ETATS-UNIS: LA PLOUTOCRATIE A VISAGE DECOUVERT

L’influence des mégadonateurs dans la politique américaine : le cas de Miriam Adelson et la primaire républicaine du Kentucky

Dans un post viral publié ce dimanche 17 mai 2026 sur X (anciennement Twitter), l’animateur Ian Carroll relaie un extrait de l’émission de Tucker Carlson.

Celui-ci y critique vertement l’influence de Miriam Adelson, milliardaire américano-israélienne et propriétaire de casinos, sur les élections américaines.

La phrase choc – « Si l’Israélienne des casinos peut simplement acheter les sièges de votre gouvernement, vous n’avez plus de gouvernement : vous appartenez à l’Israélienne des casinos » – résume un débat récurrent aux États-Unis : celui du poids de l’argent privé dans la démocratie représentative.

Qui est Miriam Adelson ?Miriam Adelson, née en Israël en 1945, est médecin de formation. Elle est devenue l’une des femmes les plus riches du monde après le décès de son époux, le magnat des casinos Sheldon Adelson, en 2021. Le couple a bâti un empire via Las Vegas Sands, groupe qui exploite des casinos aux États-Unis, à Macao et à Singapour. Miriam Adelson a également acquis une participation dans l’équipe NBA des Dallas Mavericks.

Citoyenne américaine (avec la double nationalité israélienne), elle est estimée à plus de 30 milliards de dollars de patrimoine.

Depuis des années, elle figure parmi les plus gros donateurs du Parti républicain. Elle a notamment versé plus de 100 millions de dollars pour soutenir la campagne de Donald Trump en 2024. Ses dons visent prioritairement des candidats favorables à Israël, à l’annexion de territoires contestés et à une politique étrangère interventionniste au Proche-Orient.

Le cas concret la primaire contre Thomas Massie

Le débat actuel porte sur la primaire républicaine du 4e district du Kentucky, qui oppose le représentant sortant Thomas Massie à Ed Gallrein, un ancien Navy SEAL soutenu par Trump. Massie, élu depuis 2012, est connu pour son libertarisme fiscal, son opposition aux dépenses fédérales excessives et son refus systématique d’accorder une aide militaire inconditionnelle à Israël. Il critique ouvertement l’influence du lobby pro-israélien AIPAC et a voté contre plusieurs paquets d’aide à l’Ukraine et à Israël.

Depuis plusieurs mois, un Super PAC (comité d’action politique indépendant) baptisé MAGA KY ou Preserve America PAC finance massivement la campagne contre Massie. Selon les rapports de la Federal Election Commission (FEC) et les médias, les principaux contributeurs sont :

  • Miriam Adelson (via Preserve America PAC) : plusieurs centaines de milliers de dollars, avec des engagements rapportés jusqu’à 20 millions de dollars au total pour cette course ;
  • Paul Singer (hedge fund manager new-yorkais) : environ 1 million de dollars ;
  • John Paulson (autre gestionnaire de fonds) : 250 000 dollars.

Aucun de ces donateurs ne réside dans le Kentucky. Massie a publiquement dénoncé cette intervention comme une tentative d’« acheter » un siège au Congrès pour punir son indépendance. Tucker Carlson, dans son entretien avec Massie diffusé récemment, a repris l’argument en des termes très directs : si une seule personne peut, par son argent, déterminer l’issue d’une élection locale, alors le système ne fonctionne plus au service des électeurs du district, mais au profit de donateurs extérieurs.

Un débat plus large sur le financement électoral

Ce cas n’est pas isolé. Depuis l’arrêt Citizens United de la Cour suprême en 2010, les dons illimités via les Super PAC sont légaux aux États-Unis, dès lors que les contributeurs sont citoyens ou entreprises américaines. Miriam Adelson remplit ce critère. Les partisans de ce système y voient la liberté d’expression : un milliardaire a le droit de soutenir les causes qui lui tiennent à cœur.Les critiques, eux, soulignent plusieurs problèmes structurels :

  1. Concentration du pouvoir : quelques dizaines de mégadonateurs (Adelson, Singer, Soros du côté démocrate, etc.) influencent davantage la politique que des millions d’électeurs ordinaires.
  2. Perception d’ingérence étrangère : même si Adelson est citoyenne américaine, sa double nationalité et son engagement pro-israélien alimentent les soupçons de loyauté partagée.
  3. Déséquilibre démocratique : dans un district rural comme le 4e du Kentucky, des millions de dollars venus du Nevada ou de New York peuvent littéralement « noyer » la voix locale.

Massie lui-même a déclaré que, malgré les attaques, il continue de lever des fonds auprès de petits donateurs (plus de 13 000 selon lui) et refuse de céder sur ses principes constitutionnels.

Vers une réforme ?Ce n’est pas la première fois que le financement des campagnes fait débat aux États-Unis. Des voix des deux bords (du sénateur Bernie Sanders à certains républicains libertariens) appellent à plafonner les dons ou à exiger une transparence totale. D’autres estiment que la solution passe par une limitation des mandats ou par un financement public des élections.

L’affaire Adelson-Massie cristallise ces tensions à un moment où le Parti républicain est lui-même divisé entre une aile « America First » isolationniste et une aile néoconservatrice pro-Israël. La primaire du Kentucky, dont le scrutin approche, sera un test concret de l’efficacité de ces investissements massifs.

En définitive, au-delà des polémiques et des formules choc, l’épisode rappelle une question fondamentale : dans une démocratie, qui doit décider de la composition du Congrès ? Les électeurs du territoire concerné, ou les plus offrants, où qu’ils se trouvent ? La réponse que donnera le 4e district du Kentucky dans les prochains jours pourrait en dire long sur l’état réel de la souveraineté politique américaine.

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