Je vous ai offert un article théorique important cette semaine . Vous pouvez le lire sous deux formes, il est accessible et clair. C’est un article qui se présente comme outside the box, il offre une interpretaion non conventionnelle de la situation ; mais toute reflexion non conventionnelle peut toujours etre traduite de façon conventionnelle et vous en trouverez un exemple ci dessous.
L’article inspiré par le grand spécialiste des commodities Currie ne dit rien d’autre que ce que j’explique au plan abstrait et theorique; il y aura une tendance forte à ce que l’économie réelle , le hard, le stuff qui vont avec soient réévalués.
Je partage la conviction de Currie ; le pétrole est l’actif le plus sous évalué et le plus attrayant dans une perspective à 3 ou 5 ans.
https://brunobertez.com/2026/05/15/billet-nous-marchons-sur-la-tete-dans-un-monde-dinversion/
Jeffrey Currie et la « Revenge of the Old Economy » : le supercycle des matières premières.
Jeffrey Currie, ancien responsable mondial de la recherche sur les matières premières chez Goldman Sachs et aujourd’hui partenaire chez Carlylea publié le 15 mai 2026 un article très remarqué Intitulé « le trade le plus asymétrique de l’histoire financière moderne ».
Il y défend l’idée que nous sommes au début d’un supercycle des commodities (matières premières), dopé par l’IA et les contraintes physiques, alors que le marché reste obsédé par la technologie .
Il part d’un constat central : les commodities ont déjà surperformé… mais personne n’a alloué de fonds sur cette classe d’actifs. Depuis octobre 2020 (date de son appel au supercycle), les indices commodities ont explosé :
- QCI Total Return : +217 %
- GSCI Total Return : +205 %
- Or : +140 %
Ils ont surperformé contre le Nasdaq +130 % et le S&P 500 +85 %.
Pourtant, le secteur énergie pèse seulement 4 % du S&P 500, et les hedge funds specialisés en commodities sont quasi inexistants.
Currie pointe une anomalie massive : le cuivre et les métaux atteignent de nouveaux records, tandis que le pétrole peine à tenir 105 $/bbl malgré la fermeture du détroit d’Ormuz et d’autres chocs géopolitiques.
Les deux goulots d’étranglement : Mag 7 vs Munificent 7
Currie oppose deux groupes :
- Magnificent 7 (Big Tech) : ils vont dépenser ~770-820 milliards $ de capex en 2026, principalement en infrastructures physiques (énergie, cuivre, acier, eau, etc.). Amazon à lui seul consomme l’équivalent de plus de 3 millions de barils de pétrole par jour — plus que beaucoup de pays OPEP. Ils sont le plus grand « short » non couvert sur les molécules et atomes de l’histoire.
- Munificent 7 (ExxonMobil, Chevron, ConocoPhillips, Shell, Total, BP, Equinor) : à 105 $ le baril, ils offrent un rendement de flux de trésorerie libre (FCF yield) de 15,5 % (contre ~1,5 % pour les Mag 7) et un multiple de ~7x. Même au consensus, ils restent à ~12 % de rendement.
C’est l’asymétrie parfaite : la Tech crée une demande explosive pour des actifs physiques sous-investis depuis 15 ans, mais le capital continue d’affluer vers les actions growth plutôt que vers les producteurs.
Un supercycle structurel, pas seulement conjoncturel;
Currie déroule le cycle historique des matières premières (10-12 ans d’exploitation avec sous-investissement puis choc de prix puis phase d’investissement). Nous sortons d’une longue phase d’exploitation (2014-2025) marquée par un sous-investissement massif (capex minier -40 %, upstream pétrole/gaz -35 %, etc.).
Les trois moteurs s’accélèrent :
- Déglobalisation (chaînes d’approvisionnement plus lourdes , weaponisation des métaux par la Chine).
- Électrification (IA et data centers).
- Redistribution (hausse de la demande dans les pays émergents).
Ce qui se passe avec Ormuz n’est pas qu’un choc temporaire : c’est un révélateur qui exteriorise une prime de sécurité structurelle . Le cuivre, l’or, l’argent, les grains/softs (coton, sucre, etc.) bénéficient tous de ces tendances.
La rotation est inévitable nous allons assister à la : « Revenge of the Old Economy ».
L’allocation d’actifs est un jeu à somme nulle. La Tech + Communications pèse ~43 % du S&P 500, contre ~6 % pour Énergie + Matériaux.
Quand la Tech va se réévaluer vers les moyenne (même une baisse de 18 points = ~10 000 milliards $ à réallouer), le seul actif capable d’absorber ce flux sera les HALO (Hard Assets, Low Obsolescence / ou Hard Assets, Local Operations selon Currie).
Currie conclut : le flux sera obligatoire , la rotation sera inévitable, et elle sera explosive comme toujours.
Il est lui-même short sur l’or à court terme (à cause des ventes forcées de banques centrales pour payer l’énergie), mais reste perma-bull long terme (4 000 $ puis 10 000 $).
Que retenir pour les investisseurs ? Son message est clair :
- Court terme : le pétrole peut « casser » à la hausse (soutenu par le choc d’Ormuz et la sous-estimation du marché). Les actions énergie offrent des rendements exceptionnels.
- Long terme : surpondérer les commodities au sens large (métaux, énergie, grains) via ETFs ou actions des producteurs.
- Rotation depuis la Tech surévaluée vers les « vieux » actifs sous-évalués.
Cet article résume parfaitement la tension actuelle entre l’économie numérique et les réalités physiques («on ne peut pas imprimer des molécules»).
Que vous soyez d’accord ou non avec Currie, son analyse mérite attention : derrière l’euphorie de l’IA se cache une réalité brute de cuivre, d’acier, de pétrole et de contraintes d’offre réelle que le marché sous-estime voire nie .
La « Revenge of the Old Economy » pourrait bien redessiner les leaderships d’investissement dans les années à venir.