James Rickards alerte sur une crise énergétique et économique mondiale imminente : le « Petrodollar 2.0 » face à la fermeture du détroit d’Ormuz
Dans le dernier épisode de New Order, émission animée par le journaliste Afshin Rattansi, Rickards livre une analyse des conséquences géopolitiques et économiques de la crise actuelle au Moyen-Orient.
Au cœur de son exposé : la fermeture effective du détroit d’Ormuz, qui menace 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole et une part importante du GNL, et qui pourrait précipiter une crise économique globale aux répercussions humanitaires dramatiques.
Un blocus à double verrou : l’Iran et la Marine américaine
Selon Rickards, le détroit d’Ormuz n’est plus une simple zone de tension : il fonctionne comme un véritable goulet d’étranglement à deux « péages ».
D’un côté, l’Iran contrôle le passage côtier et interdit ou saisit les navires à destination de l’Europe occidentale, du Japon ou d’autres alliés occidentaux.
De l’autre, la Marine américaine intercepte, détourne ou saisit les tankers qui parviennent à franchir le premier barrage. « Très peu de navires passent », explique-t-il.
« Ceux qui y arrivent sont souvent retournés ou saisis par la Marine US, voire touchés par des missiles. » Le flux quotidien habituel de 120 tankers a été réduit à une peau de chagrin. Le « pipeline flottant » – les tankers déjà en mer avant le déclenchement des hostilités le 28 février – s’est épuisé après huit à neuf semaines.
Résultat : les raffineries et les usines commencent à fermer, d’abord en Nouvelle-Zélande (100 % dépendante des importations), puis au Japon, en Corée du Sud et ailleurs.
Des conséquences humanitaires et industrielles dévastatrices.
Rickards met en garde contre un scénario à double tranchant :
- Crise industrielle : les raffineries ne se relancent pas du jour au lendemain. Même en cas d’ouverture hypothétique du détroit, il faudrait des semaines ou des mois pour rétablir les températures, pressions et calibrages nécessaires.
- Menace de famine : la saison des semis est en cours dans de nombreuses régions du Sud global. Les nitrates et engrais issus du golfe Persique manquent. Sans eux, les récoltes pourraient s’effondrer, entraînant un risque de « famine de masse ».
« Ce n’est pas comme appuyer sur un interrupteur », insiste-t-il. « Les conséquences se font sentir maintenant, et elles vont s’aggraver. »
Trump veut-il vraiment rouvrir le détroit ? Le « Petrodollar 2.0 »
L’analyse la plus percutante de Rickards concerne la stratégie américaine. Selon lui, Donald Trump n’est « pas pressé » de rouvrir le détroit d’Ormuz. Pourquoi ? Parce que les États-Unis et la Russie sont aujourd’hui les deux seuls grands producteurs dont le pétrole peut encore atteindre les marchés sans passer par le golfe Persique.
- Les pays du CCG (Conseil de coopération du Golfe) doivent franchir deux péages : l’Iran (qui bloque les cargaisons à destination de l’Occident) et la Marine américaine (qui laisse passer sélectivement).
- Les sanctions américaines sur le pétrole russe, en vigueur depuis 2022, ont été suspendues, permettant à Moscou de réintégrer le marché européen et occidental.
- Résultat : Washington renforce sa position dominante et, paradoxalement, celle de la Russie.
Rickards baptise ce mécanisme « Petrodollar 2.0 ».
Loin de signer la fin de l’hégémonie du dollar, le blocus la renforce. Les pays acheteurs continuent de payer en dollars (les Russes les acceptent, les Indiens y ont facilement accès).
Le dollar représente encore environ 60 % des réserves mondiales, l’euro 26-27 %. Ensemble, ils totalisent 87 % des transactions. La part du yuan reste marginale
Rickards salue la diplomatie indienne, « maître dans l’art de l’équilibre » depuis 75 ans entre Moscou et Washington. New Delhi achète des armes russes tout en payant son pétrole en dollars. La Chine, plus vulnérable, compense partiellement par des importations russes et du charbon, mais reste exposée. Le contrôle américain du détroit de Malacca via l’alliance avec l’Indonésie complique encore son approvisionnement.
Quant à la narrative de « dédollarisation », Rickards la nuance fortement : les ventes de bons du Trésor américain par la Chine servent surtout à soutenir le yuan sur le marché des changes, non à abandonner le dollar.
Une crise structurelle ou une recalibration de la puissance unipolaire ?Pour James Rickards, le blocage du détroit d’Ormuz n’est pas seulement une conséquence collatérale de la guerre. Il s’inscrit dans une stratégie plus large de contrôle des flux énergétiques et des routes maritimes (Venezuela, Guyane, canal de Panama). Loin d’accélérer la fin de l’unipolarité, cette crise pourrait au contraire consolider la position américaine tout en marginalisant l’Europe et une partie du Sud global.
L’émission New Order pose ainsi la question centrale : assistons-nous à une véritable transition multipolaire ou à une recalibration brutale de l’ordre existant ?