Editorial. Politique: de la sacralisation des uns à la diabolisation des autres.

J’attire votre attention sur cet article exceptionnel de Maxime Tandonnet. Il est court, mais il vise juste. Avec l’accusation d’extrême-droite appliquée à quasi tout le champ politique d’opposition, cette opposition se trouve neutralisée.

L’étiquette extrême-droite est une étiquette magique, profondément ancrée dans l’inconscient collectif français. Je crois d’ailleurs que c’est plus ou moins la même chose dans d’autres pays où cette accusation fonctionne avec la même efficacité. L’effet de cette étiquette est gravée dans les esprits en vertu d’un amalgame avec le racisme anti-juif, avec la Shoah et tout ce qui s’y rattache. Depuis la guerre, en effet, et la prise de conscience des horreurs nazies, quelque chose est devenu sacré, on n’a plus le droit d’y toucher.

Cette sacralisation bénéficie à Israël dont on n’a plus le droit de critiquer la politique; elle bénéficie aux milieux d’argent, tant il leur a été facile de faire croire que critiquer la gestion de la monnaie et des finances équivaut à critiquer les Juifs; elle bénéficie aux champs politiques bien pensants qui se sont accaparés la sacralité justifiée par l’Histoire et l’ont étendue à toutes leurs pratiques.

Etre contre le féminisme idéologique, être contre le wokisme, être contre la guerre de l’OTAN en Ukraine, être pour la sécurité des personnes et des biens en France, être pour le respect de l’état de droit et pour un fonctionnement correct de la Justice, tout cela, c’est être d’extrême-droite.

La droite a commis une erreur fantastique au moment de l’émergence du Front National et de la montée de Le Pen encouragée -je peux le prouver en tant que témoin actif- par François Mitterrand. Sans réflexion aucune, la droite est tombée dans le piège de Mitterrand. Alors que Mitterrand dédiabolisait l’extrême-gauche en constituant le groupe du programme commun, la droite a accepté la diabolisation de sa partie la plus droitière. Non seulement, elle a accepté cette diabolisation, mais elle en a rajouté au point qu’elle a contribué elle-même à se couper de ses couches les plus conservatrices et progressivement de ses couches les plus populaires et les plus ouvrières.

L’outil de l’extrême-droitisation est parfaitement affûté, il est efficace. La blessure qu’il a infligée au corps social français est profonde. Elleest peut-être irrémédiable dans la mesure où elle est entretenue chaque jour dans de multiples occasions et dans la mesure où, il faut bien le reconnaître, personne ne la soigne. A longueur de journées, on y verse du sel.

Quand je dis personne ne la soigne, je veux signifier par là que la dédiabolisation politicienne et langagière à laquelle a procédé Marine Le Pen est tout à fait inadaptée pour résoudre le problème. Marine Le Pen est à côté, pour parler vulgairement, « de la plaque ». Elle n’a absolument pas réussi par le comportement de son parti et d’elle-même à s’attaquer aux racines du problème. Elle travaille en surface alors que, pour traiter ce problème, il faut travailler dans les abysses, dans les profondeurs, dans l’inconscient.

Il y a une expression qui est utilisée dans certains milieux, c’est l’expression « droite décomplexée ». Je ne pense pas qu’elle soit particulièrement intelligente et qu’elle soit adaptée à la solution que pose la diabolisation. D’une certaine manière, l’expression « droite décomplexée » reconnait et valide les arguments utilisés par ses adversaires et les biens pensants. L’utilisation de l’expression « droite décomplexée » implique une sorte de cynisme comme dont a fait preuve le sinistre Sarkozy lors de son élection avec ses frasques sur des yachts de milliardaires. En revanche, l’expression « droite décomplexée » comporte un membre extrêmement riche, c’est le membre complexe dont il faut bien sûr faire glisser le sens. Un complexe, c’est un noeud, un enchevêtrement de forces, de significations, de douleurs et d’affect qui sont profondément enfouis dans le psychisme humain. Si vous voulez comprendre, pensez au complexe d’infériorité et faites le glissement à complexe d’extrême-droite. Dans le cas présent, je veux signifier qu’il y a un complexe « extrême-droite » qui est enfoui dans l’âme humaine. C’est une piste intéressante pour la réflexion. Je la livre telle qu’elle, mais c’était une digression, revenons à notre fil conducteur.

Quand je dis que personne ne la soigne, je vise également la droite ou plus exactement la fausse droite traditionnelle, ce qui inclut, à notre époque, les LR. Non seulement ces gens courent après la respectabilité de gauche, mais ils courent aussi après les soutiens des institutions, des médias, des réseaux et même de Macron et de ses alliés. Tous ces gens, au lieu de se tourner vers le peuple et d’essayer de comprendre pourquoi ils en sont coupés, tous ces gens préfèrent se compromettre avec les ennemis du peuple.

Lisez ce texte de Maxime Tandonnet.

Extension indéfinie du champ de « l’extrême droite »

Publié le 18 juillet 2023 par maximetandonnet

M. Mélenchon traite le CRIF d’extrême droite, M. Pap N’Diaye traite Cnews et Europe 1 d’extrême droite, Libé traite Franck Ferrand d’extrême droite. Ne parlons même pas du propos scandaleux sur le CRIF. Le cas de Franck Ferrand est intéressant. Il subit un peu la même tentative de diabolisation que Lorent Deutsch. Raconter l’histoire, le déroulement des évènements autour de la Nation et des ses héros ou traitres, captiver le grand public grâce au récit national serait désormais d’extrême droite… Cela fait penser à la remarque d’EM qui voulait « déconstruire notre histoire ». Bref, la Nation et les racines deviendraient d’extrême droite. En fait cette expression est devenue l’insulte suprême des bienpensants. Tout ce qui n’est pas dans leur ligne, dans le sens des modes idéologiques, déconstruction, woquisme, multiculturalisme, climatisme, serait désormais, par définition, d’extrême droite. Or, cette formule, réduite à n’être qu’une insulte, un épouvantail, ne veut plus dire grand chose. Historiquement, l’extrême droite se définissait par le culte du chef (le Führer, le Caudillo ou le Duce), le refus du suffrage universel comme principe de légitimité, donc la préférence en faveur d’une « autorité verticale » contre la démocratie ou le pouvoir du peuple, le parti et la pensée uniques, l’emprisonnement ou l’assassinat des opposants, l’interdiction des libertés publiques (presse, expression, réunion, syndicale). D’ailleurs, à bien des égard, l’extrême droite partage des points communs avec l’extrême gauche, en tout cas la tentation totalitaire. Ce naufrage dans une logique d’opprobre et de diabolisation du monde politico-médiatique est bien le signe de sa crétinisation: dès lors qu’il n’a plus rien à dire, à court d’arguments et d’idées, il lui reste l’injure pour s’exprimer.

MT

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2 réflexions sur “Editorial. Politique: de la sacralisation des uns à la diabolisation des autres.

  1. plus ils appellent tout et n’importe quoi « extreme droite » plus ils desensibilisent l’opinion. Plus ils sont detestes par la population plus ceux qu’ils pensent rejeter par le pejoratif « extreme droite » seront vus comme une alternative possible.Plus il y a de gens qui n’ont plus rien a perdre,plus des solutions desesperees voir « extremement a droite » peuvent etre envisagées…

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