Joe Kent dénonce les « guerres éternelles » : une interview avec Glenn Diesen sur l’influence israélienne et les échecs de la politique étrangère américaine
Dans une interview accordée à Glenn Diesen, professeur et analyste en relations internationales, Joe Kent, ancien directeur du National Counterterrorism Center (Centre national de contre-terrorisme des États-Unis), livre une critique sde la politique étrangère américaine.
Démissionnaire en mars 2026 précisément en raison de la guerre contre l’Iran, Kent affirme que ces interventions militaires prolongées, souvent qualifiées de « forever wars », ne renforcent pas la sécurité nationale des États-Unis mais servent d’autres intérêts, au premier rang desquels ceux d’Israël.
L’entretien, publié le 2 avril 2026 sur la chaîne YouTube de Glenn Diesen, intervient dans un contexte de tensions exacerbées au Moyen-Orient. Joe Kent y revient sur sa décision de quitter ses fonctions, expliquant qu’il refusait de cautionner un nouveau conflit de changement de régime.
Selon lui, l’Iran ne représentait aucune menace imminente pour les États-Unis.
Téhéran a fait preuve d’un comportement rationnel et calibré : contrôle de ses proxies sous l’administration Trump, observation d’une « échelle d’escalade » et réponses proportionnelles aux frappes américaines sur ses sites nucléaires.
Kent souligne que la seule menace immédiate provenait d’Israël, qui a attaqué l’Iran en premier.
Une influence israélienne « intrusive » sur la politique américaine
L’un des points les plus saillants de l’interview est la mise en lumière d’une influence israélienne structurée sur la prise de décision à Washington.
Kent décrit un système sophistiqué : pression des comités d’action politique (PAC) sur le Congrès, partage sélectif du renseignement (parfois manipulateur), relais médiatiques et contournement direct des processus bureaucratiques. Cette influence aurait notamment poussé l’administration Trump à durcir ses « lignes rouges » sur le nucléaire iranien, rendant toute négociation impossible.
« Nous avons renversé le régime de Saddam Hussein et celui de Bachar al-Assad pour Israël, nous avons créé Daech, et nous nous apprêtons maintenant à renverser l’Iran pour Israël », déclare Kent dans une formule reprise dans une image largement diffusée sur les réseaux sociaux.
Le rôle américain dans la création de Daech (ISIS)J
oe Kent ne se contente pas de critiquer le présent. Il revient sur les origines historiques des échecs américains.
Selon lui, l’invasion de l’Irak en 2003 a déséquilibré la région en installant des proxies chiites pro-iraniens, favorisant l’émergence d’Al-Qaïda en Irak puis de Daech.
En Syrie, les États-Unis ont armé des groupes radicaux sunnites, y compris des éléments liés à Al-Qaïda, dans le but de renverser Bachar al-Assad. Ces interventions, affirme-t-il, ont directement contribué à l’essor du jihadisme plutôt qu’à sa défaite.
Les leçons des « guerres éternelles »
Kent dresse un bilan des interventions passées (Irak, Afghanistan, Syrie, Libye) : échecs répétés du changement de régime, coûts humains et financiers exorbitants, et renforcement paradoxal des adversaires. Il plaide pour une approche réaliste et limitée : se concentrer sur la lutte antiterroriste, la sécurisation des flux pétroliers et commerciaux, sans imposer d’agendas moraux ou idéologiques.
Toute nouvelle aventure militaire au sol, insiste-t-il, risque de coûter davantage de vies américaines sans bénéfice stratégique.Il met également en garde contre les risques nucléaires : la pression exercée sur l’Iran pourrait pousser Téhéran vers une voie à la nord-coréenne, créant une prophétie auto-réalisatrice.
Kent observe que la Chine et la Russie tirent profit de ces distractions américaines, respectivement dans le Pacifique et en Ukraine.
Un appel à la retenue et à la réalpolitik
Pour sortir du cycle, Joe Kent propose une voie pragmatique : contraindre Israël à la retenue (en réduisant l’aide militaire offensive si nécessaire) afin de permettre à l’Iran de négocier un allègement des sanctions et une reprise du commerce énergétique. Sans cette désescalade, les États-Unis risquent de s’enliser dans un nouveau conflit coûteux, tandis que l’Iran peut « gagner en ne perdant pas » grâce à sa géographie, ses missiles et son contrôle du détroit d’Ormuz.
Joe Kent, fort de son expérience au sein des forces spéciales et des services de renseignement, incarne une voix dissidente au sein de l’establishment : celle d’un réalisme qui place la sécurité nationale américaine au-dessus de tout autre agenda.