Editorial: la détermination de Powell ne peut être que transitoire.

Le discours de Powell à Jackson Hole était court et c’était voulu afin de lui donner plus de puissance. 

https://brunobertez.com/2022/08/26/voici-le-discours-de-powell-a-jackson-hole/

Aucun élément académique susceptible de brouiller son message ou d’être mal interprété. Ce n’était pas un discours de théoricien- ce qu’il n’est pas- ou un discours pour ses pairs. Certes il a continué de sacrifier au langage convenu du Fed-speak, mais le recours a été minimum avec la retenue qui l’a empêchée de prononcer le mot « récession » et l’a remplacé par le mot « pain ». Il a jugé trop pénible narcissiquement de se dédire et de reconnaitre qu’il s’était une fois de plus trompé avec son fameux atterrissage en douceur qui devait succéder à l’imbécilité du « transitoire ».

De même il ne pouvait s’aventurer sur la théorie ou l’idéologie car cela l’aurait conduit à se renier sur les taux neutres -et soi disant à 2 ou 2,5%- qu’il faut maintenant jeter aux orties. Rester sur ce terrain, accepter la continuité du discours l’aurait placé en très mauvaise position maintenant que l’on va vers les 4%.

Donc Powell a choisi la rupture rhétorique. Dans le discours, il a choisi la simplicité parce que c’est cette simplicité qui lui facilitait la tache et lui permettait d’esquiver les critiques.

La présentation de Powell était également particulièrement courte sur la doctrine. Aucune mention du « double mandat » ‘% de la Fed – pas une seule mention de « l’emploi maximum ». Le fait de ne pas aborder cette question donne de la force aux affirmations/démonstrations de détermination.

Powell : « L’objectif primordial du Federal Open Market Committee (FOMC) à l’heure actuelle est de ramener l’inflation à notre objectif de 2 %. La stabilité des prix relève de la responsabilité de la Réserve fédérale et constitue le fondement de notre économie. Sans stabilité des prix, l’économie ne fonctionne pour personne.

C’est clair, c’est net , c’est sans appel et cela ne risque pas d’être mal interprété: pas de nuance ou de subtilité. Powell a compris qu’à force de « dribbler » et de louvoyer la Fed perdait son efficacité. Les marchés sont à l’affut de toute nuance donc ici, pas de nuance.

« Le rétablissement de la stabilité des prix prendra du temps et nécessite d’utiliser avec force nos outils pour mieux équilibrer l’offre et la demande. La réduction de l’inflation nécessitera probablement une période prolongée de croissance inférieure à la tendance. 

Le jeu sur le temps en tant que Maitre des Horloges est l’un des outils de la Fed; en jouant, sur le temps, sur le calendrier ou la durée la Fed a des pouvoirs supérieurs aux autres agents économiques. Elle peut piloter, allonger ou raccourcir les anticipations. Ici Powell abat un atout, il joue la carte de la dramatisation : « une période prolongée » sera nécessaire annonce-t-il.

Bien que des taux d’intérêt plus élevés, une croissance plus lente et des conditions plus souples sur le marché du travail réduiront l’inflation, ils causeront également des difficultés aux ménages et aux entreprises. Ce sont les coûts malheureux de la réduction de l’inflation. Mais un échec à rétablir la stabilité des prix signifierait une douleur bien plus grande. «

Vous noterez que dans la panoplie et l’arsenal pour réduire l’inflation , Powell omet délibérément l’action budgétaire; cela nuit à la crédibilité de sa fonction. Lutte-t-on contre l’inflation en décidant une colossale remise de dette étudiante?

Les marchés s’attendaient à un Powell belliciste.

Pourtant, ils se sont trouvé mal à l’aise avec un président de la Fed faisant preuve d’une détermination aussi intransigeante en matière d’inflation. Powell, traitant de la douleur inévitable pour les ménages et les entreprises, a omis toute référence à une priorité du marché : l’évitement de la douleur pour les financiers. Les marchés ont chuté; cela ne prouve qu’une chose : leur incapacité à réfléchir et à anticiper correctement. Ils n’ont pas retenu les leçons sur la nécessité de contracter les conditions financières et de faire souffrir la bourse.

Dès lors qu’on ne leur tient pas la main ils sont surpris , orphelins.

Un mois seulement après avoir mal jugé un « pivot accommodant », Wall Street affronte un pivot inverse de la Réserve fédérale qui annonce retirer les gants pour combattre sans retenue l’inflation.

Certains observateurs sautent le pas et sont  convaincus que nous sommes à un point d’inflexion capital dans la gestion de la politique monétaire. Dans les majestueux salons de Jackson Hole, Powell aurait résolument enfilé les bottes de Paul Volcker.

Le mythe de l’homme providentiel habite nos systèmes; ce mythe est nécessaire, on ne peut s’en passer. Le monde moderne repose sur lui, sur le mythe de toute puissance, sur l’image et il faut bien que quelqu’un l’incarne.

Volcker ne pourrait rien dans les circonstances présentes, le capitalisme financier n’était pas encore envahissant, à son époque, le cancer n’avait pas métastasé le monde global , la masse de dettes et de promesses financières adossées à des taux bas voire nuls et à des espoirs de croissance infinie était négligeable du temps de Volcker. Le système Bretton Woods II n’en était qu’ à ses débuts, le grand cycle du crédit n’avait pas atteint sa maturité.

Ceux qui pensent ainsi, ceux qui subjectivisent l’histoire sont ceux qui considèrent que ce sont les hommes qui font l’histoire; il ne tiendrait qu’à Powell de choisir; il aurait le choix et donc nous serions dans la subjectivité, dans la volonté. Hélas non l’histoire est matérialiste et dialectique, les causes et les effets s’enchainent tragiquement; l’histoire c’est un engrenage dans lequel les hommes sont broyés alors qu’ils croient la maitriser; témoin la folie actuelle de la guerre d ‘Ukraine.

Ma conception est inverse, ce sont les situations, les conditions du système qui imposent et les hommes ne font qu’habiller les obligations, les nécessités du système. Les hommes sont toujours des tenants lieux, des grands prêtres d’un destin et de nécessités qui les dépassent. C’est pour cela qu’ils mentent, se donnent en spectacle, se parent d’autorité, se mettent en scène, recourent à la rhétorique et aux romans; ils ont besoin de créer l’imaginaire qui convient à la reproduction de l’ordre social qu’ils incarnent et défendent.

Le monde est objectif, il est produit par des causes qui précèdent les effets, les effets de style et de manches et les discours ne font que masquer cette réalité; les hommes ne commandent pas;

L’inflationnisme a été imposé, s’est imposé comme moyen de prolonger le système capitaliste qui butait sur ses limites endogènes; le système s’est financiarisé. Il a produit des dettes, des promesses, des assurances, un marché financier gigantesque véritable ogre, véritable Ugolin qui dévore tout s’est mis en place. Ce marché financier est à la base d’une pyramide systémique démesurée et fragile et instable. Cette pyramide a besoin que l’on maintienne l’édifice debout coûte que coûte , elle a besoin de la surévaluation des actifs, de taux d’intérêt réels bas et de production de crédit de moins en moins solvables et in fine de liquidités en continu. Toujours, pour cimenter la pyramide et l’empêcher de se fracasser, il faut injecter le ciment des liquidités.

Bien entendu on peut marquer des pauses, on peut tolérer des accidents à la marge, tant qu’ils ne touchent pas le Centre, surtout pas le Coeur qui pompe les liquidités dans le système; mais les pauses ne peuvent être que transitoires pour reprendre le mot cher à Powell.

La détermination de Powell ne peut être que transitoire.

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2 réflexions sur “Editorial: la détermination de Powell ne peut être que transitoire.

  1. Ceux qui pensent que les choses ont changé ne comprendront jamais rien.

    Le discours de Powell est un discours de court terme.

    La Fed veut que les marchés baissent mais on sait qu’elle ne veut pas qu’ils baissent beaucoup car ça ne serait pas supportable.

    Le niveau de la « pain » c’est sous 3800 pour le S&P et à ce niveau ce n’est pas le travailleur américain qui a mal mais le système qui entre en phase dangereuse.

    Powell n’a fait que semer les germes de son futur pivot.

    Il peut se le permettre puisque la séquence récente a démontré que la Fed pouvait se tromper et se re-tromper sans jamais perdre sa crédibilité, celle-ci étant vitale au système et lui étant accordée, dans le cadre d’un jeu de dupes, par un marché qui est tout aussi Fed dependant que la Fed est market dépendant.

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  2. Ce qui me frappe le plus dans le discours de Powell : « Nous prenons des mesures énergiques et rapides pour modérer la demande afin qu’elle s’aligne mieux sur l’offre et pour maintenir les anticipations d’inflation ancrées. »
    Modérer la demande… Donc, comme ce fut déjà le cas avec l’opération précédente « co vide », nouveaux confinements (sous une forme ou une autre), restrictions d’activités, des déplacements, Pass… mais cette fois sous prétexte des pénuries/restrictions énergétiques (« la fin de l’abondance » de Macron le messager, message repris avec enthousiasme par mon 1er ministre belge « baby davos » pour ne donner qu’un exemple parmi plein d’autres). Avec en fond d’écran la guerre en Ukraine (mondiale nous annonce LCI) et en lignes d’horizon la transition énergétique, le grand reset, la dépopulation (ou le RU QR-Codé pour les plus sages ?) mais là je m’emballe car encore faudrait-il qu’ils arrivent d’abord à sauver leur système financier – sinon c’est là que la carte guerre mondiale pour de vrai se tient prête ?

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