Editorial. Les ultra riches à Monaco: Le scandale: ce n’est pas ce que les ultra-riches possèdent, c’est comment ils l’ont obtenu

Le scandale de Monaco : ce n’est pas ce que les ultra-riches possèdent, c’est comment ils l’ont obtenu!

Les images qui circulent depuis ce week-end à Monaco : super-yachts de 35 millions de dollars sur lesquels sont garés des hypercars de 5 millions sont choquantes. Symbole écoeurant de l’hyper-luxe ostentatoire.

Pour beaucoup, ces images sont scandaleuses par elles-mêmes. Elles alimentent l’envie, la colère et le discours anti-riches. Ce genrede spectacle alimente la colère des « partageux », à juste titre. Cette colère spontanée est bien sur utile mais elle ne va pas à l’essentiel. Au contraire elle l’occulte en incitant aux fausses solutions comme les taxations des riches et les predations des « souteneurs » étatiques.

je refuse de m’arrêter à cette réaction instinctive car j’affirme:

« L’essentiel n’est pas ce que les hyper-riches possèdent mais la façon dont ils sont devenus riches. »

Aucune activité productive – travail, épargne, génie ou prise de risque légitime – ne permet d’accumuler des fortunes de centaines de milliards de dollars.

La constitution de ces richesses colossales est toujours le résultat :

  • d’un échange inégal,
  • d’une faille structurelle du système,
  • d’une extorsion organisée,
  • ou, surtout aujourd’hui, de l’alchimie monétaire et de la politique boursière.

Le vrai problème ce sont les règles du jeu truquées :

-connivence politico-financière,

-corruption et

-surtout un système monétaire et financier devenu « pervers et pillard ».

Ce n’est plus le capitalisme productif qui est à l’œuvre, mais un capitalisme financier dérégulé et rentifié qui fabrique artificiellement des hyper-fortunes via la bourse et la création monétaire.

Le débat doit être recentré sinon on en reste a la vaine Conjuration des Egaux de Gracchus Babeuf : ce qui choque à Monaco n’est pas le luxe en soi, c’est la preuve visible que le système monétaire actuel permet à une toute petite caste de s’enrichir de manière déconnectée de toute création de valeur réelle pour la société.

Tant que les règles du jeu resteront truquées, les images de yachts et de Ferrari sur pont supérieur continueront de nourrir à juste titre la colère populaire.

Le vrai combat n’est pas contre les riches, mais contre le mécanisme qui les fabrique.

EN PRIME

Mon concept d’alchimie monétaire maintes fois exposé mais je préfère faire appel à l’IA pour gagner du temps et ne aps radoter.

L’Alchimie monétaire dans le système financier moderne

L’alchimie monétaire est une métaphore puissante utilisée par Bruno Bertez pour décrire la transformation artificielle de la monnaie et de la dette en richesse financière, sans lien direct avec la création de valeur réelle dans l’économie productive.

Elle évoque l’ancienne quête des alchimistes (transformer le plomb en or) appliquée à la finance contemporaine : créer de la « richesse » ex nihilo par des mécanismes monétaires et boursiers.

1. Les fondements historiques et théoriques

  • Rupture de 1971 : La fin de la convertibilité du dollar en or (décision de Nixon) marque le tournant. La monnaie cesse d’être un reflet d’une richesse objective (or) pour devenir un outil subjectif au service des gouvernements et des banques centrales. Le pouvoir passe « d’en bas » (économie réelle, épargne, cash flows) à « d’en haut » (création monétaire discrétionnaire). brunobertez.com
  • Inspiration de George Soros : Bertez s’appuie sur L’Alchimie de la Finance de Soros, qui décrit les marchés comme des systèmes autoréférentiels où les anticipations et la liquidité créent leur propre réalité, déconnectée des fondamentaux.

2. Mécanismes concrets de l’alchimie monétaire

  • Création monétaire et Quantitative Easing (QE) : Les banques centrales créent de la monnaie digitale pour acheter des actifs (obligations d’État, etc.). Cela injecte de la liquidité qui se dirige prioritairement vers les marchés financiers, gonflant les prix des actions, immobilier et actifs risqués. Les détenteurs d’actifs (ultra-riches, institutions) voient leur patrimoine exploser, tandis que l’économie réelle bénéficie peu.
  • Transformation dette → richesse : Les déficits publics sont financés par dette, elle-même monétisée. Les actifs financiers deviennent des « quasi-monnaies » (actions = équivalent monétaire avec maturité, taux et risque). Un S&P à 6000 n’est plus une valorisation de profits futurs, mais une équivalence monétaire entretenue par la liquidité.
  • Le « Put » central : Garantie implicite des banques centrales (Fed put) qui soutient les marchés en cas de chute (baisse de taux, QE). Cela entretient l’appétit pour le risque et crée un biais haussier permanent.
  • Dissociation du réel : Les valorisations ne reposent plus sur les dividendes, cash flows ou productivité, mais sur le momentum, les rachats d’actions (buy-backs), la liquidité et les anticipations. Les bulles (IA, tech, etc.) servent de « locomotives » pour entraîner tout le système.

Résultat : On ne s’enrichit plus principalement par le travail, l’épargne ou l’innovation productive, mais par l’exploitation du crédit, de la monnaie commune et des marchés biaisés.

Bertez parle d’« exploitation des biens communs » (monnaie, crédit, confiance).

3. Conséquences systémiques

  • Inégalités extrêmes : L’alchimie profite aux asset-owners (propriétaires d’actifs) au détriment des salariés et épargnants (inflation des actifs, érosion du pouvoir d’achat de la monnaie).
  • Instabilité : Le système devient un « tas de sable » en criticalité (référence à Per Bak) : fragile aux chocs, maintenu artificiellement par la liquidité.
  • Fonction géopolitique : Aux États-Unis, la bourse n’est plus seulement économique mais intégrée à l’appareil militaire et impérial (financement des déficits, attractivité du dollar, levier de puissance).
  • Risque de collapse : Comme sous John Law au XVIIIe siècle, l’alchimie finit souvent mal quand la confiance s’évapore ou que la dette devient insoutenable.

4. Critique de Bertez : pour un capitalisme productif légitime

Bertez ne condamne pas la richesse ni le capitalisme, mais dénonce un système « pervers et pillard » où la finance a pris le pas sur l’économie réelle.

Il plaide pour un retour à un capitalisme où l’enrichissement repose sur la production, le risque légitime et la valeur créée, et non sur la manipulation monétaire et la connivence politico-financière.

En résumé, l’alchimie monétaire est le grand secret du monde financier post-1971 : un mécanisme sophistiqué qui permet de transformer la dette et la liquidité créée par les banques centrales en fortunes colossales, tout en maintenant l’illusion d’un marché « libre ».

Elle explique les images de Monaco (yachts + hypercars) : ce n’est pas le luxe qui choque, mais la façon dont ces fortunes sont générées.Ce système est fondamentalement fragile car déconnecté du réel. Les autorités le savent et agissent en conséquence pour le préserver. C’est un engrenage .

EN PRIME

Qui était Gracchus Babeuf ?

  • Né en 1760 à Saint-Quentin (Aisne), il travaille d’abord comme feudiste (spécialiste des droits seigneuriaux) avant de devenir journaliste et agitateur politique.
  • Il prend le pseudonyme de Gracchus en référence aux frères Gracques, tribuns romains qui défendaient les pauvres et voulaient redistribuer les terres.
  • Pendant la Révolution, il fonde le journal Le Tribun du Peuple (1794-1796), où il défend les plus démunis contre les enrichis du Directoire.
  • Il critique violemment le régime du Directoire (1795-1799), qu’il accuse d’avoir trahi les idéaux égalitaires de 1789 et surtout de 1793.

La Conjuration des Égaux (1796) C’est son action la plus célèbre :

  • Babeuf organise un complot secret (« Conjuration des Égaux ») avec des anciens Jacobins, des militaires et des militants populaires.
  • Objectif : renverser le Directoire par une insurrection, rétablir la Constitution de 1793 (plus démocratique), abolir la propriété privée et instaurer une société égalitaire où les biens sont mis en commun et distribués selon les besoins (« à chacun selon ses besoins »).
  • Le mouvement prône une forme de communisme agraire et communautaire : suppression de l’héritage, production collective, répartition égalitaire des terres et des produits.

La conspiration est dénoncée en mai 1796. Babeuf est arrêté, jugé à Vendôme et guillotiné le 27 mai 1797 .

Avant son exécution, il tente de se suicider avec un poignard.

« Les partageux »Le terme « partageux » (ou « partageurs ») désigne, à l’époque révolutionnaire et surtout au XIXe siècle, les partisans d’un partage radical des biens, des terres et des richesses. Il est souvent employé de manière péjorative par les adversaires (libéraux, conservateurs, bourgeois) pour désigner :

  • Les disciples de Babeuf (les babouvistes).
  • Plus largement, les courants égalitaristes radicaux, communistes ou socialistes naissants qui veulent « tout partager ».

Dans les années 1840-1848, « partageux » devient une insulte politique courante contre les socialistes et les communistes. On l’associe à la peur d’une nouvelle Terreur ou d’un pillage général des propriétés.

Babeuf et les Égaux sont vus comme les ancêtres directs du communisme moderne. Karl Marx et Friedrich Engels les considéraient comme les premiers à avoir formulé une idée communiste pratique même si encore utopique et autoritaire.

En résumé

  • Babeuf = premier grand théoricien révolutionnaire du communisme en France.
  • Les partageux = surnom donné à ses partisans et, par extension, aux radicaux égalitaristes qui veulent abolir la propriété privée au profit d’un partage communautaire.

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