Le dollar, les déficits, le dollar hors Etats Unis, la désindustrialisation, le financement de la dette US, les Treasuries, tout cela c’est un système!

La dette américaine a dépassé toutes les anciennes limites en particulier celle des 100% du GDP qui, il y a quelques années étaient considérées comme fatidiques.

Carmen M. Reinhart et Kenneth S. Rogoff sont les auteurs du célèbre article (et du livre « This Time Is Different ») qui a popularisé l’idée d’un seuil critique de dette publique autour de 90 % du PIB.

  • Dans leur étude de 2010 (« Growth in a Time of Debt »), ils ont montré que lorsque la dette publique dépasse 90 % du PIB, la croissance économique moyenne chute fortement (environ -1 % par an ou plus, selon les périodes historiques).

Le contexte du « 100 % du PIB » :

  • Ils n’ont pas fixé un seuil strict à 100 %, mais à 90 % comme niveau à partir duquel les risques augmentent nettement (ralentissement de la croissance, vulnérabilité aux crises).
  • Au-delà de 90-100 % du PIB, les pays entrent souvent dans une « zone dangereuse » où la soutenabilité de la dette devient plus fragile, surtout en cas de hausse des taux d’intérêt.
  • Leur travail s’appuie sur des données historiques couvrant des siècles et de nombreux pays.

Mais cela c’était avant, ces ratios avaient du sens et une importance dans le système ancien, avant que l’Amérique ne se donne la possibilité de produire autant de dollars qu’elle le jugeait utile, donc avant 1971 et les accords de la Jamaique sur les changes flottants.

A partir du moment ou vous avez la possibilité de produire de la monnaie et des dettes sans limite endogène, les seules limites sont exogènes et les limites exogènes sont celles qui découlent de la demande mondiale de dollars et de leur cristallisation que constituent les dettes du Trésor américain et de ses Agences.

La limite c’est l’acceptation, la demande de dollars, le besoin de dollars dans le monde.

La limite c’est la dédollarisation!

C’est donc cet aspect qu’il convient d’étudier; quelle est la demande de dollars dans le monde, quels sont ses déterminants, ses causes, ses utilisations, etc:

Il faut pour réfléchir se poser les bonnes questions.

J’insiste pour faire comprendre l’évidence; ce qui est important c’est le statut du dollar, sa demande, son besoin dans le monde; tant que l’on a besoin de dollars, la demande de Treasuries en découle car il sera toujours plus intéressant de détenir des Treasuries dont le marché est liquide et qui rapportent que des dollars oisifs.

A la limite le problème de la valeur du dollar est secondaire pour beaucoup d’agents economiques qui sont à la fois achteurs et vendeurs de dollars! Le dollar fort n’est pas celui qui est cher, non c’est celui qui s’est rendu indispensable.

Les Treasuries sont des dollars cristallisés.

CE QUI DOIT ETRE ETUDIE C’EST LA QUALITE DE LA DEMANDE DE DOLLARS. ON PEUT DEMANDER DES DOLLARS POSITIVEMENT A CAUSE DE LA RENTABILITE, DE LA SECURITE, DE LA CONFIANCE; A CAUSE DE LA MARINE AMERICAINE, DES PORTE AVIONS, DES BASES

MAIS

ON PEUT AUSSI LES DEMANDER PARCE QUE L’ON EN A UN BESOIN IMPERATIF TECHNIQUE COMME PAR EXEMPLE PARCE QUE L’ON A DES DETTES EN DOLLARS ET QUE L’ON DOIT LES SERVIR, PAYER LES INTERETS ET LES ECHEANCES.

LE MONDE ENTIER EST DOLLAR -SHORT!

LE MONDE EST VENDEUR A DECOUVERT DE DOLLARS!

C’EST LE GRAND SECRET DU SYSTEME. LE MONDE CROULE SOUS LES DETTES EMISES EN DOLLARS ET CELA ALIMENTE LA DEMANDE DE DOLLARS CAR IL FAUT HONORER LES DETTES.

LE SOUTIEN DU DOLLAR, C’EST L’ENSEMBLE DE LA DETTE LIBELLEE EN DOLLARS QUI EST DETENUE à L’ETRAnGER

Le statut du dollar américain a changé , le soutien de la marine à la dette offshore n’est plus déterminant, un pivot silencieux s’est opéré et c’est lui qui creuse les déficits commerciaux et la désindustrialisation des États-Unis

Un article du Financial Times fait le buzz dans les cercles financiers.

Le pétrodollar : un accord historique en train de se fissurer

L’article du FT rappelle l’histoire du système mis en place dans les années 1970. Après la guerre du Yom Kippour et l’embargo pétrolier, le terme « pétrodollar » est apparu.

Au départ, il désignait simplement les flux de capitaux issus des ventes de pétrole. Les pays producteurs, dont les économies domestiques étaient trop petites pour absorber ces revenus, réinvestissaient massivement dans des actifs en dollars, notamment les bons du Trésor américain.

En échange, les États-Unis offraient sécurité et stabilité via leur puissance militaire, en particulier la US Navy qui protège les routes maritimes et le détroit d’Ormuz.

Le dollar « flottait sur les porte-avions américains », comme l’écrit le FT.

Aujourd’hui, cet équilibre vacille :

  • La production pétrolière s’effondre en Arabie saoudite, au Koweït, en Irak et aux Émirats.
  • L’Iran vend presque tout son pétrole à la Chine en yuans.
  • L’Inde achète également du pétrole iranien en yuans.
  • Ce mois-ci, les navires passant par le détroit d’Ormuz ont payé un péage à l’Iran… en bitcoin.

Le FT conclut : « Le deal n’est plus ce qu’il était. Le dollar ne navigue plus sur les groupes de porte-avions. »

Le vrai moteur du dollar aujourd’hui c’est la dette offshore

Le dollar n’est plus principalement soutenu par le commerce du pétrole ou même par la puissance militaire américaine. Son pilier actuel est plus technique et plus massif , c’est l’énorme stock de dette libellée en dollars détenue en dehors des États-Unis , les fameux eurodollars et autres instruments offshore chers à l’ami Snider.

Les banques étrangères, les entreprises multinationales et les gouvernements créent et détiennent des dollars hors du bilan de la Fed. Ce marché colossal oblige les acteurs internationaux à détenir, emprunter et rembourser en dollars, ce qui maintient une demande structurelle pour la devise américaine et les titres américains comme les Treasuries .

Le montant total de la dette libellée en dollars émise par le reste du monde (hors États-Unis) est estimé à environ 13-15 trillions de dollars US, principalement sous forme de crédit bancaire et d’obligations internationales.

Selon bis.org, chiffres clés (données récentes, fin 2025) :

  • Crédit en dollars aux emprunteurs non américains (hors banques US) : Environ 14,3 trillions USD au total pour le crédit en dollars (banques + marchés), dont une grande partie concerne les non-résidents US. Le crédit en dollars aux non-banques hors US représente une part majeure (autour de 13-14 trillions USD selon les indicateurs BIS de liquidité globale). bis.org
  • Dette en obligations internationales (international debt securities) : Le stock total d’obligations internationales est d’environ 34 trillions USD. Une part très importante (environ 50-60 % ou plus) est libellée en dollars, émise par des entités non-US (gouvernements, entreprises, surtout marchés émergents et économies avancées hors US). fred.stlouisfed.org

Total approximatif de dette en USD « offshore » (émise ou due par non-US) : Plus de 13-15 trillions USD pour le crédit aux non-banques + une partie substantielle des obligations internationales.

Cela inclut :

  • Dette des marchés émergents (environ 4-5 trillions USD en dollars pour les EMDEs).
  • Dette des entreprises et gouvernements des économies avancées (Europe, Japon, etc.).
  • Emprunts bancaires et obligataires en USD par des entités non-résidentes US.

Le dollar domine les émissions en devises fortes : plus de 50-60 % des nouvelles émissions de dette internationale sont en USD.

  • Cela concerne surtout les pays en développement et entreprises qui empruntent en USD pour bénéficier de taux et de liquidité plus attractifs, malgré le risque de change.
  • Données BIS (Bank for International Settlements) : Principale source pour le crédit transfrontière et les obligations internationales. Le crédit en dollars a crû fortement en 2025 (environ +8,5 % sur un an). bis.org

Pour que le reste du monde puisse détenir autant de dollars (sous forme de dette), les États-Unis doivent évidemment fournir ces dollars. Comment ? En important massivement plus qu’ils n’exportent.

Résultat : les déficits commerciaux structurels persistants depuis des décennies sont une consequence du système, tout comme le besoin de dollars en dehors des Etats unsi et tout comme la détention de Treasuries, stockage de dollars.. .

Ces déficits sont la contrepartie logique du statut de monnaie de réserve. Ce statut a produit toute la chaine de conséquences, y compris les creations de dettes offshore en dollars et y comprii le besoin futur de dollars et y compris le stockage de dollars sous formes de Treasuries.

C’est un système!

Les dollars sortent des États-Unis pour financer la dette étrangère, ce qui creuse le déficit commercial et réduit la base industrielle du pays.

  • Le dollar est fort à l’extérieur grâce à cette dette offshore.
  • Mais cette même force affaiblit l’économie intérieure : usines qui ferment, emplois industriels qui disparaissent, dépendance accrue aux importations.

C’est le fameux dilemme de Triffin revisité à l’ère moderne : pour que le dollar reste la monnaie dominante, les États-Unis doivent être prêts à creuser leurs déficits Il passe d’un soutien « dur » (pétrole + marine) à un soutien « financier » (dette offshore), avec des conséquences structurelles sur l’économie réelle américaine.

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