Le soubassement de mon cadre analytique depuis 2009,- exactement depuis mars 2009- lorsque je suis redevenu haussier sur les marchés financiers est le suivant.
Je rappelle que je suis redevenu haussier sur les marchés à la mi mars 2009 lorsque les autorités américaines ont abrogé les règles comptables, -la FASB 157 je cite d e mémoire- et ont autorisé les acteurs de la finance à avoir une comptabilité fausse, hédonique, avec des actifs financiers évalués selon leur convenance. Marked to fantasy!
Mon cadre analytique repose sur l’affirmation que ce jour là on est entré dans le Rabbitt Hole d’Alice au Pays des Merveilles, dans le même univers que le Japon, avait pénétré au début des années 90. univers de mensonge et de kick the can , univers qui nécessite toujours plus de fausse monnaie et de baisse des taux d’intérêt.
Quand on entre dans cet univers on n’en sort pas parce qu’ entre temps on crée des déséquilibres encore plus grands, on monte une pyramide de plus en plus haute et plus fragile.
Cette pyramide est un Ogre, elle demande toujours plus d’aliments sous forme de monnaie, de liquidités, de baisse des taux, d’assurances et de Put! Si l’Ogre n’a pas sa nourriture, il se fâche et toute explose ou implose, c’est comme vous voulez.
En un mot: on entre dans l’Hôtel California , on peut faire le check-in mais on ne peut faire le check-out.
On a brulé les vaisseaux, il est impossible de faire machine arrière.
En Aout 2020 les autorités monétaires ont fait monter les taux afin de lutter contre l’inflation des prix.
J’ai étudié leurs propos et suivi leurs déclarations et j’en ai conclu qu’elle étaient conscientes du fait qu’elles ne pouvaient pas vraiment lutter contre l’inflation car si elles le faisaient elles feraient s’effondrer la pyramide; j’en ai conclu que les autorités allaient mener une politique cosmétique, Canada Dry de lutte contre l’inflation c’est à dire un simulacre.
Par chance une grande partie de l’inflation des prix était temporaire purement circonstancielle car provoquée par d’une part les pénuries post Covid liées à la rupture des chaines d’ approvisionnement et d’autre part par l’injection massive de pouvoir d’achat afin de soutenir l’activité pendant la pandémie.
Ces deux facteurs d’inflation devant se résorber d’eux même la Fed à juste titre a monté les taux non pas pour lutter contre l’inflation mais pour prouver quelle pouvait monter les taux c’est à dire pour prouver sa crédibilité. Et l’autre raison de la hausse des taux était de se donner une marge, une possibilité de les rebaisser plus tard; d’une pierre deux coups.
L’inconnue de l’équation de la Fed est la suivante; une partie de l’inflation va disparaitre toute seule, mais à quel niveau va s’établir l’inflation résiduelle?
Elle a croisé les doigts en espérant que cette inflation résiduelle, après disparition des facteurs exceptionnels serait proche des 2 ou 3%.
Quand la Fed a vu que le marché du travail avait un comportement tout à fait anormal avec des départs à la retraite massifs et une baisse de l’appétence pour le travail la Fed a commencé à s’inquiéter . En effet elle s’est demandé si l’échelle de perroquet de la vraie inflation, celle de la course prix/salaires n’allait pas s’enclencher.
Elle a donc enclenché une nouvelle phase dans la politique. il ne s’agissait plus de montrer sa crédibilité et de reconstituer les marges de manœuvres mais bel et bien de devenir restrictive, de réduire la demande finale et de peser sur le marché du travail pour créer un peu plus de chômage et lui rendre son « slack ».
Pour l’instant nous en sommes là: la Fed a besoin d’un certain succès dans sa politique de contractions de la demande ; la Fed a besoin d ‘un certain succès dans la reconstitution d’un volant de sous-emploi.
Mais en même temps elle est arrivé au niveau critique, celui qui est le pivot de toute sa politique; elle est au niveau ou la politique monétaire commence à mordre et à faire entendre quelques craquements alors que le marché du travail lui, n’a pas craqué. Il faiblit, mais donne encore des signes de force. Et en plus les syndicats se réveillent. Ils se réveillent plus ou moins et essaient de trahir leurs mandants mais ceci est une autre histoire, disons pour simplifier que le pouvoir des négociation des salariés se manifeste à nouveau.
Donc ma position est simple; je récuse l’idée que nous soyons dans une nouvelle phase et un dans un nouveau régime de politique monétaire, nous ne sommes pas sortis du régime post 2009.
J’affirme que nous sommes allés au bout de l’ancienne mais encore à l’intérieurs de l ‘ancienne et que l’enjeu de la période est de savoir si oui ou non l’inflation des salaires va prendre le relais de l’inflation des marges bénéficiaires et poser à la Fed le grand dilemme: hausser vraiment et prendre le risque d’écroulement de la pyramide ou arrêter là le resserrement et croiser les doigts passivement.
Les rendements obligataires sont-ils élevés ?
Les taux des bons du Trésor à 10 ans sont en hausse depuis août 2020. Mais si on observe l’histoire on peut affirmer que les rendements sont encore relativement faibles.
Jetez un œil à ce graphique des rendements du Trésor américain à 10 ans remontant à 1962. Les taux ont culminé à 15,59 % en 1981.

Ce qui est étonnant, cependant, c’est leur récent taux de variation : en hausse de 24 % cette année et de 825 % depuis août 2020. La hausse des taux est devenu parabolique.
Pourquoi? parce que nous sommes entres dans la phase décrite plus haut à savoir que la Fed a décidé qu’il fallait aller vite, très vite s’opposer à la spirale salaires/prix et qu’elle sait que c’est une course de vitesse;, il faut aller vite pour monter les taux et faire en sorte que le mouvement social soit cassé, si on traine alors il y a risque pour la stabilité financière; car la stabilité financiere ce n’est pas seulement le niveau des taux, mais la durée pendant laquelle ils restent élevés. Il faut aller vite.
Nous sommes effectivement à un nouveau moment critique puisque dans le cadre de cette course de vitesse la récession n’est plus un choix mais devient une nécessité pour la FED.
C’est en effet dans cette situation que l’inflation à le plus de chance de se réduire tout en rendant possible l’utilisation des « marges de manœuvre » reconstituées grâce à la hausse des taux.
Toutes les autres options, y compris celle d’un plateau de longue durée sur les niveaux de taux actuels, constituent un danger existentiel pour le régime de financiarisation.
Le début de cette récession entrainera lui même un risque et une nouvelle course de vitesse que la FED pense pouvoir plus aisément gagner que la course actuelle dans le cadre de laquelle elle ne maitrise plus grand chose.
En résumé la mèche est maintenant courte et si l’inflation devait repartir et interdire le début d’un nouveau tour de manège dans les mois qui viennent le baril de poudre exploserait.
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