province il devient difficile de se soigner tout court!
    Il n’y a qu’a regarder dans quel état est PARIS pour se rendre compte a quel point notre pays s’est déclassé ces dernières années.
    Macron gère les apparences :jeux olympiques,tournée africaine stérile,défilé du 14 juillet.
    En dessous,les fondations sont déja pourries.

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