Editorial: la Grande Bretagne ce n’est pas un cygne noir, ce n’est pas un accident c’est une émergence, l’émergence d’un iceberg sur la route du Titanic Occidental.

Considérée dans une perspective historique, la guerre en cours concrétise le choc de deux mondes radicalement opposés.

D’un coté le monde occidental, fondé sur les signes, la priorité de l’imaginaire, du désir et de tout ce qui va avec. C’est le monde des ombres projetées, des lévitations, des représentations libérées du réel, des perceptions et des émotions. Ce monde ne connait pas la discipline de l’adaptation au monde. L’image de bulle est la meilleure représentation du monde occidental. Cette image utilisée comme symbolisant la finance a valeur générale.

De l’autre le monde réel, celui de la rareté, du besoin, de la pesanteur, de la finitude , du sang, de l’effort , de l’ancrage des représentations. C’est le monde des corps, de l’or, du travail, de la mort.

Je n’insiste pas car vous m’avez compris vous avez l’habitude de me lire.

Le monde occidental crée sa propre réalité, c’est sa caractéristique majeure et le pire c’est qu’il y croit. Il est aliéné dans cette construction imaginaire. Ce monde c’est celui de l’argent libéré de la production, l’argent tombé du ciel, de la finance bullaire, le monde en un mot de la financiarisation généralisée. Car la financiarisation cela dépasse le strict domaine de la finance. C’est un syndrome envahissant , une structure de pensée qui envahit tout et s’enfouit.

Le monde d’en face c’est celui du ringard, du pesant, du limité, du rare, du mortel, du conservateur à l’ancienne. C’est ce monde qui produit les matières de base – l’occident a épuisé les siennes- et qui de plus en plus produit les biens et services car le monde occidental a délocalisé l’effort.

Le monde occidental exporte de la finance, des titres et des dettes, le monde ancien ringard exporte du travail, des ressources et des matières premières.

Le monde occidental, celui de l’imaginaire et de l’imaginé est persuadé de détenir la vérité; il veut l’imposer. C’est à cela que sert le mythe du progrès, à faire croire que nos valeurs sont sont supérieures à celles des anciens.

Pourquoi parce c’est la nécessité, c’est la logique: pour survivre notre système a besoin de s’étendre, de conquérir, d’élargir son champ d’exploitation. Il a besoin de mettre au pas et de dominer pour maintenir son niveau avec le minimum d ‘effort. Il a besoin de se solvabiliser par le travail des autres.

Bref ce monde a tendance structurelle, endémique à l’impérialisme c’est à dire dans le vocabulaire moderne à l’unilatéralisme.

La financiarisation en tant qu’échange de signes contre du réel, ne peut durer que si et seulement si elle progresse sans cesse, sans limite car elle est fondée sur la dette , sur la promesse, sur l’anticipation de l’extension.

Le monde ringard, réel, terre à terre lui, prend une importance économique accrue grâce à la Chine, grâce aux délocalisations, grâce à ses ressources en matières premières, grâce à sa capacité d’épargne ; il sait qu’il est exploité et donc résiste à l’unilatéralisme. Sa prise de conscience est de plus en plus nette. Ce monde finit par prendre conscience de lui même , de sa place et de sa situation. Et de ses solidarités. C’est ce monde là par exemple que la Russie essaie de séduire et de se faire un allié.

Le choc est inévitable entre ceux qui ont titre et ceux qui ont droit, entre ceux qui profitent et ceux qui travaillent. Car in fine c’est la rareté qui s’impose : dans un monde fini , le jeu est à somme nulle.

Le choc est présentifié par la rivalité stratégique entre les USA et le Chine, chacun entrainant derrière lui sa cohorte de satellites ou de prétendant satellites..

L’affrontement est inéluctable, il n’y a pas de place pour deux crocodiles dans le même marigot.

Ce sera une lutte à mort pour la domination.

Nous en sommes aux prémices, aux préparatifs, on balise, on prépare le champ de bataille et les armes. Et les esprits bien sur.

Le monde de la financiarisation, du soft power ou de l’unilatéralisme a touché ses limites internes, endogènes en 2008, puis en 2020 et maintenant en 2022 avec la défaillance du leader mondial de la finance, la Grand Bretagne.

L’effondrement de la Livre Sterling et des Gilts est un symbole. Il faut le prendre comme tel, c’est la fin d’un mythe, la fin d’une croyance! La reine est morte, Liz Truss est nue. Les remèdes à l’effondrement sont pire que le mal lui même, car ils augmentent les contradictions futures!

L’épisode du début de semaine a révélé ce qui est caché et non-su à savoir que le système ne peut résister que par la fuite en avant, il ne peut résister que par la poursuite de la création monétaire et la monétisation des dettes . Il ne peut supporter un arrêt de la création monétaire. La politique de la Banque centrale est finance-dependante. Le système ne peut résister à une hausse des taux d’intérêt et à une remise en question de la valeur des promesses que constituent les actifs financiers.

La Grande Bretagne ce n’est pas un cygne noir, ce n’est pas un accident, c’est une émergence, l’émergence d’un iceberg sur la toute du Titanic occidental. L’émergence du Vrai et de sa prédominance sur l’Imaginaire.

Publicité

2 réflexions sur “Editorial: la Grande Bretagne ce n’est pas un cygne noir, ce n’est pas un accident c’est une émergence, l’émergence d’un iceberg sur la route du Titanic Occidental.

  1. Oui c’est un signe de plus que les craquements se rapprochent du centre.

    On avait perçu depuis plusieurs mois que la GB pouvait être le maillon faible mais c’était dur à croire fermement pour qui connait bien les marchés.

    On dit qu’il ne faut pas combattre les BC mais cela fait maintenant longtemps que les BC combattent le réel.

    De la même façon qu’il était dur de croire que la GB serait attaquée par la finance, on est peut être trop habitué à ce que les BC relancent. Même en étant critiques nous finissons par toujours croire que les démiurges ont encore la main.

    Le cas britannique nous signifie que le jour où ça ne sera plus le cas approche à grands pas.

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s