Editorial. Jackson Hole: suivons-les puisque nos sommes leur maîtres.

La Fed est désarmée face à l’évolution des réalités.

On le sait depuis 2008, elle n’a jamais réussi à remettre l’économie américaine sur les rails. Elle a inflaté et déflaté les perceptions selon les besoins et fait prendre des vessies de plus en plus gonflées pour les célèbres lanternes.

Le Réel c’est ce qui est caché par l’Imaginaire.

Elle a réussi à faire naviguer le Titanic au travers les icebergs mais cette fois elle bute sur un obstacle de taille: l’inflation des prix des biens et des services. Réaménager les sièges des riches sur le pont du Titanic ne suffira certainement pas.

Le pilotage dans l’Imaginaire a été assez aisé tant que les forces déflationnistes étaient dominantes; en effet la Fed a pu faire joujou avec la monnaie et les taux autant qu’elle l’a voulu. Elle a réussi à enrichir les uns tout en paupérisant les autres, préservant, comme l’on dit l’effet de patrimoine, c’est dire la richesse.

L’irruption du Réel dans l’Imaginaire financier est intervenue avec le surgissement de l’inflation des prix des biens et services. La Sphère réelle de l’économie s’est rappelée au bon souvenir des apprentis sorciers sous la forme de pénuries et de dislocations. La rareté est réapparue alors que le monde était « pricé » pour l’infinitude et la perfection. . Le risque a montré son horrible tête. Cette inflation s’est dressée comme la statue du Commandeur face à Don Juan et a déclaré « STOP ». Les démiurges aimeraient que ce « stop » ne soit qu’une pause. On ne peut changer de régime monétaire sans chaos intermédiaire.

Sous la pression des forces politique, les régulateurs ont du, comme l’on dit, resserrer « les conditions financières ».

Dans un monde dérégulé, avec le crédit mis en Bourse et soumis aux animal spirits, resserrer les conditions financières cela signifie faire chuter la Bourse, faire baisser le prix des actifs financiers, obliger la Communauté Spéculative mondiale à stopper ses endettements voire à les réduire. Resserrer les conditions financières, c’est contracter la liquidité globale puisque la liquidité dans le système moderne post-1980 est produite par les marchés.

NOTE BB: la meilleure définition de la liquidité est celle ci: c’est croire que l’on va vendre plus cher ce que l’on a acheté. La liquidité existe à l’aller des baisses de taux, elle disparait au retour des hausses de taux.

Resserrer les conditions financières dans un monde dérégulé ce n’est rien d ‘autre que faire chuter les indices boursiers, monter/dilater les primes de risques et obliger au désendettement.

Sans aucun doute, les conditions financières se sont considérablement resserrées. Utilisons le 14 juillet pour un instantané : le S&P500 a terminé la session avec une perte de 20 % depuis le début de l’année. Le Nasdaq100 a baissé de 28%, tandis que les Banques (BKX) ont terminé la séance avec une perte de 25%. Les CDS à haut rendement se sont échangés jusqu’à 560 points de base, après avoir commencé l’année à 293 points de base. Le marché des obligations de pacotille a passé des semaines sans nouvelle émission. Les marchés des matières premières ont subi une forte pression, l’indice Bloomberg Commodities a chuté de 20 % par rapport aux sommets de début juin.

Mais pour jouer avec le diable, il faut une longue, une très longue cuiller et Powell et ses acolytes n’ont qu’une petite cuiller à café; ils se sont fait griller, manger tout cru!

La baisse s’est approchée des seuils fatidiques de liquidation des portefeuilles de long terme, -les fameux 20% magiques- et notre équipe d’illusionnistes a « canné ». Mauvais joueurs de poker ils ont quitté la table et rendu les jetons: ils ont multiplié les déclarations d’allégeance au diable. Ils ont suggéré le pivot. Le fameux pivot, le pivot c’est le genou à terre. Ils ont laissé entrevoir la fin de resserrement car miraculeusement on se serait rapproché du mystérieux taux neutre. On aurait touché le Graal, on aurait réussi en quelques semaines l’oeuvre au noir des Alchimistes

Et puis ce fut le « Everything Squeeze« : les marchés qui avaient basculé dans le « short » des ventes à découvert, ont basculé dans l’autre sens. Ce fut la panique. La fièvre acheteuse. Ou plutôt racheteuse. Les idiots qui s’étaient tous portés du même coté du bateau, se sont avec un bel ensemble reportés de l’autre coté!

Depuis les plus bas de juillet, le S&P500 a rebondi jusqu’à 19%. Le Nasdaq100 a récupéré 24% et les actions des Banques ont rebondi de 20%. L’indice Goldman Sachs Short Index a bondi de 43% par rapport aux plus bas. 

Les CDS à haut rendement se sont effondrés de 180 à 405 points de base. Et après s’être négociés à 3,48 % le 14 juin, les rendements des bons du Trésor à 10 ans étaient tombés à 2,58 % au 1er août.

Ces marchés en reprise ont ensuite bénéficié de la confirmation du retour du sentiment haussier à partir de données économiques positives. Il y eu le rapport sur l’emploi « booming » de juin, l’indice ISM des services, les commandes d’usine, les biens durables, le crédit à la consommation et, bien sûr, les données de l’indice des prix CPI de juillet. Tout s’est aligné , mis en place. Le sentiment ​​qui était passé à l’extrême baissier à mi juillet est rapidement revenu à la hausse avec un retour de la spéculation sur la pourriture et les fameux « mêmes »..

La réunion de la Réserve fédérale à Jackson Hole pourrait secouer les marchés dans la semaine à venir.

Tel est le titre de CNBC.

Cette affirmation sentencieuse me rappelle la boutade du grand économiste Charles Rist; interrogé sur l’évolution future des taux d’intérêt il a répondu , doctement, « ils vont varier »!

CNBC n’a aucune idée, mais comme il faut avoir l’air initié, il faut une affirmation forte: « secouer les marchés »! On ne sait pas ce qui va être dit , ou ce qui va se passer mais c’est comme la météo, on sait que cela va varier.

La Grand Messe va être dite et elle est importante quelle que soit son contenu car l’important c’est le spectacle, la publicité univoque, unilatérale qui consacre le pouvoir des démiurges. Il faut que leur parole soit attendue, soit d’évangile, soit monopolistique, soit sans réplique et c’est à cela que servent les mises en scène soit mensuelles, soi annuelles. Il faut organiser et donner à voir l’Autorité.

« Le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, s’adressera à la conférence annuelle des banques centrales mondiales à Jackson Hole, Wyoming, le 26 août, un discours très attendu qui pourrait indiquer à quel point les coûts d’emprunt américains peuvent monter et combien de temps ils auront besoin de rester élevés pour faire baisser l’inflation galopante. »

Notez au passage la propagande insidieuse, le formatage des esprits : les taux d’emprunts américains, inferieurs à 3% avec une inflation à 8-10%… sont élevés!

Ah les braves gens!

Et puis voici la dramatisation, le roulement de tambour, oyez braves gens! Prosternez vous!

Powell, dans ce qui sera sa cinquième année de prise de parole lors de l’événement, parlera des perspectives économiques à 10h00 HAE (14h00 GMT), a annoncé jeudi la banque centrale américaine.

« Le sort du marché des valeurs du Trésor américain de 23 Trillions de dollars dépend des nuances des remarques du président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, lorsqu’il s’exprimera la semaine prochaine lors du symposium annuel de la banque centrale à Jackson Hole ». 

« Les paris sur l’aplatissement des courbes de rendement ont été gagnants pendant la majeure partie de l’année écoulée, les taux des titres à plus longue échéance baissant par rapport aux indices de référence à plus court terme, et dans de nombreux cas même assez profondément en dessous. Ces mouvements sont intervenus alors que les traders anticipaient et capitalisaient sur la séquence de hausses de taux de plus en plus importantes de la Fed visant à lutter contre une inflation élevée et persistante. Le rendement du Trésor à deux ans a terminé cette semaine à environ 3,26 % »

Ce sont en quelque sorte les affaires comme d’habitude. C’est à dire la comédie habituelle digne du père UBU.

Le « Risk off » avait atteint un élan puissant à l’échelle mondiale en juillet. La dynamique de réduction des risques et de désendettement alimentait de plus en plus l’illiquidité, la contagion et l’instabilité sur les marchés mondiaux dominait . Des bulles éclataient. Les ventes liées aux produits dérivés commençaient à être désordonnées. En bref, les marchés mondiaux étaient au bord d’une énième grave dislocation – d’un colmatage de la plomberie . Et, comme ils l’ont fait régulièrement au fil des ans, les régulateurs sont allés a Canossa devant le dieu-marché ils ont prononcé les paroles de soumission et tout est renté dans l’ordre.

Cette dynamique vous est, bien sur, familière : je la commente depuis des décennies sans jamais avoir été pris en défaut: lorsque l’instabilité devient suffisamment grave, les initiés anticipent instinctivement les réponses politiques accommodantes des banques centrales et tondent le public et ses caisses de retraites.

Les initiés n’ont pas été déçus. Qu’on en juge:

 La BCE :« Douter de notre engagement serait une grave erreur », elle a eu raison avec son nouvel outil «anti-fragmentation ». 

La Banque du Japon a fait sa part, assurant aux marchés mondiaux que la BOJ était tout sauf en train d’envisager de renoncer à une politique monétaire ultra-accommodante ou à son plafond de courbe de rendement. 

À Pékin, c’est un véritable catalogue de mesures de relance qui a été annoncé . 

A New York les responsables de la Fed ont fourni suffisamment de messages biaisés pour qu’il soit raisonnable de les ‘interpréter comme précurseurs au fameux pivot accommodant. 

Après tout, Powell ne commande rien, il est serf, tenu en laisse par les fameuses « conditions financières »; depuis Greenspan, on sait que l’on ne peut plus jamais contrarier les marchés trop longtemps et depuis 2008 on sait que les vaisseaux ont été brulé, on ne peut plus revenir en arrière..

On ne joue plus qu’à la marge. Ainsi, alors que quelques jours plus tard la spéculation haussière indésirable est revenue en force il faut essayer de tempérer; les déclarations pitoyables, voire indignes sont de retour! Suivons les puisque nous sommes leurs maitres:

18 août – Reuters :

« Le récent assouplissement des conditions financières aux États-Unis, y compris une flambée des cours des actions, peut avoir été basé sur un sentiment trop optimiste que l’inflation atteignait un pic et que le rythme des augmentations des taux d’intérêt était susceptible de ralentir, La présidente de la Réserve fédérale de Kansas City, Esther George, a déclaré… George a déclaré que le rythme et le niveau ultime des futures hausses de taux restaient un sujet de débat. « Pour savoir où se trouve ce point d’arrêt … nous allons devoir être complètement convaincus que le chiffre d’inflation diminue », a-t-elle déclaré.

Conclusion , il faut a nouveau pagayer ou pagailler dans le sens du resserrement ! Le « short squeeze » est terminé.

EN PRIME: La tonte des moutons.

Seb

il y a 18 heures

Editorial. Un texte fondamental pour toute personne qui investit. Ne croyez jamais qu’il y a des limites à la stupidité.

Il n’y a pas de limite à la stupidité, ni au cynisme.

Car si beaucoup d’intervenants en bourse achètent sans vraiment savoir ce qu’ils achètent d’autres, dont la Fed, savent pertinemment que les marchés sont en bulle permanente et que les rendements attendus ne pourront être honorés.

On a vu avec les actions mêmes que les plus grosses bulles pouvaient être initiées par la stupidité mais que leur paroxysme était la conséquence de phénomènes purement techniques de squeeze.

Dans l’histoire des actions « même » ; les vendeurs à découvert, autrement dit ceux qui avaient étudié les dossiers et avaient raison ont été contraints de couper leurs positions en panique à des niveaux délirants.

Or le squeeze est un phénomène régulièrement utilisé par « le système » pour remonter les indices.

Tous les grands indices sont le sous-jacent d’un contrat à terme dont le levier tourne autour de 10.

Certains pensent que ces dérivés vivent à côté du sous-jacent. C’est peut-être vrai sur les dérivés de matières premières puisque la spéculation risque de devoir intervenir sur le physique si l’opération tourne mal mais c’est faux en ce qui concerne les dérivés purement financiers et notamment les dérivés d’indice. Ceux-ci sont arbitrés à la milliseconde et en permanence.

Il est donc très facile pour les relais de la Fed d’agir sur ordre et d’organiser de manière concertée des squeeze en arrachant le marché dérivé et en obligeant les vendeurs à les suivre.

Vous aurez remarqué qu’on interdit les ventes à découvert sur certaines actions de manière régulière durant les crises (ce qui signifie que seuls les détenteurs de l’action peuvent la vendre) mais curieusement jamais sur les dérivés d’indice… Il ne faut pas casser le ressort dont on peut avoir besoin pour remonter le marché.

Ces squeezes sont ainsi une énergie renouvelable équivalente à l’air chaud mobilisable pour faire remonter une Montgolfière.

La Fed et le marché font système de manière organique l’un palliant les carences ponctuelles de l’autre (une fois n’est pas coutume c’est récemment le marché qui a sauvé la Fed alors que celle-ci était totalement à la rue dans son analyse de l’inflation).

Mais ils font aussi système au sens mafieux grâce à cette organisation permettant les squeeze. C’est un système qui exerce une forme de terrorisme permanent sur la « mauvaise » spéculation, autrement dit les vendeurs à découvert.

On peut estimer que 100 % de ceux qui ont grillé un feu rouge ont eu raison trop tôt. Sur le marché c’est la Fed qui décide quand le feu passe au vert et certains ont l’info avant d’autres…

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Une réflexion sur “Editorial. Jackson Hole: suivons-les puisque nos sommes leur maîtres.

  1. D’après un article de Zero Hedge,l’inflation actuelle viendrait de la déglobalisation de l’économie mondiale.
    En mettant des barrières,en se repliant sur soi ,on crée les pénuries et disfonctionements actuels.
    Si c’est le cas on va droit a l’hyperinflation couplée a des récessions(masquées).
    La fin du système financier actuel arriverait alors plus vite que prévu.
    Entre temps on assisterait a de nouvelles hausses de taux qui pourraient faire imploser les économies et autres marchés immobiliers.

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