Le service public se délite; tout dysfonctionne

Le service public se délite; tout dysfonctionne.

Le puzzle ne s’emboite plus. la division du travail, la division des tâches et des fonctions butent sur l’incapacité des opérateurs à avoir une vision du TOUT.

Le pays est complexe, cettte complexité nous dépasse et surtout elle dépasse les dirigeants.

La plupart sont incompétents nommés par allégeance ou par népotisme. Le mérite et l’efficacité n’interessent plus personne : il faut « plaire ». Le « faire » c’est pour les autres!

Les relations entre la bonne gestion et les sanctions sont distendues, voire inexistantes.

Ceci va de pair avec l’irresponsabilité et la recherche perpétuelle de boucs émissaires et fausses excuses comme le personnel insuffisant, l’argent trop rare etc.

Fondamentalement les services publics ne sont plus publics, il n’y a plus d’intérêt général ou de biens considérés comme non marchands, il n’y a plus de préoccupations de satisfaire des besoins depuis qu’ils sont soumis aux critères de pseudo efficacitè/rentabilité/transition climatique.

La logique de service public , de péréquation, de mutualisation de partage a disparu.

La volonté de moderniser crée des absurdités de moins en moins maitrisées.

La prévision à long terme est défaillante, il suffit de se pencher sur ce qui se passe dans le domaine de la santé.

Le mal est profond, civilisationnel, systémique, politique, social et sociétal!

Dans son nouveau livre, Agnès Verdier-Molinié, directrice de la Fondation IFRAP, fustige la mauvaise gestion des administrations et regrette l’absence de transparence de la machine d’État.

Mercredi 3 mai, Agnès Verdier-Molinié, directeur de la Fondation IFRAP, répondait aux questions de Paris Match.

Paris Match. Que pensez-vous de l’opération lancée par le gouvernement pour expliquer où passe l’argent des impôts ?

Agnès Verdier-Molinié. C’est une démarche intéressante qui arrive, ce n’est pas un hasard, au moment où les Français font leur déclaration de revenus. Lors de la présentation du programme de stabilité, Bruno Le Maire a reconnu que les Français avaient l’impression de ne pas en avoir pour leur argent. Et Gabriel Attal a dit que les services publics se dégradaient. J’ai trouvé très révélateur qu’ils prononcent des paroles aussi fortes. Cela correspond à ce que j’écris dans mon livre. Cette prise de conscience est positive. Mais leur opération “En avoir pour mes impôts” ne va clairement pas assez loin dans la transparence. L’opacité s’épaissit

Pourquoi ?
Le problème, ce n’est pas seulement le montant des dépenses, c’est aussi et surtout la qualité des services que l’on a en face. En France, nous avons trop tendance à raisonner uniquement en termes budgétaires. Le côté “technos” à tableurs Excel de Bercy. Mais quand on aborde le sujet de la qualité et de la comparaison entre services publics identiques gérés par le public ou par le privé, il n’y a plus personne.

Vous n’avez relevé aucun progrès dans ce domaine ?
Au contraire, l’opacité s’épaissit. Pendant vingt ansle, s magazines d’information ont pu publier le classement des hôpitaux et des cliniques très prisés de nos concitoyens. Ces palmarès étaient effectués à partir des données informatiques hospitalières publiques. Depuis cette année, l’accès a été coupé par la Cnil [Commission nationale de l’informatique et des libertés]. Ce n’est pas un gage de transparence. La qualité d’un service public passe d’abord par une bonne gestion.

On ne peut donc pas savoir si l’argent public est bien dépensé ?
C’est quasi impossible ! Le ministère de l’Éducation nationale, par exemple, refuse de communiquer les dépenses de masse salariale par établissement scolaire, prétendant que ces chiffres n’existent pas. Cela nous permettrait pourtant de reconstituer, avec ce que dépensent aussi les régions, les départements ou les communes, une sorte de budget de chaque collège ou lycée. En croisant ces chiffres avec les résultats scolaires, on pourrait commencer à mesurer la qualité de l’utilisation des fonds publics. Pendant des années, on nous a répété que, certes, la France dépensait plus que les autres pays et que nous étions les plus taxés du monde développé, mais qu’en contrepartie nous bénéficiions de formidables services publics. Ce n’est plus du tout vrai.

Cherche-t-on à cacher les dysfonctionnements ?
La Cnil a déclaré qu’elle ne voulait pas favoriser la concurrence entre les établissements publics. Il y a là une hypocrisie : le même montant d’argent produirait la même qualité partout ? Qui y croit ? La qualité d’un service public passe d’abord par une bonne gestion, un bon management des équipes, un sens du service aux citoyens. Gabriel Attal essaie de faire bouger les choses, mais il a face à lui un mastodonte.

Cette rétention de l’information est-elle généralisée ?
Dans nos administrations, l’idée qui domine est que ni les parlementaires ni les citoyens ne sont aptes ou habilités à demander ce que l’on fait de l’argent public. En contradiction totale avec l’article 14 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Et c’est révoltant. Gabriel Attal essaie de faire bouger les choses, mais il a face à lui un mastodonte. On devrait savoir en deux clics combien un théâtre ou un musée financés par l’argent public coûtent par spectateur ou visiteur, ou le taux d’absentéisme des agents. Et ces chiffres devraient être affichés dans l’entrée de ces lieux.

Qui peut changer la donne en France ?
C’est le scandale dans le scandale : personne ne nous protège de ces dépenses sans limites. Car il n’y a quasiment pas de contrôle institutionnel contrairement aux autres démocraties. La France dépense par an 262 milliards d’euros de plus que les autres pays de la zone euro.

Bien sûr, la Cour existe, mais elle n’aborde pas vraiment les sujets qui fâchent. Elle suggère d’économiser, mais sans préciser où. Pourtant, si on appliquait le tarif d’un élève du privé sous contrat à l’ensemble de ceux du public, on gagnerait 29 milliards d’euros par an. La Cour des comptes sait qu’il y a des établissements et des collectivités mieux gérés que d’autres, mais elle ne veut jamais faire de comparaison ou de classement.

Qu’est-ce qui est le plus grave : le montant élevé des dépenses publiques ou les dysfonctionnements du
système ?

Les deux s’additionnent. La France dépense par an 262 milliards d’euros de plus que les autres pays de la zone euro. La Banque de France a donné l’exemple : depuis 2015, son budget a baissé de 18 %en euros courants. Si on faisait la même chose à l’échelle de la France, on économiserait 273 milliards d’euros. Donc, c’est possible. Je pousse le gouvernement à remplacer les primes des fonctionnaires par des primes de présentéisme

Y a-t-il un problème de management dans les organismes publics ?
Bien sûr. Certains départements fonctionnent très bien avec moins d’agents des trois fonctions publiques confondues. Si on alignait tous les départements sur leurs bonnes pratiques, on aurait 500 000 postespublics de moins en France. Il n’y a aucune fatalité pour que la France soit moins bien gérée que les autres pays. Le problème remonte aux années 1990 et 2000, quand on imaginait qu’il fallait dépenser le plus possible pour augmenter le PIB et créer de l’emploi. Résultat : nous avons mis de plus en plus d’argent dans la puissance publique, et paradoxalement le service se délite.

Comment s’attaquer au problème de l’absentéisme dans les organismes publics ?
Je pousse le gouvernement à remplacer les primes des fonctionnaires, qui atteignent 20 % en moyenne, par des primes de présentéisme. En France, des entreprises donnent une prime de 5 % du salaire mensuel tous les deux mois aux employés qui n’ont aucun jour d’absence. Cela a entraîné une baisse de l’absentéisme de 80 %. C’est le fond du problème : notre argent sert-il à payer des agents qui travaillent peu, voire qui n’ont pas de poste clair ? Obtenir un rendez-vous pour un passeport, c’est presque Noël !

Dans quels domaines les Français n’en ont-ils pas pour leur argent ?
Celui des papiers d’identité est l’un des plus parlants. Obtenir un rendez-vous pour un passeport, c’est presque Noël ! Le gouvernement affirme que le délai d’obtention est de soixante-six jours. Il est plutôt de trois mois voire six dans certains départements. Toutes les mairies qui délivraient des titres auparavant ne sont plus dotées des boîtiers pour prendre les empreintes. Dans le Lot, par exemple, le nombre de villes équipées est passé de 313 à 10. Dans le pays qui dépense le plus au monde, on gère la pénurie.

N’est-ce pas plus flagrant pour la justice ?
Si. Je montre dans un chapitre qu’il faut 637 jourspour obtenir un jugement de première instance en France. Alors que c’est 237 joursen moyenne dans les autres pays du Conseil de l’Europe. Et cela se dégrade : Il faut deux anspour divorcer au lieu d’un an et demi il y a dix ans. On n’a pas créé assez de places en prison.

La justice ne manque-t-elle pas de moyens ?
Oui, mais le problème est que l’on n’a pas créé assez de places en prison. Leur taux d’occupation est de 118 % voire 200 % dans certaines prisons. On n’incarcère pas assez. Comme on ne le fait pas, les récidives se multiplient et encombrent les tribunaux.

Les Français ont-ils pris conscience de ces dégradations ?
Oui. Ils sont plus critiques que les autres Européens. D’après l’OCDE, 71 % des Français étaient satisfaits du système de santé en 2020 alors que la moyenne européenne est de 87%. Pour l’éducation, l’écart entre la France (71 % de satisfaits) et le reste de l’Europe (85 %) est quasi identique. Pour la justice, il se creuse : 55 % des Français sont satisfaits contre 78 % en moyenne en Europe. On a donc un énorme problème. Où va notre argent ?

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3 réflexions sur “Le service public se délite; tout dysfonctionne

  1. Oui tout déconne mais le poisson pourri par la tête. Le véritable problème de la France et qu’elle ne veut pas regarder en face c’est le niveau de la corruption de ses élites digne de pays que nous regardons avec condescendance.

    Qui connait bien la justice française sait à quel point ce pays est putréfié. Et ce n’est pas qu’une question d’argent loin de là.

    A ce stade on ne peut que souhaiter sa chute et espérer que de cette décomposition germe une graine pour un nouveau départ.

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  2. Bonsoir M. Bertez

    Ce serait bien aussi de connaître le coût d’une heure de Parlement, Ass Nat et Sénat , t de l’Elysée et de chaque ministère pour établir le coût d’une loi ou d’un règlement . A rapporter au PIB , PIB/hbt et leurs évolutions au cours des ans.
    Ainsi que le prix de revient des administrations diverses en fonction de leurs résultats ou plutôt de leur efficacité comparée à leurs homologues européennes.

    Cordialement.

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  3. Mme Verdié Molinier reste très discrète sur les détournements des cotisations sociales françaises par les grands fonds financier.
    Sa parole aurait plus de poids si elle n’attaquait en permanence qu’un seul coté de la dépense publique.
    Pas un mot sur le CICE et autres subventions aux entreprises,sur la fraude aux PGE et sur les rapports incestueux entre grands groupes et politiques.

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