Les États-Unis face à l’Iran : « très peu d’options », selon l’ex-directeur de la CIA Bill Burns

The Economist met en avant une interview exclusive de Bill Burns, ancien directeur de la CIA (2018-2025) et l’un des diplomates les plus expérimentés des États-Unis.

Il y explique pourquoi Washington est aujourd’hui très limité dans ses choix vis-à-vis de l’Iran.

Depuis le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) en mai 2018 sous Trump, les tensions n’ont cessé de monter. L’Iran a enrichi son uranium, développe ses missiles et soutient des groupes armés dans la région au titre de défense avancée(Hamas, Hezbollah, Houthis).


Les États-Unis, eux, maintiennent des sanctions sévères et une présence militaire renforcée dans le Golfe, mais sans stratégie claire de sortie de crise.

The Economist publie une longue interview dans sa série « Inside Defence » avec Bill Burns, qui a mené les négociations secrètes ayant abouti à l’accord de 2015 sous Barack Obama, Burns y livre un diagnostic clair .Les options américaines sont limitées … et pourquoi elles sont mauvaises

Selon Bill Burns, les États-Unis se sont « enfermés eux-mêmes » (boxed ourselves in).

Voici les quatre voies possibles qu’il décrit :

  1. Déclarer victoire et partir
    Possible sur le papier, mais peu crédible tant que l’Iran continue d’enrichir son uranium et de menacer la navigation dans le détroit d’Ormuz.
  2. Changer de régime par la force
    « Pas très attrayant pour toutes sortes de raisons évidentes », dit-il. Une option militairement risquée et politiquement coûteuse.
  3. Escalade limitée (blocus naval + frappes aériennes)
    Cela pourrait affaiblir l’Iran, mais Burns doute que le régime « dur » baisse les bras aussi facilement.
  4. Une vraie diplomatie, avec du levier
    La seule option réaliste selon lui. Mais attention : pas de « drive-by diplomacy » (diplomatie express). Il faut une négociation sérieuse, longue et bien préparée, comme celle qu’il avait menée en secret avant 2015.

Ce que Burns a appris des négociations passées. L’ancien patron de la CIA revient sur son expérience :

  • Les pourparlers secrets avec l’Iran ont duré des mois et ont mobilisé des centaines d’experts des deux côtés.
  • L’accord de 2015 n’était « pas parfait », mais « assez bon » (good enough agreement).
  • Sortir de cet accord en 2018 a été une erreur, selon lui.
  • Tout nouvel accord ressemblerait forcément à l’ancien dans sa structure de base.

Il admet que ce serait plus dur aujourd’hui : l’Iran n’acceptera probablement plus d’exporter 98 % de son stock d’uranium enrichi comme en 2015. Mais il pense qu’on pourrait obtenir l’exportation d’une partie et la dilution (down-blend) du reste, à condition d’inspections très intrusives et d’un bon renseignement (américain et israélien).

Le point clé : le détroit d’OrmuzBurns insiste sur un enjeu stratégique souvent oublié : le contrôle du détroit d’Ormuz, par où transite 20 % du pétrole mondial. L’Iran y voit un « péage stratégique » et se battra pour le garder.


Sa proposition : mobiliser tous les pays qui ont intérêt à une navigation libre (Chine, Japon, Europe, pays du Golfe…) pour créer un mécanisme international de surveillance et de revenus. Cela permettrait de financer les coûts (dragage, environnement) tout en refusant à l’Iran un contrôle exclusif.

Ce message convient à The Economist qui le publie:

  • D’un côté, il rappelle que la diplomatie sérieuse reste possible, même si elle est difficile.
  • Il est anti Trump
  • De l’autre, il critique implicitement la politique de « pression maximale » sans plan
  • Burns ne défend pas l’Iran : il décrit un régime « dur » (hard-bitten) qui ne cédera pas facilement. Mais il affirme que l’absence de diplomatie crédible laisse les États-Unis avec très peu d’options viables.

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