Le bombardement de l’île de Lavan

Pourquoi l’histoire ne pardonnera pas le bombardement de l’île de Lavan

Strategika5100 

19/05/2026

En géopolitique, certaines blessures se referment grâce à des accords commerciaux, tandis que d’autres laissent des cicatrices qui s’ancrent profondément dans les fondements mêmes d’une civilisation.
La guerre aérienne déclenchée par la coalition menée par les États-Unis et Israël le 28 février 2026 contre l’Iran a créé un gigantesque ressentiment. Un élément bien plus durable et explosif s’enracine profondément dans le sol du Moyen-Orient et sur les rives du Golfe persique : une extraordinaire soif de vengeance iranienne, qui sera transmise de génération en génération dans les prochaines années, à l’encontre des Émirats Arabes Unis.
Si, en regardant une carte aujourd’hui, vous considérez les Émirats Arabes Unis comme les membres à la fois protégés et actif d’une coalition, vous passez à côté de la guerre centenaire qui vient de s’engager dans la région.
Pour comprendre pourquoi l’Iran, quel que soit son régime, finira, tôt ou tard, par envahir militairement et démanteler tout ou une partie du territoire émirati, il faut regarder au-delà des grattes-ciel et des gigantesques fonds souverains. Il faut se tourner vers un minuscule bout de terre désertique appelé l’île de Lavan.
Aux yeux des stratèges occidentaux, l’île de Lavan n’est qu’une note de bas de page. C’est un terminal pétrolier, une plaque tournante logistique. Dans l’imaginaire collectif iranien, c’est une figure géométrique sacrée.
Des informations militaires provenant de cellules de planification de la coalition qui ont fait l’objet de fuites confirment ce que l’on murmurait depuis longtemps : l’invasion de l’île de Lavan etait et est toujours programmée non pas comme une prise de contrôle temporaire mais comme un acquis au profit des Émirats Arabes Unis en guise de gratitude pour leur soutien sans faille sur tous les plans à Washington et Tel-Aviv. Il s’agirait d’une occupation planifiée, dont le rôle sera attribué aux Émirats Arabes Unis et qui aura les facilitations de la logistique navale américaine et les systèmes de ciblage par drones des forces spéciales israéliennes. Ce plan de guerre audacieux permettra à un riche entrepôt commercial, âgé d’à peine 50 ans, d’acheter l’humiliation territoriale d’une civilisation vieille de 3 000 ans.
Mais revenons d’abord à la réalité. En bombardant l’île de Lavan après le cessez-le-feu ayant mis temporairement fin à la guerre de 40 jours, les Émirats Arabes Unis sont passés du statut de voisin avec lequel il existe des désaccords à celui de menace existentielle dans les calculs stratégiques de Téhéran.
À ce stade et ayant recueilli assez de données relatives à ce sujet pour pouvoir avancer un avis, on peut vous dire qu’aucun traité de paix signé dans ce contexte n’aura la moindre importance. Que l’Iran soit dirigé dans cinq ans par les héritiers du Guide suprême de la Révolution iranienne, par les Gardiens de la Révolution, par une ancienne ou nouvelle junte militaire, par un gouvernement technocratique ou par une république laïque arborant le drapeau du Lion et du Soleil, la politique étrangère restera la même vis-à-vis des Émirats Arabes Unis: ressentiment tenace et volonté de vengeance.
La persistance de ce ressentiment transcendera toutes les contingences actuelles et futures.
Une tragédie shakespearienne se joue actuellement à Abu Dhabi et à Dubaï, que la presse occidentale ignore délibérément, grisée par une certaine propagande de fond aussi ennuyeuse que fade.
Les Émirats Arabes Unis ont été bâtis sur un postulat miraculeux et fragile : une ambition démesurée dignes des temps bibliques, un hypercapitalisme total et une gestion prudente des risques et une vision très large. Cela a permis à une petite confédération créée dans les années 70 à transcender la géographie hostile du Golfe persique. Cependant ce postulat a pris fin dès l’instant où les Mirage 2000-9 émiratis ont lancé leurs missiles sur des infrastructures énergétiques sur l’île de Lavan.
Les stratèges de la coalition US ont fait croire à Abu Dhabi qu’ils pouvaient décapiter en toute impunité la puissance historique du golfe Persique. Cela s’est très mal passé. La décapitation de l’État bicéphale iranien n’a pas permis de le faire tomber. Au contraire, ils s’est renforcé et a frappé avec précision dans toutes les directions d’où venaient les frappes adverses. L’Iran fonctionne selon des échelles de temps géologiques. Les Émirats Arabes Unis, eux, fonctionnent selon des cycles de résultats trimestriels. Ce décalage va très mal finir.
Une future attaque iranienne — et elle aura lieu, probablement après une percée nucléaire fort douloureuse ou sous le couvert d’une crise mondiale qui détournera l’attention des forces américaines vers un autre théâtre — ne sera pas une simple escarmouche frontalière. Ce sera un assaut continu, mécanisé et asymétrique, conçu pour réduire en cendres cette “nation bâtie de toutes pièces”. Les îles artificielles deviendront des pièges. Les tours de verre qui s’élèvent vers le ciel, dépourvues d’une population prête à mourir pour des dunes de sable, deviendront des cercueils verticaux. Ne vous méprenez pas du tout sur les intentions iraniennes et elles sont largement partagées par les populations, y compris celles les plus hostiles au régime, la rage contre les Émirats Arabes Unis est réelle et dépasse de loin le geste d’un présentateur TV qui a tiré au Kalashnikov sur un drapeau émirati en plein studio et en direct.
Pour le moment, des forces américaines, britanniques, françaises et israéliennes sont déployées dans les Émirats aux côté des meilleurs sociétés militaires privées de la planète mais en géopolitique comme en géologie, un cataclysme peut réduire à néant toutes les précautions possibles.
Les dirigeants actuels des Émirats Arabes Unis ne verront peut-être pas les conséquences de cette situation aggravée par rivalité croissante avec l’Arabie Saoudite également, mais le pays est désormais en phase terminale. Le compte à rebours est lancé pour un autre conflit , et lorsque celui-ci se produira, les frontières artificielles des années 1970 s’effaceront sous le feu d’une rancœur historique qu’Epic Fury a transformée en malédiction éternelle.

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