L’écart record entre le pétrole papier et le pétrole physique : une bombe à retardement sur les marchés financiers ? Les prix du pétrole sont maintenus artificiellement en dessous du « seuil psychologique » — Dmitriev

L’envoyé spécial du président russe a commenté un article de Global Markets Investor selon lequel les prix du pétrole augmentent considérablement malgré la baisse des contrats à terme, soulignant ainsi les tensions sur le marché physique et la crise énergétique persistante.

Envoyé spécial du président russe pour les investissements étrangers et la coopération économique, Kirill Dmitriev, Sergey Karpukhin/TASSKirill Dmitriev, envoyé spécial du président russe pour les investissements étrangers et la coopération économique

L’envoyé spécial du président russe et directeur général du Fonds d’investissement direct russe, Kirill Dmitriev, estime que les prix du pétrole sont maintenus artificiellement en dessous du « seuil psychologique » de 100 dollars le baril.

« Qui pourrait être suffisamment puissant, motivé et financièrement capable de continuer à vendre des contrats à terme sur le pétrole pour les maintenir artificiellement sous la limite psychologique de 100 dollars le baril, alors que l’écart avec le prix du pétrole physique dépasse les 30 à 40 dollars ? Ou peut-être s’agit-il simplement de la main invisible du marché selon Adam Smith ? », a-t-il écrit sur X.

Dmitriev a commenté un article de Global Markets Investor indiquant que les prix du pétrole augmentent considérablement malgré la baisse des contrats à terme sur le pétrole papier , soulignant ainsi les tensions sur le marché physique et la crise énergétique persistante.

L’écart record entre le pétrole papier et le pétrole physique : une bombe à retardement sur les marchés financiers ?

@DarioCpx a publié sur X un message qui a fait mouche dans les cercles de l’énergie et de la finance : « North Sea Crude spot price just hit a new ALL TIME HIGH at ~149$ above 2008 peak

Whoever is persisting in suppressing oil future prices to the current asinine low level is manufacturing the biggest volatility time bomb right in the heart of financial markets. »

Ce post, qui cite les données Platts du marché physique de la mer du Nord, met en lumière un phénomène rare et potentiellement explosif : l’écart massif entre le prix su pétrole physique (le « spot » réel) et les cotations du pétrole papier (les contrats à terme et dérivés financiers).

Qu’est-ce que le pétrole physique et le pétrole papier ?

Le pétrole physique désigne le brut réel, les barils concrets qui sont extraits, transportés par tanker, stockés et livrés aux raffineries. Son prix est fixé sur le marché « spot » (au comptant) via des agences comme Platts, S&P Global ou Argus. Exemple : le Dated Brent ou le Forties Blend (un mélange de brut de la mer du Nord) reflètent le prix réel que les raffineurs paient aujourd’hui pour recevoir la marchandise immédiatement.

Le pétrole papier (ou « paper oil ») correspond aux contrats financiers négociés sur les bourses comme ICE (Brent) ou NYMEX (WTI). Il s’agit de futures, d’options, de CFD ou d’ETF qui permettent de spéculer sur le prix futur du pétrole sans jamais prendre livraison physique.

En théorie, les deux marchés devraient converger : le prix des futures anticipe le spot ajusté des coûts de stockage, de transport et des primes de risque . En pratique, des divergences peuvent apparaître, mais rarement à ce niveau.

La situation actuelle fait ressortir un écart historique de plus de 50 dollars

Selon les données les plus récentes (13-14 avril 2026) :

  • Le Forties Blend (brut physique de la mer du Nord) a atteint 148,87 $/baril, dépassant le pic de 2008.- reuters.com
  • Dans le même temps, le contrat Brent futures (pétrole papier) oscillait autour de 95-97 $/baril. -investing.com

Écart constaté : environ 50 à 53 dollars par baril. C’est colossal.

Les raffineurs européens et asiatiques paient près de 150 $ pour un baril qu’ils peuvent charger immédiatement, tandis que les marchés financiers parient sur un prix inférieur à 100 $ pour les mois à venir.

Ce découplage n’est pas anecdotique. Il est visible dans les bids Platts : des majors comme Trafigura, Mercuria et Total ont enchéri à des primes record (Dated Brent + 21-22 $/bbl CIF Rotterdam) pour des cargaisons de WTI Midland et Ekofisk.

Pourquoi un tel écart ?Plusieurs facteurs se conjuguent :

Tensions géopolitiques persistantes : malgré les annonces de cessez-le-feu, les perturbations autour du détroit d’Ormuz (principal goulet d’étranglement mondial) continuent de limiter l’offre physique. Les armateurs et raffineurs paient cher pour la certitude de livraison immédiate.

Manipulation présumée des marchés papier comme le suggère le spécialiste russe ci dessus : de nombreux observateurs pointent du doigt une intervention coordonnée (Trésor américain, banques, hedges funds) pour maintenir les futures artificiellement bas. Objectif supposé : contenir l’inflation énergétique et surtout soutenir les marchés des actions. Mais cette stratégie crée une « bombe de volatilité » comme le souligne Dario.

Le marché physique? , le marché du stuff, reflètent la rareté réelle du pétrole aujourd’hui, tandis que le papier intègre des anticipations de surplus futur ou des positions manipulatrices massives.

Ce n’est pas la première fois que papier et physique divergent (on l’a vu en 2020 avec le WTI négatif, ou lors de crises passées), mais l’ampleur actuelle est exceptionnelle.

Les risques : une explosion future: maintenir les futures à des niveaux « absurdes » alors que le spot crève les plafonds crée une pression accumulée. Si les acteurs physiques (raffineurs, négociants) commencent à prendre livraison ou si la géopolitique s’aggrave, le rattrapage pourrait être brutal :

Tant que le découplage persiste, le risque d’un « time bomb » de volatilité reste élevé

EN PRIME

.La déclaration de Fatih Birol (directeur exécutif de l’Agence Internationale de l’Énergie) est tout à fait juste : les prix du pétrole aujourd’hui ne reflètent pas encore la gravité réelle de la situation est tout a fait juste:

-Perte massive d’approvisionnement : environ 13 millions de barils par jour sont hors marché à cause de la guerre Iran/Israël/États-Unis et des dommages sur plus de 80 installations énergétiques. C’est du jamais vu depuis les chocs pétroliers des années 1970 (et même pire selon l’IEA).

-Détroit d’Ormuz : le flux est passé de ~20+ millions de barils/jour à environ 3,8 millions, soit une chute de 80 %. Le blocus naval américain (et le contrôle iranien précédent) crée un étranglement physique majeur.

-Marchés financiers vs réalité physique : les prix spot et les contrats à terme n’ont pas encore intégré pleinement les retards de cargos, les reroutages, les stocks qui s’épuisent et les effets en cascade sur le raffinage et la distribution. Les marchés ont réagi aux tweets de cessez-le-feu et aux annonces politiques, pas à la réalité sur le terrain.

Aujourd’hui, le Brent oscille autour de 99-104 $/baril. C’est élevé, mais pas encore au niveau d’un choc structurel de cette ampleur.

EN PRIME

Chris Martenson est un chercheur américain en économie, un futurologue et un auteur connu pour ses analyses sur l’économie, l’énergie et l’environnement.

r

  • Formation : PhD en neurotoxicologie de l’université Duke + MBA en finance de Cornell.
  • Il a travaillé comme vice-président dans une grande entreprise pharmaceutique (Fortune 300) et dans le conseil stratégique avant de tout quitter. realvision.com

Ce qui l’a rendu célèbreIl est surtout connu pour sa série vidéo The Crash Course (disponible gratuitement en ligne), qui explique de façon claire et accessible comment l’économie, l’énergie et l’environnement (les « 3 E ») sont interconnectés. Il y montre que la croissance infinie est impossible dans un monde aux ressources finies. Ce travail a été publié sous forme de livre en 2011.

rIl a aussi été l’un des premiers « econobloggers » à prévoir l’effondrement du marché immobilier et la crise financière de 2008.

Aujourd’hui

  • Il est le fondateur et CEO de PeakProsperity.com, un site dédié à la résilience personnelle, financière et communautaire face aux crises à venir (énergie, dette, environnement, etc.).
  • Il parle beaucoup de dépletion des ressources, de pic pétrolier, de dette insoutenable et de préparation individuelle (« prepping » intelligent).

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