Steve Keen sur la Chine, l’Occident ne comprend pas la Chine

Je partage totalement l’analyse de Steve Keen exposée ci dessous.

Les observateurs occidentaux ne comprennent pas comment la Chine fonctionne. ils lisent le modèle chinois avec des yeux inadaptés. Je le constate tres souvent dans la lecture des dépêches sur l’economie chinoise, meme les meilleurs n’arrivent pas a dépasser les outils comptables occidentaux et a utiliser des outils adaptés au modèle chinois.

C’est plus que théorique, c’est culturel voire philosophique.

D’ou l’interêt de ce texte assez didactique de Keen connu pour son cadre analytique alternatif.

Steve Keen

3 erreurs comptables que la plupart des analystes de la Chine continuent de commettre.

Un. Les déficits ne sont pas de l’insolvabilité. La Chine crée du yuan. La contrainte est l’allocation des ressources, pas l’argent.

Deux. La fuite des capitaux n’est pas un effondrement. Elle dévalue le yuan pour stimuler les exportations. Les banques d’État maintiennent l’investissement indépendamment de l’endroit où va l’argent.

Trois. Les salaires suivent le PIB. Les salaires chinois évoluent avec la croissance tandis que les salaires américains ne le font pas. Cet écart structurel est l’histoire réelle.

Steve Keen est connu pour avoir anticipé la crise financière de 2008 bien avant la plupart de ses collègues; il a démontré par la suite que dans nos systèmes les crises financières sont inéluctables. Steve keen pense en MMT.

Il dénonce trois « erreurs comptables » récurrentes chez les analystes qui prédisent régulièrement l’effondrement de la Chine.

Selon lui, ces erreurs reposent sur une mauvaise compréhension des mécanismes macroéconomiques chinois et sur une application aveugle des grilles de lecture occidentales néoclassiques.

1. Un déficit public n’est pas une insolvabilité. Beaucoup d’analystes voient la dette publique chinoise comme un signe imminent de faillite, à la manière d’une entreprise ou d’un ménage surendetté.

Erreur comptable fondamentale : la Chine émet sa propre monnaie, le yuan. Un État souverain qui contrôle sa banque centrale ne peut pas « manquer d’argent » comme un particulier. Il peut toujours créer des yuans pour honorer ses dettes libellées dans sa monnaie.

La vraie contrainte, selon Keen, n’est pas financière, mais réelle : il s’agit de l’allocation des ressources (main-d’œuvre, matières premières, capacités de production).

Tant que la Chine peut mobiliser ces ressources pour investir (infrastructures, industries high-tech, transition écologique), les déficits publics ne sont pas un problème, mais un outil puissant de stimulation de la demande et de la croissance.

En résumé : les déficits augmentent la richesse nette du secteur privé, ils ne l’appauvrissent pas.

2. La fuite des capitaux n’est pas synonyme d’effondrement . Les médias occidentaux parlent souvent de « capital flight » (fuite des capitaux) comme d’un signal de panique et de crise imminente.

Keen retourne l’argument : même si une partie des capitaux privés sort du pays, cela n’entraîne pas un effondrement de l’investissement. Pourquoi ? Parce que les banques d’État chinoises continuent de financer massivement les projets d’investissement, indépendamment des mouvements de capitaux privés.

Effet secondaire positif du point de vue chinois : la fuite des capitaux exerce une pression à la baisse sur le yuan, ce qui rend les exportations chinoises encore plus compétitives sur les marchés internationaux.

L’État conserve le contrôle du système bancaire et peut donc maintenir le rythme de l’investissement productif.

La Chine ne fonctionne pas comme une économie de marché libérale où le secteur privé dicte tout ; l’État reste le pilote.

3. Les salaires chinois suivent la croissance du PIB contrairement aux États-Unis. C’est peut-être le point le plus important selon Keen.

Aux États-Unis, la part des salaires dans le PIB a fortement baissé depuis des décennies : les gains de productivité profitent surtout aux actionnaires et aux rentiers financiers. En Chine, les salaires réels ont historiquement augmenté en phase avec la croissance du PIB.

Cela crée un cercle vertueux :

  • Des salaires qui montent → une demande intérieure forte
  • Une demande intérieure forte → moins de dépendance aux exportations
  • Une économie plus équilibrée et plus résiliente

Ce « gap structurel » entre le modèle chinois avec salaires qui suivent la croissance et le modèle américain avec salaires qui décrochent est, pour Steve Keen, la véritable histoire à suivre, bien plus que les chiffres de dette ou les mouvements de capitaux.

Ces trois points ont immédiatement suscité des réactions. Michael Pettis, excellent spécialiste reconnu de l’économie chinoise, nuance le troisième point en rappelant que, sur longue période, la part des salaires dans le PIB chinois a d’abord fortement baissé avant de se stabiliser ou de remonter légèrement.

Le débat reste donc ouvert.

Steve Keen ne dit pas que la Chine n’a aucun problème (démographie, bulle immobilière, tensions géopolitiques). Il dit simplement que la plupart des analyses occidentales reposent sur des erreurs comptables élémentaires qui transforment des forces structurelles chinoises en faiblesses imaginaires.

Pour lui, la Chine ne risque pas un « effondrement » à la manière d’une économie néolibérale classique : elle dispose d’outils de pilotage étatique que l’Occident n’a plus.

Une réflexion sur “Steve Keen sur la Chine, l’Occident ne comprend pas la Chine

  1. Bonjour M. Bertez

    Ne pas oublier que la Chine pense en termes de données qui changent, pas en termes de postulats, d’axiomes ou de théorèmes.

    Et que pour le pouvoir central, garder le peuple en paix, c’est à dire affairé pour prospérer, est essentiel; l’histoire a montré que les révoltes du peuple chinois ont toujours été très menaçantes sinon létales pour le centre.

    Les 90 millions de cadres et membres du parti ne représentent que 10% de la population.

    En comparaison, la population en âge de pouvoir effectivement se révolter est inférieure à 35 millions.

    Cordialement

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