LE NEOLIBERALISME AUTORITAIRE ET TECHNOLOGIQUE D’ETAT ET DE BANQUE CENTRALE REUNIS.

Je vous offre ce texte de Chantal Mouffe. Il est de grande qualité et je le reconnais même si mes analyses divergent des siennes.

J’apprécie sa reconnaissance d’un néolibéralisme d’état qui s’impose par le jeu de mesures autoritaires non démocratiques.

C’est en particulier ce diagnostic que je fais de l’action de Macron et sa clique.

Mais la faiblesse de l’analyse en terme de néolibéralisme d’état est l’absence d’inclusion de la classe oligarchique dans le jeu!

La classe oligarchique est omniprésente non seulement dans le politique, politicien sociétal, mais surtout dans la gestion de la monnaie, du crédit et l’achat des votes par la dépense publique et le déficit. C’est elle qui impose ses solutions!

Nous ne sommes pas dans un néolibéralisme politique autoritaire, nous sommes dans un néolibéralisme autoritaire d’état et de banque centrale réunies. L’oligarchie contrôle les banques centrales et la gestion de la monnaie.

Par ailleurs la production de citoyens nouveaux par la culture, la propagande, la pseudo société ouverte de l’immigration et du Woke est singulièrement faible.

Je persiste à penser que les analyses qui partent de constats superficiels ne mènent à rien.

L’analyse doit partir du fondamental à savoir la crise de reproduction du capitalisme lequel a buté sur ses limites, sur son évolution nécessaire vers le capitalisme financier, puis vers le capitalisme du signe ou du désir dans lequel les classes dominantes imposent au peuple de vivre dans un imaginaire de soumission avec création d’un monde fictif, déconnecté du réel.

Un dernier mot; quand on vous parle de solution , demandez vous toujours « solution à quoi », « à quel problème » et « au profit de qui? »

L’analyse de Mouffe suggère la convergence du populisme de gauche avec celui de droite.

C’est une idée que je défends depuis plus d’une décennie car je considère que la division entre les deux est un effet de l’action culturelle du grand capital pour empêcher la formation d ‘un bloc efficace de contestation. C’est pour cela que je stigmatise régulièrement Mélenchon et que je le qualifier de fourrier du très grand capital.

MAIS LISEZ C’EST INTERESSANT ; MELENCHON PAR EXEMPLE EMPRUNTE BEAUCOUP A MOUFFE.

CHANTAL MOUFFE.

Je pense que ce que nous verrons au lendemain du COVID-19 est une confrontation sur les différentes stratégies de gestion de la crise économique, sociale et écologique que la pandémie a mise en évidence. 

Les néolibéraux essaieront sans aucun doute d’utiliser le pouvoir de l’État pour réaffirmer la prédominance du capital. Ce « néolibéralisme d’État » pourrait dans certains pays être conforté par des mesures autoritaires, confirmant la thèse de Wolfgang Streeck selon laquelle démocratie et capitalisme sont devenus incompatibles. 

L’autoritarisme néolibéral pourrait prendre une forme numérique comme dans le ‘ Screen New Deal‘ envisagé par Naomi Klein. Comme en témoigne le débat actuel sur une réponse technologique adaptée à la crise sanitaire, on a de plus en plus tendance à considérer que la solution consiste à se procurer des applications pour contrôler la santé de la population. La crise du coronavirus représente une belle opportunité pour les géants du numérique de s’imposer comme les acteurs d’une politique de santé entièrement informatisée. Leur ambition d’étendre leur contrôle à d’autres domaines pourrait être légitimée en promouvant activement le « solutionnisme technologique » à la mode analysé par Evgeny Morozov. 

Dans son livre Pour tout sauvegarder, cliquez ici Morozov nous met en garde contre les dangers de cette idéologie du solutionnisme promue par la Silicon Valley et selon laquelle tous les problèmes, même politiques, ont une solution technologique. Il souligne que les solutionnistes préconisent des mesures post-idéologiques et déploient la technologie pour éviter la politique.

La conviction que les plateformes numériques pourraient fournir une base à l’ordre politique correspond à l’affirmation des politiciens de la troisième voie selon laquelle les antagonismes politiques ont été surmontés et que la gauche et la droite sont des « catégories zombies ». 

Le solutionnisme est en fait une version technologique de la conception post-politique devenue dominante au cours des années 1990. Elle facilite l’acceptation de formes post-démocratiques de techno-autoritarisme qui restent à l’abri du contrôle démocratique. Une version néolibérale du techno-autoritarisme n’est peut-être pas encore l’état de surveillance techno-totalitaire que certains craignent, mais elle pourrait représenter le premier pas dans cette direction.

Une réponse différente vient des partis populistes de droite. Se réclamant de la voix du peuple, ils accusent les élites néolibérales d’être responsables de la crise en raison de leur politique de mondialisation et de leur abandon de la souveraineté nationale. 

Pour restaurer cette souveraineté, ils prônent une politique d’immunisation qui protégerait les nationaux en restreignant drastiquement la démocratie à certaines catégories et en imposant des barrières très strictes à l’immigration. Leur discours anti-establishment et leur rejet de la domination des sociétés transnationales sont bien accueillis dans plusieurs milieux et résonnent dans les secteurs populaires. Ils pourraient constituer une force de résistance contre le règne post-politique de l’autoritarisme high-tech,

Pour contrer ces deux formes d’autoritarisme et avoir une quelconque influence sur la direction que prendront nos sociétés après la pandémie, la gauche a besoin de plus que de bonnes politiques. Il devrait également comprendre comment le COVID-19 produit des réactions émotionnelles qui peuvent être exploitées pour favoriser des avancées antidémocratiques.

Karl Polanyi nous livre ici de précieux éclairages. 

Dans son livre The Great Transformation, analysant les conséquences dévastatrices des mouvements du libéralisme du XIXe siècle pour traiter la terre, le travail et l’argent comme des marchandises, Polanyi a mis en lumière comment une société mise en péril par la dislocation produite par les avancées de la marchandisation, a réagi dans les années 1930 avec un contre-mouvement défensif pour se protéger, réadapter l’économie aux besoins sociaux en réintégrant le marché dans les structures sociales. Il a également indiqué que les résistances à la dislocation produites par les avancées de la marchandisation ne sont pas vouées à prendre une forme démocratique. En effet, dans les années 30, ils ont conduit au New Deal de Roosevelt, mais aussi au fascisme ou au stalinisme.

L’idée de Polanyi d’un contre-mouvement a gagné en popularité ces dernières années pour expliquer la croissance mondiale des mouvements sociaux contemporains résistant au néolibéralisme. L’aspect de son argumentation que je voudrais souligner est l’importance qu’il accorde à l’élément d’autoprotection qu’il considère comme constituant le moteur du contre-mouvement. Son analyse montre que lorsque les sociétés connaissent de graves perturbations dans leurs modes d’existence, le besoin de protection devient la demande centrale et que les gens sont susceptibles de suivre ceux qui, selon eux, peuvent le mieux la fournir.

Si je fais cette référence à Polanyi, c’est parce que je pense qu’aujourd’hui nous nous trouvons dans une situation analogue. En effet, l’une des conséquences de la pandémie est d’avoir accru le besoin de protection. Ce besoin de protection explique pourquoi de nombreuses personnes sont aujourd’hui prêtes à accepter des formes de contrôle numériques auxquelles elles se sont opposées jusqu’à présent. Cela pourrait sans doute profiter aux populistes de droite s’ils sont capables de convaincre les gens que la protection passe par la promotion d’une vision de la souveraineté en termes de nationalisme exclusif.

Lutte pour la souveraineté

Face au danger des solutions autoritaires à la crise, il est impératif que la gauche réponde à cette demande de protection. Malheureusement, des secteurs importants de la gauche ont adopté la vision du monde post-politique néolibérale qui postule la fin du modèle politique contradictoire et conçoit le progrès moral comme la création d’un monde sans frontières où tout peut circuler librement et sans entrave. La défense du libre-échange constitue pour eux un article de foi et ils ont tendance à se méfier de la volonté de protection des classes populaires, vécue comme un rejet des valeurs cosmopolites qui leur sont chères.

Je soutiens que pour la gauche, abandonner des notions comme la souveraineté et le protectionnisme à la droite serait une grave erreur politique. Elle empêcherait l’élaboration d’un projet politique susceptible d’offrir une quelconque résonance avec les revendications des classes populaires. Il est donc urgent d’engager une bataille idéologique pour re-signifier la souveraineté et le protectionnisme, en les articulant avec les valeurs clés de la tradition démocratique, afin de désactiver leurs éventuelles connotations autoritaires. Cela ne doit pas être considéré comme une « complaisance » pour le populisme de droite, comme les populistes de gauche sont parfois accusés de le faire. C’est toujours à travers des batailles politiques que se construit le sens des notions politiques clés et la confrontation autour de leur signification est une dimension cruciale de la lutte hégémonique.

La crise actuelle exige une stratégie populiste de gauche capable de créer une force populaire collective qui puisse amener une nouvelle hégémonie afin de récupérer et d’approfondir la démocratie. Une stratégie populiste de gauche reconnaît que la politique est une activité partisane dans laquelle les affects jouent un rôle important. Dessinant une frontière politique entre « nous » et « eux », le « peuple » et « l’oligarchie », elle est capable de mobiliser la dimension affective qui se joue dans la construction des formes collectives d’identification. C’est quelque chose que le cadre théorique rationaliste qui informe trop souvent la politique de gauche est incapable de rendre compte. Les idées justes ne suffisent pas et, comme nous l’a rappelé Spinoza, les idées n’ont de force que lorsqu’elles rencontrent des affects. En politique, il ne suffit pas d’avoir un programme bien élaboré. Pour fidéliser et inciter les gens à agir,

Les deux principales passions en politique sont la peur et l’espoir et pour la gauche il est crucial de fédérer autour d’un projet politique qui ne soit pas porté par la peur mais par la perspective d’un monde différent où les principes démocratiques d’égalité et de souveraineté populaire seraient mis en œuvre . Une offensive contre-hégémonique populiste de gauche contre le néolibéralisme doit être lancée au nom d’une «transformation démocratique verte», reliant la défense de l’environnement aux multiples luttes démocratiques contre différentes formes d’inégalités. Ce qui est en jeu, c’est la construction d’une volonté collective, d’un « peuple » dans lequel de nombreuses luttes, non seulement de nature socio-économique mais aussi féministes, antiracistes, LGBTIQ+, trouveront une surface d’inscription.

« Transformation démocratique verte »

Certes, ces demandes sont très hétérogènes et nécessitent une forme d’articulation. Je crois que parler d’une « transformation démocratique verte » et envisager la transition écologique comme un processus d’approfondissement de la démocratie pourrait fournir ce principe d’articulation car c’est un projet autour duquel une diversité d’exigences démocratiques peut se cristalliser. C’est la force affective de l’imaginaire démocratique qui a guidé les luttes pour l’égalité et la liberté dans nos sociétés. Visualiser la nécessaire transition écologique sous la forme d’une Transformation Démocratique Verte pourrait activer l’imaginaire démocratique et générer des affects puissants chez de nombreux groupes, pointant fermement leur désir de protection dans une direction égalitaire.

Le but d’une transformation démocratique verte est la protection de la société et de ses conditions matérielles d’existence d’une manière qui responsabilise les gens au lieu de les faire reculer dans un nationalisme défensif ou dans une acceptation passive des solutions technologiques. C’est une protection pour le plus grand nombre, et non pour quelques-uns, assurant la justice sociale et favorisant la solidarité.

Le Green New Deal prôné par Alexandria Ocasio-Cortez et le mouvement Sunrise aux États-Unis est un bon exemple d’un tel projet car il lie la réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’objectif de résoudre des problèmes sociaux comme l’inégalité et l’injustice raciale. Il contient plusieurs propositions importantes qui, comme la garantie universelle par l’État de l’emploi salarié dans l’économie verte, sont cruciales pour assurer l’adhésion des secteurs populaires dont les emplois vont être touchés. En Grande-Bretagne, la révolution industrielle verte qui était une pièce maîtresse du programme du Parti travailliste sous Jeremy Corbyn a également affirmé que la justice sociale et économique ne peut être séparée de la justice environnementale. Il a promu des mesures pour une décarbonisation rapide de l’économie, conjointement avec des investissements dans des emplois durables, bien rémunérés et syndiqués.

Ceux qui prônent une stratégie populiste de gauche sont souvent accusés par les marxistes de nier l’existence de la lutte des classes : mais cela repose sur une idée fausse. Une stratégie populiste de gauche reconnaît que la société est traversée par des antagonismes, dont certains sont de nature socio-économique. On peut les appeler antagonismes « de classe », à condition que ce terme ne se limite pas à l’antagonisme entre le prolétariat et la bourgeoisie. Cependant à côté de ces antagonismes socio-économiques, il existe d’autres antagonismes, localisés dans des rapports sociaux différents, donnant lieu à des luttes contre d’autres formes de domination. C’est pourquoi en 1985 dans Hégémonie et stratégie socialiste nous avons plaidé pour la nécessité d’articuler les revendications de la classe ouvrière avec celles des mouvements sociaux, proposant de reformuler le socialisme comme la « radicalisation de la démocratie » entendue comme l’extension des idéaux démocratiques à un large éventail de rapports sociaux.

Aujourd’hui avec la crise écologique un tel projet de radicalisation de la démocratie a acquis une nouvelle dimension. Au XXe siècle, ce qui était au cœur du projet socialiste était la question des inégalités, et la lutte pour la justice sociale était conçue en termes d’égale répartition des fruits de la croissance. Les luttes des nouveaux mouvements sociaux ont ajouté de nouveaux angles à la question de la justice sociale, mais leur objectif était l’autonomie et la liberté et, à l’exception de certains mouvements écologistes, ils n’ont pas fondamentalement ciblé la nature de la croissance.

Au cours des deux dernières décennies, nous sommes entrés dans une nouvelle phase avec l’urgence climatique, dans laquelle la lutte pour la justice sociale nécessite de remettre en question le modèle productiviste et extractiviste. La croissance a cessé d’être considérée comme une source de protection pour devenir un danger pour les conditions matérielles d’existence de la société. Il n’est plus possible d’envisager un processus de radicalisation de la démocratie qui n’inclue pas la fin d’un modèle de croissance qui met en danger l’existence de la société et dont les effets destructeurs sont particulièrement ressentis par les groupes les plus vulnérables.

D’où l’importance d’une stratégie populiste de gauche cherchant à articuler les multiples luttes contre l’oppression et la domination autour d’une Transformation Démocratique Verte en vue d’obtenir une rupture démocratique avec l’ordre néolibéral. C’est ainsi que se déroule aujourd’hui la « lutte des classes ».

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