Depuis le début de cette année, l’offre monétaire mondiale s’est gonflée à un rythme annualisé de 16 %.
C’est le véritable taux d’inflation . Celle qui dilue la valeur de votre argent en attendants de ronger son pouvoir d’achat.
L’inflation signifiait à l’origine exactement cela : l’inflation de l’offre monétaire par création ou débasement, tout comme les Romains le faisaient lorsqu’ils diluaient la teneur en argent de leurs pièces. Entre le XVIIe et le XIXe siècle, c’est la création monétaire elle-même qui était la définition réelle de l’inflation, et non quelque indice de prix arbitraire calculé par un bureau de statistiques lié au gouvernement que nous utilisons aujourd’hui.
Avec les tensions géopolitiques et le boom des investissements en IA qui dominent les gros titres, l’accumulation sans précédent de dettes est en grande partie passée sous le radar des investisseurs.
Pourtant, l’un des résultats de l’accumulation de dettes est la nécessaire création monétaire continue pour maintenir une liquidité élevée et faire tourner les machines mondiales de refinancement. .Il faut toujours élever le niveau de la mer.
Vous pouvez parler autant que vous voulez de la normalisation des taux d’intérêt et de la politique monétaire, mais la réalité est simple : cela n’arrivera pas. Et je vous explique depuis 2009 que cela ne peut plus arriver: nous avons brulé les vaisseaux qui permettaient de rejoindre le pays de l’orthodoxie.
Des périodes plus longues de croissance positive du PIB, des bénéfices d’entreprises en hausse, et même des guerres peuvent distraire les investisseurs pendant un moment, mais l’ère de la domination fiscale n’a pas bougé d’un pouce. Cette domination fiscale a en outre, maintenant, été complétée par la domination financière et boursière, on ne peut plus être sérieux: si on essayait on ferait s’écrouler la pyramide de papiers et le système bancaire!

Une explosion de la masse monétaire mondiale. Source Jeroen Blokland
Ce graphique du fonds Blokland Smart Multi-Asset montre l’évolution de la Global M2 Money Supply (en trillions de USD) de janvier 2005 à janvier 2026. On passe d’environ 30 trillions à plus de 120 trillions de dollars, soit une multiplication par 4 en 21 ans.
Croissance très forte et quasi continue, avec des accélérations nettes : c’est ce que j’appelle la doctrine de l’inflationnisme qui pretend que tous les problèmes de nos sociétés peuvent etre « résolus » par la creation de monnaie et de dettes c’est à dire par ses signes au passif de nos systèmes
-Après la crise de 2008 (QE1, QE2…).
-Pendant et après le Covid (2020-2021) : la courbe devient presque verticale.
-Reprise forte depuis 2023-2024.
Aujourd’hui, début 2026, les estimations pour les grandes zones (États-Unis + Eurozone + Chine + Japon) tournent autour de 100-102 trillions USD, donc le graphique semble cohérent car il inclut probablement plus de pays.
J’en profite pour faire la liaison avec l’article de ce jour dont je vous recommande la lecture
Lien avec Berkeley et Marx; c’est presque une illustration vivante du débat que j’ai évoqué en cours de journée :
Berkeley (le nominaliste idéaliste) serait ravi : l’argent n’est qu’un signe, un ticket, une abstraction pure. Ici, on crée des trillions de « monnaie » par simple décision des banques centrales (QE, taux bas, expansion du crédit). Pas besoin de valeur intrinsèque (or, travail…), juste de la confiance et de la perception. Esse est percipi version monétaire : la monnaie « existe » parce que tout le monde accepte qu’elle existe.
Marx aurait vu là une confirmation de sa critique : cette expansion massive de la monnaie sans contrepartie productive équivalente est typique du capitalisme financier. Elle déconnecte la sphère monétaire de la sphère réelle (travail, marchandises). C’est la fameuse disjonction dont je vous parle regulièrement, l’opération méphistophelique qui sépare les ombres des corps!
La disjonction permet l’enrichissement des « deja riches », le maintien au pouvoir des gouvernements qui profitent de la fausse monnaie pour faire de fausses promesses; elle permet l’augmentation du taux d’exploitation des salariés par dilution de leur pouvoir d’achat, et la possibilité de lutter contre la tendance 0 l’erosion de la profitabilité du capital
-Inflation des actifs (bourses, immobilier, Bitcoin…).
-Perte de pouvoir d’achat pour ceux qui n’ont pas d’actifs.
-Instabilité croissante .
Marx critiquait déjà Berkeley pour avoir fait de l’argent une pure abstraction. Ce graphique montre que nous vivons dans le monde qu’il redoutait : la monnaie comme fiction collective que les États et banques centrales gonflent à volonté …pour maintenir un certain ordre social
LES CONSEQUENCES SE DONNENT A VOIR
-Inflation des prix des biens et des services
-Inégalités exponentielles : ceux qui ont accès au crédit et aux marchés financiers profitent de l’effet de richesse-papier
-Risque de révulsion systémique systémique : une masse d’actifs fictifs aussi énorme rend les banques centrales prisonnières , elles ne peuvent plus gérer de façon orthodoxe sans faire exploser la dette.
C’est la matérialisation de l’idée que l’argent moderne est devenu une construction solipsiste des élites monétaires : on imprime la réalité qu’on veut faire percevoir.