Ukraine: l’hypothèse de négociations ne doit pas être écartée. Un caillou blanc.

Voici un nouveau texte de Bhadrakumar.

Je suis de près cet observateur professionnel très engagé dans la lutte contre l’unilatéralisme occidental.

Ce n’est pas un va-t-en guerre loin de là, il a un penchant à tout interprêter en fonction de sa specialité: la diplomatie.

Mais son travail est irremplaçable car il connait tous les codes, toutes les nuances des paroles prononcées en matière de politique étrangère. La politique étrangère c’est un monde en soi avec ses liens avec l’histoire, la géographie, la culture etc. C’est plus qu’un métier c’est un art . L’intuition et la finesse jouent un grand rôle.

Ses derniers textes ont un fil conducteur clair: les Eats Unis cherchent à faire évoluer la situation vers la négociation. Et il en donne en passant les raisons.

Il croit que la Russie aussi est disposée à aller dans cette voie.

Il ne fait aucun doute que l’Europe , hors les anglais veut que des négociations commencent le plus tôt possible.

Le vrai problème c’est selon lui, Zelenskyky: peut-il négocier?

Je ne suis pas totalement Bhadramur car au fil du temps, à force de scruter le présent il a tendance à oublier le passé c’est à dire la cause de la guerre qui est la fin de non-recevoir délivrée à la demande russe d’une grande négociation sur la securité en Europe.

Je ne suis pas totalement Bhadramur, mais je suis éveillé, selon le mot à la mode à l’idée que l’on pourrait aller dans la direction de négociation pour différentes raisons:

l’echec des sanctions contre la russie

mise sur la touche des britanniques qui cessent de jouer un role leader

l’epuisement des armements

la situation sociale et économique qui se profileen Europe

la perte de la majorité à la Chambre de Biden

les scandales de financement

la situation en impasse de la régulation economique occidentale

la modération chinoise qui evite de mettre de l’huile sur le feu des conflits

la volte face de Biden qui tenté de se rapprocher de Xi au lieu de le manacer

La position habile des saoudiens qui ont mis les USA en position délicate

etc etc

Les Russes veulent negocier pour le principe car il faut toujours affirmer que l’on ne veut pas la guerre, mais quelles sont leurs demandes minima ? Quelles concessions sont ils capables de faire pour que l’Occident sauve la face tout en ayant un gain en matière de sécurité à long terme?

Il faut ëtre ouvert, guetter les moindres indices soit de relance de l’offensive soit de pause favorable aux négociations ; ces indices seront fournis, mais il faudra être fin pour les décoder.

Des trublions comme Macron qui sont obsédés par le « et moi et moi narcissique » et qui veulent faire croire qu’ils jouent un role, des trublions comme Macron peuvent très bien lacher quelques indices pour faire croire qu’ils sont precurseurs et jouent un role! .

Scrutez tout cela.

 

BY 

M. K. BHADRAKUMAR

Interrogé sur l’évacuation des forces russes de la région de Kherson et de la ville de Kherson, lors de la conférence de presse de la Maison Blanche le 9 novembre, le président américain Joe Biden a déclaré : « Tout d’abord, j’ai trouvé intéressant qu’ils (Moscou) aient attendu après l’élection (de mi-mandat) pour le faire , ce que nous savions qu’ils allaient faire depuis un certain temps. 

Biden a ajouté, « au minimum, cela laissera à chacun le temps de recalibrer ses positions pendant la période hivernale ». 

Mais Biden a réservé   son jugement quant à savoir si l’Ukraine serait «prête à faire des compromis… (et) quelles pourraient être les prochaines étapes». 

Ce que Biden sous-entendait était « L’ancien monde est en train de mourir et le nouveau monde a du mal à naître : c’est maintenant le temps des monstres ». — pour reprendre le célèbre vers d’Antonio Gramsci. 

La paix est un processus quotidien, hebdomadaire, mensuel, changeant progressivement les opinions, érodant lentement les anciennes barrières, construisant tranquillement de nouvelles structures. Et, les graines de la paix résident dans les choix qui sont faits. 

 Avec le recul, en effet, la décision de la Russie de quitter l’occupation de Kherson sur la rive ouest du Dniepr a été un coup de maître. 

Il a réalisé trois choses. 

Avant tout, elle est présentée au régime de Kiev comme une « victoire » sur la Russie. 

Deuxièmement, cela signalait que la Russie n’avait aucune intention de conquérir Nikolaev et Odessa et, en outre, qu’elle visualiserait le Dniepr comme un tampon . 

Troisièmement, le plus important, cela a ouvert une fenêtre d’opportunité aux États-Unis pour pousser Kiev vers la table de la paix. 

La tactique russe s’est avérée juste, comme en témoignent les développements ultérieurs. 

Les États-Unis ont agi rapidement pour tirer parti du retrait russe de Kherson. D’une part, Washington a exhorté publiquement Kiev à « saisir le moment » ( pour citer le général Mark Milley , président des chefs d’état-major interarmées) et à entamer des négociations avec la Russie, signalant ouvertement que l’armée ukrainienne avait atteint l’heure du midi et qu’il était irréaliste de s’attendre à davantage de gains territoriaux. 

Biden lui-même a profité de la visite à Bali pour le sommet du G20 pour dialoguer avec les interlocuteurs du G7, de l’UE et de l’OTAN afin de forger un consensus pour mettre fin à la guerre. 

Ce n’était pas particulièrement difficile puisque 

  • les alliés des États-Unis, en proie à la « fatigue de la guerre », sont parfaitement conscients qu’il n’est pas possible d’accéder aux demandes de l’Ukraine en matière d’armement ; 
  • la perspective de financer l’économie ukrainienne vidée dans un avenir prévisible est bien trop intimidante ; et, 
  • la crise des économies européennes menace de conduire à des troubles sociaux et à des troubles politiques, et, par conséquent, y remédier devient la priorité absolue à court et moyen terme, ce qui nécessiterait d’éviter des engagements étrangers inutiles. 

Dans quelle mesure les dirigeants occidentaux ont sondé la base du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à Bali du 14 au 16 novembre reste inconnu, mais le fait que Biden ait assisté à son discours et ait écouté attentivement le point de vue russe était un geste significatif en soi.

Tout comme la décision de Lavrov de ne pas faire de la rédaction de la Déclaration de Bali une pomme de discorde. Lavrov a eu de brefs échanges, loin des projecteurs, avec les dirigeants de la France et de l’Allemagne. 

C’est dans ce contexte complexe que Biden a ordonné au chef de la CIA William Burns, ancien envoyé à Moscou, de contacter son homologue russe Sergei Naryshkin (un haut responsable politique du Kremlin qui était auparavant le chef de l’administration présidentielle et le président de la Douma russe). .) 

Le président turc Recep Erdogan a depuis révélé que la réunion Burns-Naryshkin à Ankara le 14 novembre devrait « jouer un rôle crucial dans la prévention d’une escalade incontrôlée sur le terrain » en Ukraine. 

C’est-à-dire que si les cogitations naissantes américano-russes gagnent du terrain, la rumeur d’offensive hivernale des forces russes, augmentée de centaines de milliers de soldats supplémentaires suite à la récente mobilisation, pourrait désormais être reléguée au second plan. 

Cela dit, il y a beaucoup d’affaires inachevées dans le Donbass avec l’armée ukrainienne retranchée dans des parties importantes de la région. Poutine rachètera probablement sa promesse au peuple russe de « libérer » le Donbass de l’occupation oppressive des nationalistes ukrainiens. 

Le facteur « X » va être l’attitude du régime de Kiev dirigé par le président Zelensky qui sentirait déjà que le sol sous ses pieds est en train de changer. Ce qui ajoute à la volatilité de la situation, c’est que Zelensky survit pratiquement grâce au soutien américain. Tout signe que l’administration Biden prend ses distances avec lui peut libérer ses rivaux qui attendent dans l’ombre pour régler leurs comptes. 

Zelensky est un artiste de scène formidable pour créer des optiques devant les caméras de télévision et le public mondial, mais n’est guère l’homme d’État qu’il faut pour maintenir l’Ukraine ensemble dans sa crise existentielle actuelle. Le halo construit autour de lui par la propagande occidentale soigneusement orchestrée est essentiellement irréel.

De plus, il doit mener les négociations avec Moscou avec dans son dos des groupes ultra-nationalistes peu disposés à transiger avec la Russie.  Le défaut de ne pas avoir sa propre base de pouvoir est le talon d’Achille de Zelensky. De même, la question de la nationalité dans l’ouest de l’Ukraine reste une boîte de Pandore et il y aura forcément des revendications revanchardes de la part des pays voisins, en particulier la Pologne. 

Pour ces raisons, vraisemblablement, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a   souligné la grande importance de la communication avec l’Occident en tant qu' »élément directeur, de soutien et de renforcement » dans les négociations entre la Russie et l’Ukraine.  

C’est aussi la raison pour laquelle l’incident de deux missiles ukrainiens tombant sur la Pologne à ce stade devient une énigme entourée d’un mystère à l’intérieur d’une énigme. 

Politico a rapporté que « les hauts responsables américains ont contacté les dirigeants européens et les responsables du bureau de Zelenskyy,… Dans une série d’appels téléphoniques urgents, les responsables américains ont demandé aux alliés de l’OTAN de s’abstenir de publier des déclarations définitives jusqu’à la fin de l’enquête en Pologne… » 

Fait intéressant, l’un des premiers à commenter était Zelensky lui-même. Il a sauté sur l’arme pour rejeter la responsabilité de la « frappe de missile » sur la Russie. Zelensky a allégué qu’il s’agissait d’une attaque contre la sécurité collective et d’une escalade significative, suggérant clairement qu’il s’agissait d’une attaque contre un membre de l’OTAN. 

De toute évidence, pour Kiev, l’incident avait une signification plus politique que militaire, et l’empressement de Zelensky à entraîner la Pologne et les États-Unis dans le conflit est évident, de sorte qu’il pourrait y avoir des raisons d’invoquer l’article 5 de la Charte de l’OTAN. 

Cependant, les États-Unis, la Pologne et l’OTAN sont manifestement désireux de minimiser l’incident et ne sont pas intéressés à invoquer l’article sur la sécurité collective. Biden est personnellement intervenu pour réfuter les insinuations sur l’implication de la Russie, conscient de la fragilité du processus de paix qu’il s’efforce de mettre en place. 

Les États-Unis et leurs partenaires de l’alliance n’ont aucune intention de combattre la Russie. Ce message a atteint la direction du Kremlin. 

À son tour, cela aidera également à freiner les partisans de la ligne dure de l’establishment russe  qui considèrent l’annexion de régions entières de l’est et du sud de l’Ukraine jusqu’au Dniepr comme la fin logique de la guerre, un sentiment largement partagé au sein de l’establishment russe et de l’opinion publique aussi.

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6 réflexions sur “Ukraine: l’hypothèse de négociations ne doit pas être écartée. Un caillou blanc.

  1. Si la Russie signe un traité maintenant, arrête l’invasion, met l’arme au pied, elle est morte. Les USA n’attendent que ça pour détruire dès que possible tout ce que la Russie a gagné, tout ce qu’elle espère et tout ce qu’elle possède.

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  2. « Deuxièmement, cela signalait que la Russie n’avait aucune intention de conquérir Nikolaev et Odessa »…Euh, je crois que ce n’est pas ce que suggère Medevedev, et autres Paskov…De toute façon, si la Russie ne va jusqu’à Odessa, elle sera confrontée à une Ukraine boostée dans cinq ans, et tout sera à refaire, avec des USA qui auront sans doute des armes hypersoniques. Et l’envie, jamais calmée, de relancer le Nouveau Siècle Américain. L’heure n’est pas à la négociation et les discours apaisés de Biden ne sont, comme toujours, que du bidon. L’Amérikke ne tolère qu’on lui tienne en tête, en particulier la Russie pour laquelle les dirigeants ont une haine atavique.

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  3. Bonjour M. Bertez

    Compte tenu de la politique des USA depuis la chute de l’URSS, de leur avidité pour les matières premières, et sans compter celle de l’U.E qui n’en a que peu, toute cessation des hostilités ne serait , à mon avis, que temporaire. Les uns et les autres auraient du temps pour analyser les enseignements des hostilités sur le terrain, remplir les arsenaux, développer de nouveaux systèmes d’armes pour recommencer plus tard.
    Tant que le dollar sera maître et que les Européens penseront qu’ils vivent dans un jardin et les autres dans la jungle, tout recommencera tôt ou tard en plus dur.
    Seul un traité garantissant le respect et la sécurité de tous les états euro-asiatiques, nous ne pourrons pas espérer une paix durable.

    Cordialement.

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  4. Bonjour
    Comme vous le signalé en préambule du document … la Russie à déclenché cette opération suite à la non réponse positive des Occidentaux au sujet de la sécurité de la Russie …
    Donc pour la Russie actuellement il n’y à absolument rien de concret pour la faire stopper dans la démarche sur laquelle elle avance …
    Sont économie ? … toujours debout … le stock d’armes ? … toujours opérationnel … la population ? … aucune révolte … les pays amis ? … ils continuent à faire des affaires avec la Russie … etc …
    Et nous ? … ben il faut chauffer à 19 °… mettre des cols roulés … le prix de l’énergie explose … toujours des queues aux stations services … et … une invasion migratoire ainsi qu’une insécurité qui ne fait que grandir …
    Voilà le sombre tableau peu glorieux que le poudré de l’élysée va pouvoir revendiquer …

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  5. La Russie n’obtiendra jamais à la table des négociations l’évacuation du moindre km² par l’armée ukrainienne. Tout au plus la neutralisation du pays et la reconnaissance de la ligne de front comme nouvelle frontière. Il est donc impératif pour elle de s’emparer de l’ensemble de la république de Donetsk avant de négocier sous peine d’une révolte de la population estimant les sacrifices fournis gaspillés par les gouvernants

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