Il devient pour ainsi dire impossible de penser rationnellement tant nous vivons dans l’inversion.
Nous vivons dans un monde d’inversion signifie que nous avons perdu de vue le Réel et que nous courons derrière les Ombres; pire nous confondons totalement les Ombres avec le Réel.
Nous avons été égarés par l’opération Méphistophelique qui consiste à séparer les Ombres des Corps. Les Ombres ce sont les Signes, les Corps c’est le Réel, nos signes se sont tellement libérés du poids du réel qu’ils ne le reflètent plus et les raisonnements que nous faisons avec les signes deviennent idiots pire absurdes!
Nous pensons avec les pieds et nous marchons sur la tête. Nous pensons à l’intérieur d’un monde inversé, à l’intérieur d’un Imaginaire qui n’est plus un reflet du réel, qui non seulement s’en est libéré mais en a pris le contrôle.
Je m’explique.
Depuis le début des années 80 nous nous enfonçons dans la financiarisation ce qui veut dire que nous développons un monde financier colossal à un rythme bien supérieur à celui de l’évolution du monde réel.
Le monde des actifs financiers que nous produisons est de plus en plus disproportionné avec celui des biens, des richesses et des productions économiques réelles.
Pour simplifier disons que le ratio de masse des actifs financiers par rapport aux GDP progresse sans cesse; présenté autrement, les actifs financiers étant des passifs, des promesses, nous produisons beaucoup plus de promesses que nous ne pouvons en honorer.
Il est d’ailleurs significatif que l’on désigne les passifs du bilan du système comme étant des actifs: c’est bien le signe d’un monde névrosé, inversé!
Pour simplifier nous produisons un univers financier , nous gonflons une bulle financière à un rythme très supérieur au rythme d’expansion de la sphère économique.
Nous produisons une divergence croissante dis-je pour résumer ma démonstration.
Le problème de fond de nos systèmes est que nous avons dû les financiariser pour masquer les déséquilibres de toutes sortes: insuffisance de demande pour faire tourner la machine , insuffisance de cash flows pour investir, insuffisance de ressources des gouvernements pour payer leurs dépenses, , insuffisance de profit pour honorer un capital productif et fictif excédentaire.
La financiarisation a été la réponse à tout!
La financiarisation a servi à masquer tous les problèmes, tous les conflits, tous les manques, tous les gaps si on peut dire pour simplifier.
Les gaps économiques, les gaps sociaux,les gaps de légitimité politique, les gaps entre les générations, les gaps d’échanges déséquilibrés entre les pays, tout, absolument tout a été traité de la même façon par la production de promesses financières, de « bridges » , de ponts entre le présent et l’avenir.
Par exemple les protections sociales nécessaires à la survie de nos systèmes politiques délégitimés, cette protection sociale a été « payée » à crédit!
Par exemple l’écart entre ce que les Etats Unis achètent au reste du monde et ce qu’il lui vend a été payé par la production d’actifs financiers.
La financiarisation a produit un monde imaginaire d’actifs financiers , un monde de promesses tout à fait disproportionné en regard du monde réel.
Autrement dit la masse de la Sphère Financière est beaucoup trop colossale par rapport à la masse de la Sphère Economique réelle.
Cet écart ne fait que grandir car le rendement des dettes baisse de façon continue; les dettes ne produisent plus assez de GDP pour étre honorées. Il faut de plus en plus de dollars de dettes pour un dollar de GDP!
Le système en est parvenu à un stade ou pour honorer ses propres promesses ils doit créer encore plus de promesses: c’est le processus actuel , il faut rouler les dettes, produire des liquidités pour verser les intérêts, boucher les trous des défaillances, créer de nouvelles dettes pour continuer de faire rouler la bicyclette du système mondial sans quelle ne se renverse.
Pour masquer son instabilité et sa fragilité le monde a besoin de produire plus de signes, de dettes, de crédit, de liquidités, plus de promesses, plus d’assurances; bref il a besoin de produire plus de tout ce qui le déséquilibre.
Le phénomène s’est accéléré depuis la crise de 2008 bien sur. On dévale la pente et la bicyclette ne peut s ‘arrêter sauf à accepter la chute c’est à dire une nouvelle crise financière qui détruira des actifs financiers excédentaires et fragiles sinon pourris.
C’est cet écart grandissant qui fragilise nos systèmes et les rend de moins en moins gérables; ses marges de manœuvre disparaissent, ses amortisseurs sont usés.
Cela fait que peu à peu nous n’arrivons plus à les réguler, ce sont nos systèmes qui commandent et nous leur obéissons, nous sommes otages de nos systèmes;
Nos systèmes deviennent dépendants des stocks de dettes, des déséquilibres budgétaires et des instabilités financières, les bulles commandent , elles imposent leur logique. Nos systèmes sont dominés par le « marche ou crève »!
Pour sortir de cette situation il faudrait que le gap, l’écart, le fossé entre la Sphère Financiere et la Sphère Economique se réduise.
C’est ce qui avait été espéré en 2010; on avait alors espère que la croissance nominale des GDP allait rattraper la croissance des dettes et que le ratio de la masse de dettes sur la masse nominale de GDP allait baisser! Hélas les « green shoots », les jeunes pousses prometteuses ont pourri et la croissance nominale des GDP n’ a pas pu rattraper celle de la masse de dettes. Il a fallu surstimuler au lieu de retirer les drogues.
Nous allons vers le ravin, vers le grand gouffre.
Pour l’eviter la masse des actifs financiers devrait se contracter tandis que la masse de richesses réelles devrait se dilater; cela signifie que l’inflation des actifs financiers devrait se transformer en déflation et au contraire l’inflation des prix des richesses réelles produites devrait accélérer.
En clair l’inflation des GDP, l’inflation des prix des biens et des services est souhaitable car rééquilibrante , tandis que celle des actifs financiers ne l’est plus!
Or c’est exactement l’inverse que nous recherchons ; nous cherchons à contrôler, à empêcher, la hausse des prix des biens et des services mais nous cherchons à encourager la hausse des bourses, la hausse des actifs; nous voulons continuer de souffler dans la bulle financière!
Nous fabriquons de la hausse , du gonflement de la sphére financière, de la lévitation, « nous haussons le ratio de l’Imaginaire sur le Réel ».
Le fétiche monnaie est plus qu’un voile sur les phénomènes réels, il fait plus que masquer, il donne à voir, tout en inversant tout.