Les relations sino-américaines selon le professeur Zhang Weiwei

De la meme façon qu’il y a deux monnaies chinoises, une pour l’intérieur et une pour l’extérieur, il y a deux pensées chinoises.

Et je pense qu’il serait grand temps d’esayer de comprndre la vraie pensée chinoise, celle de l’intérieur.

Il faut d’une part cesser de projeter notre intelligibilité, nos modèles, nos logiques sur la Chine et d’autre part s’intéresser à se mettre dans la tête des Chinois.

La pensée extérieure est à usage de propagande, de diplomatie mais elle est mystifiante; la pensée extérieure vise à servir les objectifs chinois vis à vis du monde extérieur.

La pensée interieure Chinoise comme la dualité monétaire protège, isole, empêche la transmission des valeurs occidentales et en quelque sorte la colonisation culturelle. Mais elle est beaucoup plus riche et complexe comme clef d’interprétation du monde, ciment de la nation et ciment entre les élites et les masses.

Les relations sino-américaines selon le professeur Zhang Weiwei :

Pékin estime remporter la compétition

Dans un épisode récent de l’émission Going Underground, diffusé le 16 mai 2026, le professeur Zhang Weiwei, directeur de l’Institut de la Chine à l’Université de Fudan et ancien traducteur du leader Deng Xiaoping, livre une analyse dialectique* des relations entre les États-Unis et la Chine.

*analyse dialectique c’est a dire en terme de contradictions et d’antagonismes cheres a Mao Tsé Tong.

Invité dans le cadre du sommet Trump-Xi, il affirme sans ambiguïté que la Chine est en train de gagner la compétition stratégique face aux États-Unis.

Cette perspective, exprimée avec la clarté d’un observateur de longue date des deux puissances, met en lumière les mécanismes économiques, politiques et géopolitiques qui sous-tendent la rivalité actuelle.

L’origine du trumpisme : profits chinois et inégalités américaines

Pour le professeur Zhang Weiwei, la montée de Donald Trump et du mouvement MAGA trouve sa source non pas uniquement dans des facteurs internes américains, mais dans les contradictions du modèle économique des États-Unis.

Les grandes entreprises américaines – Apple, Tesla, Microsoft en tête – ont réalisé d’énormes profits sur le marché chinois. Ces sociétés ont massivement investi en Chine, y trouvant un environnement favorable à leur expansion.

Pourtant, le système politique américain n’a pas redistribué ces richesses au sein de la société : les bénéfices ont été captés par une petite oligarchie, aggravant les inégalités et alimentant le ressentiment populaire.

« Le problème avec la montée de Donald Trump et du mouvement MAGA tient au système politique américain, car ces entreprises ont réalisé d’énormes profits sur le marché chinois… Pourtant, la distribution des richesses aux États-Unis est extrêmement mauvaise et favorise les super-riches oligarques », explique le professeur.

Cette analyse souligne un paradoxe central : la mondialisation a enrichi les multinationales américaines grâce à la Chine, mais elle a fragilisé le contrat social aux États-Unis, ouvrant la voie au protectionnisme trumpien.

Guerres commerciales et technologiques : Washington sur la défensive

Malgré les sanctions, les restrictions technologiques et les tentatives de découplage initiées par Washington, les entreprises américaines cherchent aujourd’hui à consolider leurs intérêts en Chine. Le professeur Zhang cite l’exemple emblématique de Boeing : la Chine n’a pas acheté un seul appareil de l’avionneur américain depuis neuf ans. Face à cette perte de marché, le PDG de Boeing s’est rendu à Pékin pour tenter de rétablir des relations commerciales.

Cette situation illustre, selon lui, l’échec relatif des guerres commerciales et technologiques lancées par les États-Unis. Pékin a su contourner les pressions américaines, notamment en diversifiant ses approvisionnements énergétiques (Iran et Venezuela) et en renforçant son autonomie technologique.

La Chine n’apparaît pas comme une victime du containment américain, mais comme un acteur qui impose ses propres règles du jeu.

Une vision chinoise du « Sud global » et de l’administration Trump

Au-delà des aspects économiques, le professeur Zhang Weiwei évoque la perception chinoise de l’administration Trump, accusée de « déchaîner la mort et la destruction à travers le Sud global ». Cette critique s’inscrit dans une lecture plus large de la géopolitique : Pékin se positionne en alternative stable et constructive, tandis que Washington, selon cette analyse, privilégie une approche unilatérale et déstabilisatrice*.

* Pekin offre un dépassement des antagonismes et des contradictions ce qui est conforme à la pensée de Mao

La Chine, forte de son modèle de développement qui a sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté, se présente comme un pôle de stabilité. Elle continue à attirer les investissements étrangers tout en développant ses propres champions technologiques, capables de concurrencer – et parfois de supplanter – les géants américains sur les marchés mondiaux.

Un message clair pour les décideurs

L’analyse du professeur Zhang Weiwei, bien qu’elle reflète évidemment le point de vue chinois officiel et académique, met en évidence des dynamiques structurelles difficiles à ignorer :

  • L’interdépendance économique reste profonde malgré les tensions politiques.
  • Les guerres commerciales ont un coût élevé pour les entreprises américaines elles-mêmes.
  • Les inégalités internes aux États-Unis constituent un facteur de vulnérabilité stratégique aussi important que les capacités militaires ou technologiques.

Dans un contexte de sommet Trump-Xi, cette interview rappelle que la compétition sino-américaine ne se joue pas uniquement sur le terrain militaire ou technologique, mais aussi – et peut-être surtout – sur le terrain économique et social.

Pour Pékin, la victoire ne se mesure pas à court terme par des déclarations belliqueuses, mais par la résilience d’un modèle qui attire toujours les capitaux et les investissements des entreprises occidentales, même en pleine période de tensions.

J’ai demandé à l’IA ce qu’elle en pensait

L’épisode complet de Going Underground offre un éclairage précieux sur la manière dont la Chine perçoit sa propre trajectoire ascendante. Il invite les observateurs occidentaux à une lecture moins idéologique et plus pragmatique des rapports de force actuels entre les deux premières économies mondiales.

Dans un monde multipolaire en construction, comprendre le discours chinois n’est pas une option : c’est une nécessité stratégique

La critique de Zhang Weiwei du capitalisme américain :

Une lecture géopolitique des inégalités et du populisme

Dans l’épisode du 16 mai 2026 de l’émission Going Underground, le professeur Zhang Weiwei, directeur de l’Institut de la Chine à l’université de Fudan et ancien traducteur de Deng Xiaoping, formule une critique incisive du capitalisme américain.

Au cœur de son analyse : les relations économiques sino-américaines ne sont pas seulement un terrain de rivalité stratégique, mais le révélateur des failles structurelles du modèle économique et politique des États-Unis.

Le cœur de la critique : les profits chinois sont captés par les oligarques

Zhang Weiwei part d’un constat factuel : des milliers d’entreprises américaines, dont Apple, Tesla et Microsoft, ont réalisé d’énormes profits sur le marché chinois grâce à des investissements massifs et à un accès privilégié à la production et à la consommation chinoises. Selon lui, ces profits sont très inégalement répartis : les propriétaires et actionnaires captent l’essentiel (qu’il estime à 85-90 %), tandis que les travailleurs chinois en bénéficient « un peu », mais de manière marginale.

Le problème central, pour Zhang, réside dans le système politique américain lui-même. Contrairement à ce qu’un modèle capitaliste « sain » devrait produire, les États-Unis n’ont pas su redistribuer ces richesses au sein de leur propre société. La distribution domestique des revenus y est « extrêmement mauvaise » et « favorise les super-riches oligarques ».

Cette captation des gains par une élite restreinte a creusé les inégalités internes, alimentant le ressentiment populaire et, en dernière analyse, la montée de Donald Trump et du mouvement MAGA.

En d’autres termes, Zhang présente le trumpisme non pas comme une simple réaction culturelle ou identitaire, mais comme la conséquence logique d’un capitalisme financiarisé et oligarchique qui externalise ses profits (via la Chine) tout en internalisant ses coûts sociaux (inégalités, précarité, colère électorale).

Une lecture dialectique : l’échec des guerres commerciales comme preuve

Zhang renforce son argument en observant les effets des guerres commerciales et technologiques lancées par Washington depuis 2018. Loin d’avoir affaibli la Chine, ces mesures ont placé les entreprises américaines « du côté perdant ».

Résultat : ces mêmes firmes high-tech cherchent aujourd’hui à consolider leurs intérêts en Chine. L’exemple emblématique est Boeing, qui n’a vendu aucun appareil à la Chine depuis neuf ans, obligeant son PDG à se rendre à Pékin. Tesla et d’autres suivent le même chemin.

Cette dynamique illustre, selon Zhang, une contradiction interne du capitalisme américain : il dépend structurellement de la Chine pour sa rentabilité, tout en étant incapable d’assurer une cohésion sociale domestique.

Le protectionnisme trumpien devient alors une réponse populiste à un système qui a enrichi Wall Street et Silicon Valley aux dépens de la classe moyenne américaine.Forces et limites d’une analyse engagée

Les points forts de la critique
Zhang met le doigt sur une réalité empirique bien documentée aux États-Unis : un coefficient de Gini parmi les plus élevés des pays développés, une stagnation des revenus réels de la classe moyenne depuis les années 1980, et une concentration extrême des richesses au sommet (top 1 %).

Son lien entre mondialisation asymétrique, profits externalisés et populisme fait écho à des travaux d’économistes comme Joseph Stiglitz ou Thomas Piketty sur la « capture » du système par les élites.

En cela, sa lecture est cohérente avec une analyse marxiste classique des contradictions du capitalisme tardif.

Les limites et le contexte idéologique
Cette critique est toutefois indissociable du positionnement de son auteur au sein de l’establishment intellectuel chinois, proche du Parti communiste. Elle sert un récit national : le modèle chinois de « socialisme aux caractéristiques chinoises » aurait mieux réussi à concilier croissance et stabilité sociale.

Or, elle passe sous silence les inégalités persistantes en Chine (malgré la réduction considerable de la pauvreté extrême), le rôle de l’État dans la captation de rentes, ou le fait que les profits des firmes américaines en Chine ont aussi bénéficié aux consommateurs américains via des prix bas et à l’économie mondiale via l’intégration des chaînes de valeur.

De plus, Zhang simplifie le mécanisme : les multinationales américaines n’ont pas seulement « exploité » la Chine ; elles y ont trouvé un partenaire qui a su attirer les capitaux tout en imposant ses propres règles (transferts technologiques, joint-ventures).

La dépendance est mutuelle, même si les rapports de force évoluent.

Enjeux géopolitiques : un outil de légitimation du modèle chinois

Au-delà de l’économie, cette critique du capitalisme américain s’inscrit dans une stratégie plus large. En soulignant les faiblesses internes des États-Unis, Zhang renforce l’idée que la Chine « gagne » la compétition stratégique non par la confrontation militaire, mais par sa résilience économique et sa capacité à transformer les contradictions adverses à son avantage.

Elle invite les observateurs occidentaux à questionner non seulement la rivalité sino-américaine, mais la viabilité à long terme d’un modèle libéral qui semble incapable de concilier efficacité économique et cohésion sociale.

En définitive, la critique de Zhang Weiwei est à la fois lucide et instrumentale. Elle éclaire une vulnérabilité réelle du capitalisme américain contemporain — l’écart croissant entre profits globaux et bien-être national —, tout en servant le récit officiel chinois d’une « victoire » par la patience et la planification.

Dans un monde où les deux premières économies restent profondément interdépendantes, cette analyse mérite d’être prise au sérieux, non comme vérité absolue, mais comme miroir tendu aux dysfonctionnements d’un système qui, selon Zhang, produit ses propres fossoyeurs politiques.

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