Editorial. Kevin Warsh laissera-t-il les conditions financières se resserrer?

Ma réponse est non! Même si en bonne gestion ce serait nécessaire et souhaitable; non, car ce n’est pas le bon moment … ce n’est jamais le bon moment!

Kevin Warsh laissera-t-il les conditions financières se resserrer ?

Au cours des deux dernières semaines, l’or est passé d’environ 4 540 $ à 4 080 $, soit une chute de plus de 10 %. L’argent et le Bitcoin ont suivi le même mouvement, tandis que les grandes valeurs technologiques ont dévissé : Nvidia -6 %, Broadcom -8 %, Micron -13 % lors de la pire séance de l’année pour le S&P 500 et le Nasdaq, le vendredi 5 juin.

Pour la première fois depuis longtemps, les actifs refuge (or, argent) et les actifs à risque (tech spéculative, cryptos) chutent simultanément.

Ce n’est pas une simple correction sectorielle : c’est un changement d’humeur du marché.

L’or est devenu un actif à haut bêta. L’or ne baisse pas parce qu’il est «cassé». Il baisse parce qu’il a été entraîné dans une poussée spéculative qui l’a transformé en actif à haut bêta.

Tant que le récit du « debasement trade » (déficits explosifs, dette incontrôlable, monétisation) dominait, l’or montait avec les anticipations d’assouplissement monétaire.

Aujourd’hui, ce récit a perdu de sa force.

Les titres des journaux ne parlent plus d’excès budgétaires ni de crise imminente. Il n’y a ni choc des taux, ni catalyseur géopolitique majeur. Simplement une contreperformance dans un environnement où la peur recule.

Quand l’or chute en même temps que les actions technologiques, ce n’est plus une « fuite vers la sécurité ». C’est le signe que le marché devient temporairement plus confiant — ou du moins moins effrayé — et que le cash redevient relativement attractif.

Une bulle spéculative se dégonfle. Les valorisations extrêmes de nombreuses entreprises technologiques révèlent la nature spéculative de la hausse précédente :

  • Tesla se négocie autour de 360 fois ses bénéfices, alors que ses fondamentaux se dégradent.
  • Oracle affiche 206 milliards de dollars de passifs pour seulement 39 milliards d’équité.
  • MicroStrategy fonctionne comme un véhicule à levier sur Bitcoin.
  • Les hyperscalers ont engagé plus de 380 milliards de dollars de capex en IA en 2025, selon Goldman Sachs, avec des gains de productivité mesurables attendus au mieux en 2027.

Les flux de trésorerie sont souvent alarmants (exemple : Oracle en free cash flow négatif massif tout en s’endettant fortement). Ces entreprises ne sont plus achetées sur bilans et cash-flows, mais sur des récits, des promesses et des options asymétriques — des billets de loterie plutôt que des investissements classiques.

L’IA n’est plus en phase d’ascension euphorique ; elle arrive sur le palier où il faut payer les promesses. Les investisseurs ont accumulé les paris risqués avec de l’argent bon marché et du levier. Lorsque cet argent devient plus rare ou plus cher, la mécanique s’inverse.

Le drainage de liquidités se télescope avec la fin du rêve de baisses de taux!

Plusieurs événements retirent simultanément du cash du système :

  • La plus grande introduction en bourse de l’histoire cette semaine.
  • OpenAI et Anthropic en préparation, pour environ 200 milliards supplémentaires.

Au même moment, les chiffres de l’emploi américain, jugés solides, ont fait voler en éclats les anticipations de baisses rapides de taux. La probabilité d’un nouveau cycle d’assouplissement massif et de « trashing » de la monnaie s’est effondrée.

Le pétrole lui-même baisse, signe qu’il n’y a pas de choc d’offre majeur.

Nous sommes dans une phase de détente des tensions macroéconomiques et géopolitiques.

Vous connaissez pour me lire régulièrement ma thèse de long terme : les marchés haussiers naissent de la misère structurelle.

Cette correction confirme une analyse de plusieurs décennies : les bourses américaines ne sont pas durablement haussières parce que l’économie va bien. Elles le sont parce que le système financier est structurellement fragile et que les autorités répondent à chaque tension par davantage de crédit, de dette et de création monétaire.

Depuis avril 2009, le mot d’ordre implicite a été : « Nous ne laisserons plus jamais les conditions financières se resserrer durablement. » Il a été formulé clairement par Bernanke. C’est l’équivalent du révisionnisme post-1929 du « plus jamais ça » Friedmanien .

La bourse est devienue l’espace où des titres de capital relativement rares (renforcés par les buybacks) s’échangent contre une monnaie de plus en plus abondante. Plus la monnaie perd de valeur relative, plus les prix nominaux des actifs montent.

La hausse boursière est, dans ce cadre, une hausse de misère : elle reflète la nécessité permanente de repousser les déséquilibres par l’inflationnisme monétaire (création de promesses futures pour masquer les problèmes présents).

La balle est dans le camp de Kevin Warsh qui vient de prendre la tête de la fed sur la base de promesses absurdes .

La grande question du moment est la suivante : Kevin Warsh va-t-il honorer la promesse implicite de liquidité illimitée, ou va-t-il oser laisser les conditions financières se resserrer ?

Tentera-t-il un mini-assainissement temporaire avant une nouvelle phase d’euphorie pré-électorale ? Ou reconnaîtra-t-il que le système financiarisé, dans son état actuel, ne peut plus se passer d’une mer monétaire haute ?

Mon pari reste inchangé : même s’il tente, comme Powell à ses débuts, de reprendre la main, la logique structurelle du système l’obligera très probablement à revenir à l’assouplissement.

La crise endogène du capitalisme financiarisé jointe à une exacerbation des conflits géopolitiques et militaires exigent un volume croissant de promesses monétaires pour survivre.

La mer doit rester haute.

L’or et les actifs risqués sont en train de tester cette conviction. Le marché attend la réponse de Kevin Warsh.

Laisser un commentaire