Les pénuries ne sont pas un effet indésirable de l’impérialisme néolibéral mais une de ses composantes endogènes nécessaires .

Voici un excellent papier de notre ami Guy qui prend encore le temps d’écrire élégamment.

Ma chère lectrice, mon cher lecteur,

Je prétends que les pénuries ne sont pas un effet indésirable de l’impérialisme néolibéral mais une de ses constructions.

Nous construisons des pénuries et fabriquons de la pauvreté car elles sont nécessaires à la préservation du système, en particulier son cœur financier.

Pauvreté et pénuries sont aussi nécessaires aujourd’hui qu’étaient abondance et prospérité après la Seconde Guerre mondiale…

Il n’y a pas de fatalité externe, il y a nécessité interne : Appliquez donc cette observation aux relations internationales actuelles. C’est un exercice stimulant.

Ils ont détruit notre communauté de destin mais ne s’en affranchiront pas pour autant

Nous construisons nos pénuries, nous fabriquons notre pauvreté : Je ne connais personne qui poursuive cet agenda funeste ou qui ne soit révolté par une telle perspective et il se pourrait même qu’il ne s’en trouve aucun ;

Je dis NOUS à dessein : C’est le destin que nous partageons.

Vignette citation Segui

« Il est des moments où ce qui est en cause est tellement important que tout doit s’effacer […] L’enjeu n’est rien de moins que notre communauté de destin. »

Philippe Séguin nous prévenait déjà voici 30 ans que l’Europe de Maastricht allait saccager notre « communauté de destin ».

Oh, elle l’aurait bien saccagé un quart de siècle plus tôt et Séguin n’était pas tant devin qu’observateur.

Avant lui, le Général de Gaulle aussi avait prévenu, en 1962, que l’Europe supranationale ne serait pas l’Europe mais « tout autre chose » :

« Il est vrai que dans cette Europe intégrée, comme on dit, eh bien, il n’y aurait peut-être pas de politique du tout. Ça simplifierait beaucoup les choses.

Et dès lors qu’il n’y aurait pas de France, pas d’Europe, qu’il n’y aurait qu’une politique, et faute qu’on puisse en imposer une à chacun des six Etats, on s’abstiendrait d’en faire. Mais alors, peut-être, tout ce monde se mettrait à la suite de quelqu’un du dehors, et qui, lui, en aurait une.

Il y aurait peut-être un fédérateur, mais il ne serait pas européen, et ça ne serait pas l’Europe intégrée. Ce serait tout autre chose de beaucoup plus large et de beaucoup plus étendu avec, je le répète, un fédérateur. »

Tout cela vient de loin.

Mais saccager la construction lente et puissante qu’est le Peuple français, construction qui permet justement de dépasser les contraintes systémiques, ne permet pas de s’affranchir de son destin et nos élites bourgeoises vont finir par se rendre compte qu’à défaut d’épouser le destin commun elles le subiront malgré elles.

Fabriquer de la pauvreté au beau milieu de l’opulence n’est pas anodin. Il ne faudra pas s’étonner que cela se finisse dans le sang.

Qui sont les dangereux irresponsables qui ont permis ces pénuries de carburant ?

Les pénuries de carburants actuelles sont une illustration remarquable de la fabrication d’une pénurie qui vient s’ajouter aux sanctions masochistes que nous avons accumulées contre la Russie qui, non contente d’augmenter ses revenus énergétiques, a même sécurisé un partenariat stratégique avec la Chine pour les 30 prochaines années au 1/4 du prix auquel nous nous fournissons en GNL américain.

Si guerre et politique viennent brouiller l’analyse sur le gaz russe, la situation est en revanche claire sur le carburant et les grèves chez Total : Elles ne devraient pas être et d’autant moins qu’il y a désormais risque de contagion.

  • Les revendications des grévistes s’élèvent à plus ou moins 40 millions d’euros soit 0,25 % des 16 milliards de résultat de Total l’année dernière. Mais la direction refuse rageusement de s’amputer d’un tel magot.
  • Les grévistes quant à eux n’ont pas honte de parler au nom des millions de personnes qu’ils prennent en otage et qu’ils plongent un peu plus sûrement dans l’angoisse et le besoin quelques mois après avoir appelé à voter Macron. Nous ne sommes plus en 1995.
  • Fort heureusement le gouvernement agit vigoureusement et montre l’exemple en portant des cols roulés quand il fait 20° dehors, ignore les négociations, traîne pour lancer les réquisitions.

Les tensions sur le gaz et l’électricité n’étaient pas assez fortes, l’hiver s’annonce peut-être trop doux et le conflit ukrainien encore plus…

Aucune personne normalement constituée n’aurait laissé s’installer une telle grève dans le climat actuel.

Nous pouvons déjà en déduire que le gouvernement ne cherche pas la paix qu’il pouvait préserver mais la soumission dont il a besoin.

Non pas la paix ; La soumission

Nous pourrions penser alors à une stratégie poutinienne : Si la confrontation est inévitable, attaque le premier.

Certes, il vaut bien mieux engager les hostilités avec la maîtrise du calendrier et une sortie préparée mais force est d’observer que la direction de la CGT est complètement dépassée par sa base, Clément Beaune absent au bataillon, l’Élysée aussi cohérent que d’habitude, c’est-à-dire pas du tout.

Bruno Bertez a souvent souligné qu’Emmanuel Macron avait été coopté sur la promesse qu’il allait mater le tigre de papier qu’est la rue.

C’est sa fonction.

La fonction de Macron : après le contrôle des urnes, mater la rue

Avant lui, Hollande, Sarkozy, Chirac avaient respecté une sorte de règle informelle : Si les syndicats arrivaient à mettre un million de personnes dans la rue, le gouvernement se couchait.

Il y avait là une sorte de rémanence zombie du cadavre de notre démocratie directe.

L’article 3 de la Constitution stipule que :

« La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. »

La Ve République s’exerce par démocratie représentative ET directe.

Ce n’est pas pour faire joli : Vous ne pouvez pas plus laisser une chambre que la rue prendre le pouvoir. Tout du moins en France.

En ajoutant les dissolutions parlementaires qui sont un autre acte de démocratie directe, nous nous rendons compte que l’exercice de la démocratie directe s’est érodé au fil de la Ve avant de mourir en 2005 avec le « non » à la Constitution européenne.

Encéphalogramme de la démocratie directe

Non seulement, la volonté du Peuple a été bafouée mais on s’est bien gardé de lui demander son avis depuis.

Faute de laisser au Peuple son droit d’expression directe, il l’exerce de fait dans la rue et l’équilibre certes médiocre des prédécesseurs de Macron permettait un semblant d’ordre.

En cassant la rue et le mouvement des Gilets Jaunes, Macron a donné la victoire complète à la caste… Sans comprendre que les destins du peuple et de la caste étaient indissolubles.

Il n’est donc pas étonnant qu’il laisse pourrir la situation : Pourquoi ne ferait-il pas un seconde fois ce qui lui a si bien réussi la première ?

Nous sommes en pleine hybris.

Durant son premier mandat, Emmanuel Macron devait casser la rue pour permettre le démantèlement de l’État providence : retraites, assurance chômage…

Baisser le coût du travail et libérer le capital retraite — nous savons le lobbying intense de BlackRock dans la réforme des retraites — devait permettre d’allouer davantage de valeur ajoutée au système financer et nourrir le Ponzi géant de la création de crédit.

L’inflation a enrayé la machine financière : Mais le nettoyage N’a PAS encore commencé

Depuis 10 % d’inflation sont passées par là. Il y a eu contagion : L’hypertrophie financière a gagné la sphère économique, la fiction a contaminé le réel rendant caduques les politiques monétaires ultra-accommodantes.

Nous pourrions penser que le grand nettoyage a commencé et que les écuries d’Augias sont nettoyées à grandes eaux par les eaux de l’inflation.

Mais jusqu’ici le nettoyage est resté en surface. Les abysses des produits dérivés, les soutènements du système NE sont PAS purgés, loin de là. Pendant que la Fed monte ses taux d’une main, elle abreuve ses banques de l’autre de bons du Trésor dont elles ont un besoin immense via le marché Repo.

REPO

Et cela marche. Les marchés ont beau souffrir, la création de crédit a jusqu’ici à peine été écornée :

Crédit

Le krach financier ou le contrôle des prix (ou les 2)

Mais cette stratégie à un coût double : Non seulement elle ne fait rien contre l’inflation qui aurait besoin d’une baisse drastique du crédit mondial, c’est-à-dire d’une baisse de la création monétaire, mais elle protège l’Amérique sur le dos de la périphérie qui n’a pas accès au marché REPO.

Le Crédit Suisse et la Livre Sterling en sont deux preuves particulièrement douloureuses.

Mais alors que le monde est sidéré par la vision fantasmatique d’un grand soir apocalyptique ; il y aurait bien une alternative.

Pour remettre une pièce dans la machine de Ponzi du système financier mondial, il faut avant cela maîtriser l’inflation et si ce n’est par la sobriété monétaire, il faut que cela passe par le contrôle des prix.

Mais la première conséquence du contrôle des prix est la pénurie.

Créer la pénurie pour justifier contrôle des prix plutôt d’instaurer le contrôle des prix et provoquer pénurie et rationnement.

Il y a là une forme de génie — conscient ou non — à construire la pénurie au préalable afin de justifier le contrôle des prix et prévenir immédiatement ses effets délétères.

Notez que ce mouvement est préparé depuis quelques temps déjà, notamment avec l’Euro numérique qui ne sera rien de moins qu’un carnet de rationnement géant

Les pénuries sont une nécessité interne du système, pas une fatalité externe

C’est en ce sens que je prétends que la pénurie et la pauvreté sont une construction, une nécessité interne du système et non une fatalité externe imposée par l’image d’Épinal du tsar fou.

Et c’est ainsi que les « libéraux », les « progressistes », les «anti-communistes» vous fabrique le monde soviétique qu’il abhorraient hier encore.

L’irruption du Peuple sur la scène de l’histoire

La faute de Macron est d’ignorer l’irruption du peuple sur la scène de l’histoire. Le matage des gilets jaunes pourrait bien se révéler un feu qui aura forgé l’audace des gens ordinaires pour reprendre l’expression de Guilluy plutôt que de la détruire.

Je ne sais qu’elle sera l’issue mais je sais que c’est la grande épopée de notre temps et qu’elle se jouera dans le cœur de chacune de nous plutôt dans la pénombre des hôtels ministériels.

À votre bonne fortune,

Guy de La Fortelle

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5 réflexions sur “Les pénuries ne sont pas un effet indésirable de l’impérialisme néolibéral mais une de ses composantes endogènes nécessaires .

  1. Bonjour M. Bertez

    Et le « fédérateur » a fini par décider:
    en Europe, la Grosse Commission c’est l’OTAN, la petite commission c’est l’U.E.
    Il n’est donc plus besoin d’autre politique que la mienne.
    Sa devise: « A moi la bonne soupe! »

    Cordialement.

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    1. Marx n’a jamais dit cela, c’est Lénine; Marx pensait au contraire que le système capitaliste avait en lui des structures d’adaptation/destruction/mutation qui lui permettait de se régénérer et de durer. Et il a d’ailleurs étudié ces contre tendances, ces forces de réactions qui s’opposaient à la tendance aux crises .

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