Editorial. L’INTOX DE LA POLYCRISE

Le terme de polycrise est popularisé par les intellectuels bien pensants comme Tooze; il est important que le public et les citoyens en général croient à cette caractérisation . Si il n’admettaient pas le terme « poly« , ils considereraient que la crise est « une« , « unique » et que simplement, elle a des manifestations , des manières d’apparaitre, des symptômes différents.

Il faut offir au public une vision émiettée du monde, un kaleidoscope, afin qu’il ne puisse comprendre ce qui est en jeu.

Le terme POLYCRISE a pour fonction d’égarer la reflêxion , d’obturer l’intelligibilité de ce à quoi nous assistons.

La crise est une.

C’est la crise du système dans lequel nous vivons depuis la seconde guerre mondiale.

Ce système repose sur les arrangements monétaires autour du dollar et de la prééminence américaine. Il a touché ses limites.

Il joue les prolongations, au prix de dépenses coûteuses, de dysfonctionnements multiples, au prix de la negation de ses propres règles de fonctionnement, au prix de sa légitimité et ceci produit une multitude de symptômes qui ont tous la même origine mais qui prennent des apparences différentes .

Ce système est un système de crédit et de création de monnaie progressivement détachés du réel de la production de vraies richesses.

Il a débouché sur une idéologie qui se nomme « inflationnisme » et qui se résume par une croyance: tous les problèmes humains peuvent etre résolus par la création de plus de signes monétaires. La monnaie fétiche, équivalent de tous les désirs a réponse à tout. Tous les problèmes, tous les jugements d’impossible, toutes les contradictions, tous les antagonismes peuvent être « résolus » par la production de plus de monnaie.

Tous les problèmes humains peuvent être résolus dans l’imaginaire de la monnaie, de la finance, de la dette, du crédit.

Ce système a permis une croissance considérable, le beurre, les canons, les drones … mais -puisque nous sommes en régime capitaliste-, la conséquence de cette expansion a été la constitution d’une masse considérable de capitaux à la fois productifs mais aussi fictifs constitués par les actions, les obligations, les fonds d’état, les retraites-pensions à payer, les promesses de santé etc. Sur cette accumulation sont en plus venus se greffer ce que l’on appelle des dérivés, bestioles mathématiques qui sont en quelque sorte les ombres de tous ces actifs réels et fictifs. C’est une pyramide considérable, un colossal échaffaudage.

Ce qui s’est passé c’est que ce système produit un passif considérable, cimenté non par la production de vraies richesses mais par l’appétit pour le jeu spéculatif. C’est ce passif que l’on ne peut plus honorer.

Le système est insolvable, en faillite par excès de passif sur un actif qui croit trop lentement et par exces de passif sur des flux de valeur ajoutée insuffisants.

L’autre versant de cette présentation, la version grand public, consiste à dire que c’est un système de bulles, les bulles étant souflées par du vent , par des promesses que l’on ne peut ni renier ni honorer.

Une première alerte a eu lieu en 2007 et 2008; elle a montré que le secteur de l’immobilier gonflé par le crédit facile ne pouvait tenir ses promesses, il était devenu insolvable.

Cette alerte a été « interpretée » avantageusement comme une crise des « subprimes » alors que là aussi il ne s’agissait que d’apparences; de symptômes, Le symptome masquait une situation bien plus grave à savoir le colmatage des tuyaux, des canalisations du système financier international. La crise des subprimess était non pas une crise immobilière comme on l’a fait croire, mais une alerte, qui pointait vers une défaillance majeure, radicale du système.

Jamais le bon diagnostic n’a été fait car si il avait été fait il eut fallu s’interroger sur les fondements, sur les racines du mal , ce que l’on ne voulait surtout pas. On ne voulait pas savoir car, en definitive, au bout des interrogations radicales, on aurait trouvé une réponse peu satifaisante à savoir que c’était, que c’est l’Ordre du monde qui était défaillant.

Ce qui est defaillant c’est le système dans lequel les uns produisent des biens et des richesses que les autres consomment mais ne paient pas sauf .. à crédit. Ce qui engendre un déséquilibre croissant entre la masse de réserves (d’épargne ) des uns et la masse d’occasions rentables d’investissement offerte par les autres.

Le système avait considérabelment évolué depuis 1945, mais son mode de fonctionnement était resté centré sur les Etats Unis. Il y avait développement inégal entre d ‘un coté le système de 1945 et la réalité economique à laquelle ce système avait donné naissance. Cas classique de développement inégal qui fait ce que l’on appelle la marche de l’Histoire. Le système de 1945 n’était pas adapté ou prévu pour une régression relative aussi importante des USA et une montée aussi significative de la Chine et des Bric’s.

Sourions un peu, ce phénomène n’a bien sur pas été reconnu comme tel par les Etats Unis, non bien sur, il a été etiqueté pudiquement comme « excès d’épargne » de ces pays créditeurs que sont la Chine et les autres!

A partir de 2008, diverses évolutions non orthodoxes ont été engagées et en particuleir dans le domaine monétaire afin de colmater les brêches du Titanic et transformer en question de liquidités ses problèmes de solvabilité. Par ailleurs l’ordre du monde orienté vers la globalisation et la coopération a été interrompu.

Les coopérations se sont fracassées, les rivalités se sont exacerbées, la guerrre froide est revenue , puis avec le Covid et la rupture des chaines d’approvisionement l’inflation des prix des biens et des services a été déclenchée. Mais il faut noter qu’elle était due. Le Covid n’a été qu’un facteur déclenchant … causa proxima.

La rivalité strategique a laissé la place à la guerre froide, puis tiède, puis à la guerre tout court. En attandant la Grande Guerre, la vraie tant il est évident que les Etats- Unis ne veulent pas laisser la place… qui ne leur revient plus ni de fait ni de droit. .

On peut considerer que tous les évènements sont des symptômes indépendants les uns des autres, c’est ce que les élites occidentales s’efforcent de faire croire, mais ce faisant on est incapable de traiter les problèmes et on est condamné à écoper , à boucher les trous , c’est ce que l’on fait.

Chaque trou étant plus gros que le précédent avec des dégats plus importants , toujours plus profonds et plus vitaux, puisque la pression interne des contradictions du système s’accroit sans arrêt.

Nous sommes dans une polycrise, et c’est ce que cela signifie

Auteur

Carsten Brzeski

Carsten Brzeski

Le mot du moment semble être « polycrise », définie par Collins comme la survenue simultanée de plusieurs événements catastrophiques . C’est approprié, étant donné la guerre en Ukraine, l’inflation, la pandémie… vous l’appelez. L’Europe en a été l’épicentre. Maintenant, il semble qu’une variante américaine soit en préparationDans cet article

Les choses se préparent aux États-UnisL’avenir quelque peu déprimant de l’Europe

Une nouvelle polycrise se déploie

Carsten Brzeski sur les inquiétudes croissantes d’une « polycrise » mondiale

Les choses se préparent aux États-Unis

Il semble n’y avoir aucun répit après des crises et des inquiétudes économiques apparemment sans fin. La crise bancaire aux États-Unis est loin d’être terminée, et même si les régulateurs ont été très efficaces pour circonscrire les institutions défaillantes jusqu’à présent, nous connaissons tous l’adage selon lequel « les performances passées ne garantissent pas le succès futur », et cela a rarement été aussi vrai pour les marchés financiers en ce moment.

Les banques régionales ont considérablement augmenté leur portefeuille de prêts au cours de l’année écoulée, tandis que les plus grandes sont devenues plus prudentes, compte tenu de l’évolution de l’environnement des taux d’intérêt. Des normes de prêt plus strictes à la suite de la récente tourmente bancaire laisseront d’autres marques sur l’économie réelle, l’immobilier commercial étant souvent cité comme la prochaine chaussure possible à abandonner. De plus, le débat politique sur le plafond de la dette est plus féroce que jamais, augmentant le risque d’un accident mortel – voulu ou non – : un défaut des bons du Trésor américain.

Une étude récente du Conseil américain des conseillers économiques montre qu’un court défaut sur les bons du Trésor américain coûterait 0,6 point de pourcentage de croissance du PIB, tandis qu’une période prolongée coûterait plus de six points de pourcentage. Mis à part les effets de la tourmente financière d’un tel événement sans précédent, nous croyons toujours à un compromis de dernière minute. Mais l’incertitude et les réductions de dépenses dans un tel règlement pèseront sur la croissance dans les mois à venir. Ajoutez à cela la discussion en cours sur les prêts étudiants et l’impact décalé du resserrement de la Fed, et les États-Unis ont leur propre définition de la polycrise.

Avec une récession imminente aux États-Unis, il est facile de voir la Fed non seulement arrêter les hausses de taux, mais également réduire les taux à la fin de l’année. Comme mon collègue James Knightley nous le rappelle toujours : en moyenne, il n’a fallu que six mois aux États-Unis entre la dernière hausse des taux et la première baisse des taux. Dans une certaine mesure, c’est un avantage pour la Fed que l’économie américaine présente encore de nombreuses caractéristiques d’un véritable cycle économique : de l’effondrement à l’essor puis à l’effondrement. Dans une telle situation, la politique monétaire anticyclique est presque une évidence et certainement la bonne prescription politique.

L’avenir quelque peu déprimant de l’Europe

La situation en Europe, malheureusement, est légèrement différente. Ici, la polycrise de l’année dernière, les énormes défis structurels et les transitions ont en quelque sorte laissé disparaître un cycle économique typique des manuels scolaires. Au lieu de cela, l’économie de la zone euro est confrontée au mieux à un avenir de croissance modérée. En fait, la consommation privée est toujours inférieure aux niveaux d’avant la pandémie en termes réels et la production industrielle ne reprend pas vraiment de la vitesse.

Pourtant, la Banque centrale européenne a envoyé des signaux clairs indiquant qu’elle a l’intention de poursuivre la hausse des taux au cours des prochains mois. La question est de savoir si ces intentions peuvent réellement se réaliser. La demande de nouveaux prêts a connu une baisse sans précédent, l’optimisme de croissance du début de l’année s’estompe à nouveau et l’impact décalé des précédentes hausses de taux continue de se faire sentir dans l’économie réelle.

On voit mal comment la zone euro et la BCE peuvent échapper à une récession et à des baisses de taux aux États-Unis. Bien sûr, nous connaissons tous le réflexe traditionnel des décideurs politiques européens : l’Europe n’est pas les États-Unis. Le tristement célèbre « découplage » fera probablement son chemin, mais l’histoire nous dit que le découplage s’avère presque toujours être une illusion après quelques mois ; pensez à la communication de la BCE fin 2021 lorsque la Fed envisageait déjà des hausses de taux ou à la crise financière lorsque les Européens pensaient que les subprimes étaient une question purement américaine.

En conséquence, la BCE semble prête à poursuivre la hausse des taux plus longtemps que la Fed, mais compte tenu des faibles perspectives de croissance pour la zone euro et des effets d’entraînement de tout ce qui se passe en Amérique, les risques sont élevés que chaque prochaine hausse de taux puisse se produire. être – du moins avec le recul – une erreur politique.

Quel luxe étaient ces jours avec seulement quelques crises ! La réponse de politique macro était tellement plus facile, mais même alors souvent contestée. À l’heure actuelle, nous n’envions certainement pas les banquiers centraux et les gouvernements. Trouver les bonnes réponses est pour le moins quelque peu compliqué.

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