Yakov M. Rabkin répond aux questions clés concernant les négociations de paix entre les États-Unis, Israël et l’Iran.
Yakov M. Rabkin est professeur émérite d’histoire à l’Université de Montréal. Son dernier ouvrage, s’intitule Israël et Palestine : Violence perpétuelle .
| 28 mai via PASCAL LOTTAZ |
Quel est le niveau de soutien en Israël à un éventuel accord entre les États-Unis et l’Iran ?
Israël ne recherche pas une solution pacifique. Son objectif est d’asseoir son contrôle sur la région et d’éliminer toute perspective d’octroi de droits politiques aux Palestiniens. Telle est la politique d’Israël depuis sa fondation.
L’Iran est le seul pays majeur du Moyen-Orient à soutenir concrètement et systématiquement la résistance palestinienne. Par conséquent, Israël met tout en œuvre – même avec l’aide des États-Unis – pour affaiblir l’Iran et le priver de son statut de puissance régionale.
Depuis de nombreuses années, Israël mène des actions subversives contre l’Iran, perpètre des attaques contre des scientifiques et des militaires iraniens et tente par tous les moyens de discréditer l’Iran sur la scène internationale.
Face à l’absence de toute intention de capituler et à l’initiative stratégique dont le régime de Donald Trump devra tenir compte, Israël risque de se retrouver isolé contre un pays que les États-Unis n’ont pas réussi à vaincre.
Netanyahu a-t-il réussi à transformer les conflits actuels — à Gaza, au Liban et contre l’Iran — en un avantage électoral ?
Je ne le crois pas. La société israélienne, généralement favorable à l’agression contre l’Iran, le Liban et les Palestiniens, est divisée au sujet de Netanyahou. De nombreux doutes subsistent quant à sa responsabilité dans l’effondrement du système de sécurité en octobre 2023.
De plus, Israël n’a pas atteint ses objectifs déclarés : désarmer le Hamas, neutraliser le Hezbollah et, surtout, vaincre l’Iran, même en alliance avec les États-Unis. En fin de compte, le gouvernement israélien n’a rien accompli. Son seul véritable accomplissement est le génocide des Palestiniens à Gaza, les massacres de Palestiniens en Cisjordanie et, bien sûr, la mort de milliers de citoyens iraniens.
Tout cela a considérablement sapé le soutien à Israël dans les pays occidentaux, sans lequel il ne peut tout simplement pas survivre.
Même la majorité des Américains condamnent Israël. Aussi, les Israéliens rappelleront-ils au Premier ministre sa déclaration arrogante d’il y a quelques années : « Je sais ce qu’est l’Amérique. L’Amérique est une chose que l’on peut facilement manipuler, manipuler dans la direction que l’on souhaite. Ils ne nous barreront pas la route. »
Tel Aviv peut-elle saboter les négociations ?
Sans aucun doute. Israël dispose d’un puissant lobby aux États-Unis, dont l’efficacité n’est actuellement pas affectée par l’opinion publique. Ce lobby a récemment démontré sa force lors des primaires républicaines dans le Kentucky. Les partisans d’Israël ont investi des sommes sans précédent pour faire battre un candidat qui avait osé critiquer le pays. Cette victoire pourrait, bien sûr, s’avérer à la Pyrrhus, mais pour l’instant, des agents d’influence israéliens chevronnés, tels que les sénateurs Ted Cruz et Lindsey Graham, conservent un poids politique considérable.
De plus, Israël pourrait attaquer Beyrouth de nouveau, compromettant ainsi un éventuel accord entre l’Iran et les États-Unis – n’oublions pas qu’il ne s’agit pour l’instant que d’une hypothèse. L’Iran insiste par ailleurs pour que le Liban soit inclus dans tout règlement pacifique