Je ne sais pas qui a écrit le texte que je vous propose ci dessous , on me l’a envoyé, pensant à juste titre qu’il retiendrait mon attention.
La French Theory fait en effet partie de mes centres d’intérêt.
Je suis pénétré des idées de la French Theory, des découvertes de la pensée structuraliste, du génie de grands philosophes, sociologues, anthropologues , analystes du soupçon que sont Marx, Nietzsche, Freud, Lacan, Foucault, Althusser, Godelier, Bourdieu, ou Goux etc; je reconnais leurs considérables apports intellectuels .
Ils montrent ce qui est enfoui, caché et font œuvre de mise au jour, ils donnent à voir ce qui est caché dans nos systèmes.
Ce qui est caché c’est ce qui résiste à la connaissance , et ce qui résiste à la mise à jour c’est ce qui subit le refoulement par le poids de l’ordre existant. Et cet ordre c’est toujours celui du maître avec un petit « m ». Celui de l’Imaginaire du maître, pas celui du Symbolique pour reprendre les catégories de Lacan.
Mais je n’ai jamais sauté le pas et considéré que parce que ces auteurs et penseurs avaient mis à jour des éléments d ‘intelligibilité de nos sociétés, ils devaient être suivis au point de nous engrosser de leurs idées.
Il y a un pas à franchir entre d’un coté douter philosophiquement de la vérité et de l’autre vivre comme si la vérité n’existait pas, vivre dans le relativisme.
il y a un pas à franchir entre soutenir l’anti oedipe de Deleuze et vivre comme si le complexe d’Oedipe n’existait pas! N’est ce pas Macron?
Je soutiens que l’on peut suivre le chemin de la connaissance proposé par tous ces auteurs et néanmoins les relativiser, les relativiser eux-mêmes, considérer qu’ils sont un moment de la pensée, voire de l’histoire, mais néanmoins être conservateur. On peut reconnaitre leurs apports et en même temps ne pas leur conférer valeur de guide idéologique.
Je crois aux progrès qui résultent des prises de conscience, de la mise à jour de ce qui est caché , non-su, enfoui, refoulé; je crois au caractère presque révolutionnaire de la diffusion des Savoirs .
Mais, par exemple, ce n’est pas parce que l’on pense que la psychanalyse fournit un formidable outil de compréhension des sujets humains que l’on doit conduire sa vie en fonction des « libérations » ou « désinhibitions » ou « transgressions » qu’elle aurait tendance à autoriser.
Même attitude s’agissant des découvertes marxistes, en particulier celle de « l’exploitation » : ce n’est pas parce qu’on leur accorde la plus grande importance que l’on doit se lancer comme un imbécile dans le rêve communiste et la révolution du socialisme réel au risque de créer une « exploitation » encore pire que celle que l’on veut faire disparaitre !
Le passage des idées aux actes et aux mots d’ordre est un saut terrible ; « on » ne se situe plus dans le même registre.
Il faudrait discuter en profondeur du concept de « praxis » de Marx; avec lui nous sommes au cœur du problème posé par les découvertes/progrès de la pensée.
Parlant de tout cela l’auteur dit ci dessous:
« C’est de la merde pour une raison simple, et il faut la dire calmement« .
Je ne le suis absolument pas dans cet état d’esprit, je ne partage pas ce jugement, absolument pas.
En revanche je le suis totalement lorsqu’il écrit :
Une civilisation se tient debout sur trois piliers :
la croyance qu’il existe une vérité accessible à la raison,
la croyance qu’il existe un bien distinct du mal,
la croyance qu’il existe un héritage à transmettre.
L’auteur qui écrit ce texte est réducteur , -c’est de la merde- il rabaisse alors que je soutiens que face à ces découvertes il ne faut pas les réduire à quelque chose, il faut les dépasser, voir en quoi elles apportent quelque chose; il faut les intégrer dans une démarche civilisationnelle plus vaste.
Integrer et dépasser, voila mon mot d’ordre .
Lisez ce texte.
Je veux présenter mes excuses, au nom des Français, pour avoir enfanté la French Theory qui a enfanté la pire des merdes idéologiques : le wokisme.
Nous avons donné au monde Descartes, Pascal, Tocqueville. Et puis, dans les ruines intellectuelles de l’après-68, nous avons donné Foucault, Derrida, Deleuze. Trois hommes brillants qui ont fabriqué, dans l’élégance de notre langue, l’arme idéologique qui paralyse aujourd’hui l’Occident.
Il faut comprendre ce qu’ils ont fait.
Foucault a enseigné que la vérité n’existe pas, qu’il n’y a que des rapports de pouvoir déguisés en savoir. Que la science, la raison, la justice, l’institution médicale, l’école, la prison, la sexualité, tout n’est qu’une mise en scène de la domination.
Derrida a enseigné que les textes n’ont pas de sens stable, que tout signifiant glisse, que toute lecture est une trahison, que l’auteur est mort et que le lecteur règne.
Deleuze a enseigné qu’il fallait préférer le rhizome à l’arbre, le nomade au sédentaire, le désir à la loi, le devenir à l’être, la différence à l’identité.
Pris isolément, ce sont des thèses discutables. Combinées, exportées, vulgarisées, elles forment un système. Et ce système est un poison.
Car voici ce qui s’est passé. Ces textes, illisibles en France, ont traversé l’Atlantique. Les départements de Yale, de Berkeley, de Columbia les ont absorbés dans les années 80. Ils y ont trouvé un terreau qui n’existait pas chez nous : le puritanisme américain, sa culpabilité raciale, son obsession identitaire.
La French Theory s’est mariée à ce substrat, et l’enfant de ce mariage s’appelle le wokisme.
Judith Butler lit Foucault et invente le genre performatif.
Edward Said lit Foucault et invente le post-colonialisme académique.
Kimberlé Crenshaw hérite du cadre et invente l’intersectionnalité.
À chaque étape, la matrice est française : il n’y a pas de vérité, il n’y a que du pouvoir, donc toute hiérarchie est suspecte, toute institution est oppressive, toute norme est violence, toute identité est construite donc négociable, toute majorité est coupable.
Voilà comment trois philosophes parisiens, qui n’ont probablement jamais imaginé leurs conséquences pratiques, ont fourni le logiciel d’exploitation à une génération entière d’activistes, de bureaucrates universitaires, de DRH, de journalistes, de législateurs. Voilà comment on a obtenu une civilisation qui ne sait plus dire si une femme est une femme, si sa propre histoire mérite d’être défendue, si le mérite existe, si la vérité se distingue de l’opinion.
C’est de la merde pour une raison simple, et il faut la dire calmement.
Une civilisation se tient debout sur trois piliers :
la croyance qu’il existe une vérité accessible à la raison,
la croyance qu’il existe un bien distinct du mal,
la croyance qu’il existe un héritage à transmettre.
La French Theory a entrepris de dynamiter les trois. Pas par méchanceté. Par jeu intellectuel, par fascination du soupçon, par haine de la bourgeoisie qui les avait nourris.
Mais le résultat est là.
Une génération entière a appris à déconstruire et n’a jamais appris à construire. Une génération entière sait soupçonner et ne sait plus admirer. Une génération entière voit le pouvoir partout et la beauté nulle part.
Je m’excuse parce que nous, Français, avons une responsabilité particulière. C’est notre langue, nos universités, nos éditeurs, notre prestige qui ont donné à ce nihilisme son emballage chic. Sans la légitimité de la Sorbonne et de Vincennes, ces idées n’auraient jamais traversé l’océan. Nous avons exporté le doute comme d’autres exportent des armes.
Ce qui se construit maintenant, en silicon valley, dans les labos d’IA, dans les startups, dans les ateliers, dans tous les lieux où des gens fabriquent encore des choses au lieu de les déconstruire, c’est la réponse.
Une civilisation se reconstruit par les bâtisseurs, pas par les commentateurs. Par ceux qui croient que la vérité existe et qu’elle vaut qu’on s’y consacre.
Par ceux qui assument une hiérarchie du beau, du vrai, du bon, et qui n’ont pas honte de la transmettre.
Alors pardon. Et au travail.