Non, cela ne sera probablement pas suffisant à long terme, et c’est précisément le signal que le marché envoie en ce moment.
Le graphique Bloomberg ci dessus indique qu’on est à seulement 8 points de base d’un nouveau plus-haut sur 18 ans -autour de 5,11 % en octobre 2023, et le rendement flirte actuellement avec les 5,03 % au 4 mai 2026-.
La hausse traduit l’offre massive de Treasuries face à une demande insuffisante aux rendements actuels et ce malgré les artifices de la monétisation :
-les déficits budgétaires américains restent colossaux (plusieurs milliers de milliards de dollars par an). Le Trésor émet des quantités record de dette à long terme pour les financer.
-les investisseurs (fonds de pension, assurances, étrangers, banques) exigent une prime de risque plus élevée .La prime de terme est en train de se réévaluer à la hausse. D’où la pression à la hausse sur les rendements longs.
Un retour rapide à la normale semble peu probable avec l’ inflation sous-jacente qui refuse de redescendre durablement, une croissance encore solide, des besoins considérables pour l’IA, le tout dans un contexte d’incertitudes géopolitiques et fiscales.
Est-ce que ce niveau de rendement de 5 % suffira à absorber les besoins ?
C’est peu probable. C’est un cercle vicieux bien connu des macro-économistes :
Plus le Trésor émet , plus les rendements montent pour absorber l’offre.
Plus les rendements montent plus la charge d’intérêts du gouvernement explose alors que c’est déjà l’un des plus gros postes du budget fédéral.
Plus la charge d’intérêts augmente et plus le déficit se creuse et plus les émissions se gonflent.
Nous sommes déjà dans un régime où les intérêts sur la dette représentent une part très importante du budget, et la courbe ne s’inverse pas.
Si les rendements 30 ans dépassent durablement 5,5 % – 6 %, on entrera dans une zone où l’économie américaine commencera à souffrir tandis que le risque pour le marché boursier grimpera fortement.
La Fed sera coincée.
À un moment donné, soit le Congrès devra réduire drastiquement les déficits ce qui est peu probable politiquement, soit le marché forcera une intervention non conventionnelle plus directe (YCC, QE massif, etc.).