Trump et des groupes pro-israéliens ont contribué à déloger le représentant Thomas Massie, un conservateur intransigeant qui a rompu avec le président au sujet d’Israël, de l’Iran et des dossiers Epstein, lors de ce qui est devenu la primaire à la Chambre des représentants américaine la plus coûteuse de l’histoire.
Ed Gallrein, un ancien Navy SEAL et agriculteur qui s’était déjà présenté sans succès au Sénat de l’État du Kentucky en 2024, a battu Massie après que des groupes pro-israéliens ont investi plus de 10 millions de dollars dans une primaire républicaine de mardi à 36 millions de dollars!.
Cette élection constitue un point de tension dans une bataille plus large qui se déroule au sein de la droite américaine, avec un Trump de plus en plus néoconservateur qui embrasse l’interventionnisme de l’ère Bush du secrétaire d’État Marco Rubio et du sénateur Lindsey Graham, et qui dénonce publiquement d’anciens alliés du mouvement « America First » tels que Marjorie Taylor Greene et Tucker Carlson.
Massie se range résolument dans ce dernier camp.
Durant ses quatorze années au Congrès, il s’est opposé à toutes les mesures de contrôle des armes à feu présentées à la Chambre des représentants, a œuvré pour la suppression du ministère de l’Éducation et a voté contre l’octroi de la citoyenneté aux enfants d’immigrants sans papiers.
En matière de politique étrangère, il a soutenu le retrait des troupes américaines du Moyen-Orient, a voté contre plusieurs programmes d’aide militaire à l’Ukraine et, en octobre 2023, a été le seul républicain à voter contre une résolution garantissant le soutien américain à la guerre menée par Israël contre Gaza.
Trump avait apporté son soutien à Massie lors des primaires républicaines de 2022, le qualifiant de « guerrier conservateur » et de « défenseur de la Constitution de premier ordre ». Cependant, leurs relations étaient tendues, Trump traitant Massie de « démagogue de troisième ordre » et suggérant son exclusion du Parti républicain pour son opposition au plan de sauvetage de 2 000 milliards de dollars du président face à la Covid-19 en 2020.
Les relations se sont détériorées durant le second mandat de Trump. Après que Massie se soit opposé au plan de dépenses « One Big Beautiful Bill » de Trump l’année dernière, ce dernier a qualifié le Kentuckien de « force négative qui vote presque toujours « non » » et a promis qu’ « un formidable patriote américain se présentera contre lui lors des primaires républicaines ».

L’opposition de Massie à la guerre menée par Trump contre l’Iran et son insistance à exiger la publication de l’intégralité des dossiers Epstein, sans aucune censure, ont encore davantage irrité le président.
Lors d’un rassemblement en mars, Trump a apporté son « soutien total et inconditionnel » à Gallrein, le qualifiant de « véritable héros américain ».
Le soutien apporté par Trump à Gallrein illustre le rapprochement récent du président avec les néoconservateurs « anti-Trump » qui le détestaient il y a dix ans. Gallrein avait quitté le Parti républicain après la nomination de Trump à la présidentielle de 2016, jurant de ne pas le réintégrer tant qu’il serait en fonction. Aujourd’hui, alors que Trump se rapproche des interventionnistes, Gallrein s’associe au président.
Gallrein est une figure relativement inconnue. Son site web de campagne énumère une série de priorités politiques républicaines génériques – « libérer notre économie », « sécuriser la frontière une fois pour toutes », « mettre fin à l’idéologie woke » – et Trump semble l’avoir choisi non pas pour des qualités particulières, mais simplement parce qu’il est n’importe qui sauf Thomas Massie.
Lors du meeting de soutien en mars, Trump a consacré plus de temps à attaquer Massie qu’à promouvoir les propositions de Gallrein, déclarant à la foule : « Il faut le destituer au plus vite. »
Les critiques persistantes de Massie à l’égard d’Israël l’ont exposé aux colères de riches donateurs pro-israéliens, qui ont investi plus de 9 millions de dollars dans la campagne de Gallrein.
Selon Massie, plus de 95 % des dons à Gallrein proviennent de lobbyistes et de groupes d’intérêt pro-israéliens.
Outre les dons directs à Gallrein, ces méga-donateurs ont dépensé au total 15,5 millions de dollars pour la primaire.
L’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) a contribué à hauteur de plus de 4,1 millions de dollars, le « RJC Victory Fund » de la Republican Jewish Coalition à hauteur de 3,9 millions de dollars, et MAGA KY – un super PAC financé par les philanthropes pro-israéliens Paul Singer et Miriam Adelson – à hauteur de 7,9 millions de dollars, selon les déclarations à la Commission électorale fédérale (FEC).
« Leur position, c’est plus de guerre, plus de conflits, plus de bombes, plus d’aide étrangère, et c’est précisément ce contre quoi j’ai voté », a déclaré Massie à Tucker Carlson au début du mois.
« La véritable raison pour laquelle cette élection est si importante, et que je risque de perdre, c’est qu’un lobby étranger a financé intégralement mon adversaire, comme jamais auparavant dans une élection républicaine. »
Massie a accusé l’AIPAC de contrôler le Congrès, déclarant à Carlson en 2024 que chaque parlementaire américain avait « un représentant de l’AIPAC… comme une nounou » chargé de veiller à ce qu’il vote conformément aux intérêts d’Israël.
Depuis, il a voté contre l’aide militaire à Israël, boycotté le discours du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devant le Congrès et présenté un projet de loi visant à contraindre l’AIPAC à s’enregistrer comme agent étranger.
L’AIPAC et les autres grands donateurs de Gallrein n’ont jamais caché leur volonté d’évincer Massie. « C’est le républicain le plus anti-israélien de la Chambre », a déclaré un porte-parole du comité d’action politique « United Democracy Project » de l’AIPAC à Politico. « La primaire est serrée et disputée. Il est toujours difficile de déloger un élu en place… Mais nous pensons qu’il y a une opportunité à saisir. »
Durant ses quatorze années au Congrès, Massie avait facilement vaincu tous ses adversaires lors des primaires. Cependant, il n’avait jamais fait face à une campagne aussi concertée, et plusieurs sondages récents le donnaient au coude à coude avec Gallrein.
Après la fermeture des bureaux de vote, les premiers résultats ont montré que Gallrein menait avec une marge croissante, ce qui a incité Massie à concéder sa défaite.
« J’aurais voulu sortir plus tôt, mais j’ai dû appeler mon adversaire et concéder ma défaite, et il m’a fallu un certain temps pour trouver Ed Gallrein à Tel Aviv », a déclaré Massie à une foule de partisans, alors que le résultat du scrutin approchait les 55 % à 45 %.
Cette défaite de Massié et de toute une aile du mouvement MAGA va peser lourd à l’avenir. Israël par ses financmens ostentatoires a fracturé le mouvement MAGA : un clivage qui affaiblit l’Amérique d’abord.
Le mouvement MAGA, fer de lance de l’« America First », traverse une crise interne profonde. Au cœur du séisme : Israël. Ce qui était un pilier bipartisan et un soutien quasi unanime à droite devient aujourd’hui un facteur de division explosif.
D’un côté, les « Israel First » : évangéliques, néocons et une partie des élus traditionnels qui défendent un soutien inconditionnel militaire et financier à Israël, y voyant un allié stratégique et biblique.
De l’autre, une frange populiste montante — Tucker Carlson, Candace Owens, Alex Jones, Nick Fuentes et une partie de la base jeune — qui crie à la trahison des promesses trumpiennes : plus de guerres sans fin, plus d’argent américain versé à l’étranger pendant que les frontières et les infrastructures pourrissent aux États-Unis.
Les sondages récents confirment le gouffre : les électeurs MAGA purs et durs restent plus pro-Israël que les autres trumpistes, mais l’ensemble du Parti républicain se fracture, surtout chez les moins de 45 ans. Près d’un tiers des républicains jugent Trump « trop pro-Israël ».
La guerre à Gaza, puis les frappes sur l’Iran, ont accéléré le schisme. Ce qui devait unir la droite populiste la fissure.
Pourquoi ce poison opère-t-il si profondément ?Parce qu’il touche la contradiction centrale du trumpisme : souveraineté nationale versus alliances historiques.
Les critiques parlent de « lobby » trop influent, d’AIPAC qui dépense des millions dans les primaires, ils parlent d’un soutien qui coûte cher sans retour clair pour l’Américain moyen. Les défenseurs y voient de l’antisémitisme rampant et une naïveté isolationniste face à l’axe Iran-Chine-Russie.
Résultat : MAGA s’entre-déchire sur les réseaux, dans les médias alternatifs et même au Congrès. Une division que certains qualifient de « fabriquée » par des influences étrangères ou des campagnes coordonnées, d’autres de réveil légitime d’un patriotisme américain pur et dur.
Un mouvement qui voulait rendre sa grandeur à l’Amérique se retrouve affaibli par une question extérieure qui révèle ses lignes de faille internes.