Déclaration de Donald Trump : « We’re like pirates », prononcée le 2 mai 2026 lors d’un rassemblement en Floride.
Trump s’adressait à une foule enthousiaste en décrivant une opération de la marine américaine dans le cadre du blocus naval imposé aux ports iraniens après l’échec des négociations de paix. Il racontait comment les forces US avaient intercepté un navire iranien ou lié à l’Iran : elles avaient tiré dans la salle des machines, stoppé le navire, l’avaient abordé et saisi cargo + pétrole. « We took over the ship. We took over the cargo, took over the oil. It’s a very profitable business… We’re like pirates. We’re sort of like pirates. But we’re not playing games. » Applaudissements nourris de la foule.
C’est du Trump pur jus : provocateur, imagé, théâtral et assumé.
Il transforme une opération militaire en un show rentable (« a very profitable business ») : ça parle directement à son électorat « on gagne de l’argent en utilisant la force »).
La comparaison aux pirates est ironique et brutale : il admet le côté « hors la loi » tout en le justifiant (« but we’re not playing games »). C’est de la communication anti-élite et meme anti-moderne : pas de langue de bois diplomatique, mais un langage de cow-boy qui plaît à la base.
Effet psychologique : il renverse le narratif. L’Iran est le « méchant » depuis 47 ans ; les États-Unis deviennent les « pirates justiciers » qui reprennent le contrôle.
C’est brillant pour la politique intérieure, mais risqué, voire imprudent pour la scène internationale. Trump dit tout haut ce que beaucoup dans le monde pensent tout bas -sauf Carney au Canada-, les États-Unis utilisent la force hors la loi et en tirent un avantage économique.
En le formulant ainsi de façon démago pour plaire à son électorat de Rednecks , Trump assume totalement le rapport de force brut. C’est cohérent avec sa doctrine « America First » : pas de diplomatie , mais de la domination.
En qualifiant explicitement sa propre marine de « pirates », Trump offre à l’Iran et à tous ses alliés un cadeau médiatique énorme. Téhéran a immédiatement réagi en parlant d’« aveu damning » d’actions illégales, de « piraterie d’État » et a appelé l’ONU à intervenir.
Trump valide le narratif iranien, la rhétorique trumpienne brouille la distinction morale : on passe de « enforcement des sanctions/droit international » à « on agit comme des pirates… mais c’est pour la bonne cause ».
Nous sommes loin des litanies anciennes sur les droits de l’homme, les valeurs, la justice, l’action civilisatrice
La foule a applaudi. Trump renforce son image de leader fort, voire couillu qui « fait payer » l’Iran et rapporte de l’argent aux Américains. Ça marche à merveille pour sa base.
Téhéran utilise cette vantardise pour mobiliser et justifier une réponse dure menaces de « cimetière de porte-avions », etc..
Au plan International l’image des États-Unis est écornée. Des pays du Sud global ou neutres y voient une confirmation que Washington agit en « shérif hors-la-loi » quand ça l’arrange. La Chine et la Russie peuvent s’en servir pour dénoncer l’« hégémonie américaine ».
Un président américain qui compare sa marine à des pirates, c’est inédit dans l’ère moderne. Les experts en droit maritime notent déjà que les deux camps Iran et US jouent avec le feu sur la liberté de navigation.
Plus profondément, je vais plus loin: j’avance l’idée que Trump cible une partie importante de l’électorat trumpien surtout blanc, rural ou suburbain, conservateur culturel qui porte encore en lui un imaginaire romantique de la Conquête de l’Ouest, du Manifest Destiny, des pionniers armés, des cow-boys et de la force brute « civilisatrice ».
Trump se pose comme l’archétype du « frontier man » : Aux États-Unis, la mythologie nationale est construite sur l’idée que les Américains sont un peuple qui a conquis un continent « sauvage » par la force, la détermination et sans trop se soucier des règles des autres.
La piraterie maritime version Trump, c’est la version 2026 du cowboy qui arrive en ville, flingue les méchants et prend le butin.
C’est macho, c’est viril, « on ne demande pas la permission ».
Exactement ce que beaucoup dans cette base Trumpienne primaire apprécient : un rejet du politiquement correct, de la diplomatie « faible » et des « règles internationales » vues comme des chaînes.
La conquête de l’Ouest inclut l’extermination ou le déplacement forcé des Amérindiens. Dans la version hollywoodienne et dans l’inconscient collectif, on retient surtout les héros Daniel Boone, Davy Crockett, les Texas Rangers, qui « domptent la frontière » par le génocide.
Certains auteurs , je me demande si Todd n’en fait pas partie, pensent que le discours de Trump s’adresse à l’inconscient raciste des américains qui en ont marre de la repentance, et si en fait sa lutte contre le politiquement correct n’est pas une lutte contre la culpabilité que porte l’Amérique depuis la libération des noirs. La libération de son racisme vis à vis de l’Afrique du Sud va dans cette direction.
Trump réactive l’ esprit de domination territoriale et économique sans complexe. « On prend ce qui nous revient » et …tout ce qu’on peut prendre.
La force macho comme valeur : Trump incarne depuis toujours ce modèle : langage cru, mépris des « faibles », victoire par la puissance. Dire « on agit comme des pirates… mais c’est rentable » transforme une opération militaire risquée en un geste de dominance masculine triomphante. La foule applaudit parce que ça flatte ce désir de revanche culturelle : « Enfin un président qui parle comme un homme et qui agit comme tel. »
Ce n’est pas un hasard. Trump et ses conseillers savent très bien que ce registre marche. Il l’a utilisé pendant des années : « America First » = on reprend ce qui nous appartient, par la force s’il le faut. Le pirate devient ici le justicier armé contre l’Iran « terroriste ».
C’est du storytelling qui marche auprès de ceux qui se sentent déclassés par la mondialisation, le wokisme ou la « faiblesse » des élites côtières.
Cette phrase n’est pas qu’une provocation gratuite. C’est une réactivation mythologique bien calibrée pour une partie de l’Amérique qui rêve encore de l’époque où l’on prenait les terres, les ressources et la gloire sans s’excuser.
Pirates des mers ou cowboys des plaines : même combat dans l’imaginaire.
Le Manifest Destiny modern, le « Manifest Destiny moderne » est présent et réactivé chez Trump. La déclaration « We’re like pirates » est puissante : elle n’est pas une simple provocation de rallye. C’est une réactivation explicite et assumée du mythe fondateur américain, adapté au XXIe siècle.
Le Manifest Destiny classique (1845-1860) ewposé par le journaliste John O’Sullivan en 1845, défendait l’idée que les États-Unis avaient un destin divin d’étendre leur territoire « d’océan à océan ».
La justification en était supériorité anglo-saxonne, le progrès, le christianisme.
Cela autorisait et legitimait la conquête de l’Ouest, l’annexion du Texas, la guerre contre le Mexique , le déplacement forcé et l’extermination des Amérindiens (« Trail of Tears »).
Dans l’imaginaire populaire surtout conservateur, ce n’est pas un génocide honteux, non, c’est l’épopée des pionniers, des cowboys et de la « frontière » qui forge le caractère américain : force, audace, prise de risque sans complexe.
Trump et sa base adorent cette version mythifiée. Ils y voient l’ADN même de l’Amérique : on ne demande pas la permission, on avance.
Ce Manifest Destiny « Trumpien » : de l’Amérique First aux étoiles, Trump l’a officialisé dès son discours d’investiture du 20 janvier 2025 :
« And we will pursue our manifest destiny into the stars, launching American astronauts to plant the Stars and Stripes on the planet Mars. »
Ce n’est pas une métaphore. C’est une extension littérale du concept:
-Version 1845 : continent nord-américain.
-Version 2025 : espace, Arctique (Groenland), hémisphère occidental (Panama, Venezuela), et mers internationales (détroit d’Ormuz).
Les idéologues MAGA , Steve Bannon en tête parlent ouvertement de « Manifest Destiny 2.0 » ou de « nouvelle expansion impériale ».
Pour eux :America First n’est pas l’isolationnisme. C’est l’expansionnisme sans excuses : on reprend le contrôle des ressources, des routes maritimes, des territoires stratégiques parce que l’Amérique est « destinée » à dominer.
C’est du néo-impérialisme assumé : plus de voile «démocratisation du monde», juste et cynique « on est les plus forts, on prend ».
Le lien avec « We’re like pirates » du 2 mai 2026 est direct dans l’inconscient populaire La déclaration sur les navires iraniens est l’illustration parfaite du Manifest Destiny moderne appliqué aux mers :
Au XIXe siècle : on conquiert des terres à l’Ouest pour l’or, les terres agricoles.
En 2026 : on aborde des navires iraniens dans le détroit d’Ormuz, on saisit le pétrole, et on dit « It’s a very profitable business ».
Les pirates ne demandent pas la permission de l’ONU. Ils prennent. Ils pillent. Exactement comme les pionniers ne demandaient pas la permission aux Amérindiens ou au Mexique.
Trump transforme une opération militaire de blocus en communication profonde, il réveille des mythes, des archétypes: épopée de corsaires modernes : rentable, virile, triomphante. C’est le cowboy sur un navire de guerre. La foule applaudit parce que ça réactive exactement l’imaginaire de la conquête de l’Ouest : la force macho comme vertu nationale.